Le symptôme d'une énorme bulle spéculative

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PC
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 février 2007

Mots clés : bulle spéculative, Économie, Japon (pays)

Tokyo -- La forte dépréciation du yen est soupçonnée par les économistes d'être le symptôme d'une gigantesque bulle spéculative qui, si elle se dégonflait trop vite, déstabiliserait le système financier mondial.

Cette bulle se nourrit du vaste différentiel entre les bas taux d'intérêt au Japon (0,25 %) et ceux dans le reste du monde, qui incite les investisseurs à emprunter massivement des yens à moindre coût et à placer cet argent dans les pays où il rapportera beaucoup plus, un phénomène appelé carry trade.

Ce carry trade affaiblit la devise nippone, car ceux qui empruntent des yens les échangent ensuite contre la monnaie du pays où ils veulent investir.

Dans une moindre mesure, le phénomène affecte aussi le franc suisse en raison du taux directeur peu élevé (2 %) de la Banque nationale suisse.

«Plus le carry trade a du succès et plus il y a des gens qui veulent s'y mettre. La dépréciation du yen s'alimente ainsi d'elle-même», explique Noriko Hama, macroéconomiste à l'université Doshisha de Kyoto.

Personne ne connaît exactement l'ampleur du carry trade sur le yen, les estimations les plus conservatrices évoquant au moins 200 milliards de dollars.

Tim Lee, de l'institut de recherche américain Pi Economics, s'aventure pour sa part à l'évaluer à plus de 1000 milliards de dollars -- l'équivalent du PIB du Canada ou de l'Espagne -- placés sur les marchés d'actions ou d'obligations en Europe, aux États-Unis, en Australie ou dans les pays émergents.

«Nous sommes dans une gigantesque bulle», avertit M. Lee dans une étude.

Selon lui, le carry trade est «un jeu d'escalade dans l'imprudence, car il ne rapporte que tant que les gens continuent à mettre de l'argent dedans», et «il ne fait aucun doute que tout cela finira extrêmement mal».

«Il est très difficile, voire impossible, de dégonfler cette bulle de façon ordonnée», estime lui aussi Markus Krygier, économiste chez Dresdner Kleinwort, selon qui, pour ce faire, «il faudrait surtout avoir de la chance».

La Banque du Japon relèverait-elle ses taux au moment même où la Réserve fédérale américaine abaisserait les siens, le G7 critiquerait-il la faiblesse excessive du yen, donnant l'impression qu'une intervention concertée sur le marché des changes se prépare, que tous ceux qui ont parié pendant longtemps sur le yen faible sentiraient le vent tourner.

«Il n'est pas nécessaire que tout le monde quitte le carry trade pour qu'il se dégonfle. Il suffit qu'un investisseur marginal commence à déguerpir pour provoquer un retour de balancier», explique M. Krygier à l'AFP.

«Si le yen commence à s'apprécier, alors le carry trade se dégonflera très rapidement. Tout le monde se précipitera de plus en plus vite vers la sortie, mais seuls quelques uns pourront l'atteindre», ajoute John Shepperd, un autre économiste de Dresdner Kleinwort, selon qui le yen pourrait parfaitement gagner 5 % en quelques heures le jour où la panique éclatera.

Selon M. Krygier, la situation actuelle ressemble à celle de 1998. Un yen jusque-là extrêmement faible s'était brusquement apprécié de près de 20 % en trois jours, la crise financière russe alliée à des perspectives de hausse des taux au Japon ayant déclenché un démantèlement effréné des carry trades.

M. Krygier estime que, si se scénario se reproduit, le dollar finira l'année 2007 à 100 yens, contre environ 121 actuellement.

Une telle appréciation pourrait tuer la reprise économique au Japon et mettre certains pays comme la Nouvelle-Zélande et l'Islande, très appréciés des carry traders à cause de leurs taux élevés, en très mauvaise posture.

«Nous assisterons à un retrait de liquidités mondial et massif», explique M. Shepperd, selon qui, «les marchés aux États-Unis et en Europe, qui ont l'air de très bien se porter, pourraient alors subir de lourdes baisses».


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