Médias - Journaliste ou caméraman ?
Mots clés : médias, caméraman, Journaliste, Information, Internet, Québec (province)
Le travail journalistique pourrait se modifier de plus en plus dans les prochaines années, et la tentation est forte de demander aux journalistes d'écrire à la fois pour un journal et pour un site Internet... tout en filmant sur vidéo les événements qu'ils couvrent.
De son côté, le groupe Canoë a lancé un appel de candidatures pour trouver des journalistes, à Montréal et à Québec, prêts à participer à un projet-pilote de trois mois. Dans le cadre de ce projet, les journalistes, équipés de petites caméras et de postes de montage, devraient réaliser des reportages vidéo quotidiens diffusés sur le site Internet Canoë.
Le projet de la Presse canadienne (PC) suscite de l'intérêt chez les journalistes, mais également de l'inquiétude. Plusieurs craignent en effet de voir leur charge de travail augmenter et d'être obligés d'apprendre un nouveau métier qui n'a rien à voir avec l'écriture de textes.
Des vidéos à la tonne
De plus en plus de journaux dans le monde offrent du contenu vidéo sur leur site Internet. L'automne dernier, The New York Times avait déjà créé plus de 500 000 séquences vidéo sur son site!
Sur le site du Times de Londres, on peut visionner des dizaines de vidéos fournies par des journalistes, des photographes ou des collaborateurs extérieurs. La semaine dernière, un photographe du journal qui accompagne l'armée américaine en Irak proposait des vidéos de type documentaire sur son expérience. On y trouve aussi plusieurs vidéos fournies par l'agence de presse Reuters, et même le carnet vidéo du capitaine de l'équipe nationale de rugby.
Une enquête réalisée l'été dernier par le groupe Broadband Directions indiquait que 39 des 40 principaux sites Internet de presse aux États-Unis proposent maintenant du contenu vidéo. Plusieurs de ces vidéos sont d'ailleurs produites par les journalistes des agences de presse, comme Associated Press et Reuters. Dans un article consacré à ce sujet il y a quelques mois, le Courrier international mentionnait que les journaux se lancent de plus en plus dans la vidéo pour conquérir le public jeune et pour concurrencer les sites Internet spécialisés.
Aux États-Unis, cette «obsession» de la vidéo chez les éditeurs de journaux s'inscrit aussi dans une concurrence accrue avec les stations de télévision locales, qui sont très performantes dans les petites villes américaines.
Certaines expériences sont poussées très loin. Ainsi, un journal du Delaware propose, deux fois par jour, sur son site Internet, un résumé des nouvelles de trois minutes présenté par une journaliste de la salle de rédaction.
Analysant les tendances actuelles de la presse écrite, l'éditeur du journal Les Affaires, Jean-Paul Gagné, écrivait dans le numéro de novembre d'Info-Presse que les éditeurs de journaux se verront de plus en plus comme des producteurs de contenus journalistiques et que ce contenu sera distribué sur plusieurs plateformes: l'imprimé, mais également les sites Internet, la WebTV, le podcast, le cellulaire.
S'il s'agit d'une tendance lourde pour les prochaines années, qui soulève immédiatement une autre question: qui réalisera ces vidéos? Les actuels journalistes de la presse écrite? De nouveaux journalistes?
Les journaux qui appartiennent à de grands groupes propriétaires de stations de télévision sont évidemment tentés de multiplier les liens entre leurs différents médias: sur le site Internet Canoë on trouve autant de textes des journaux de Quebecor que des séquences vidéo de TVA et de LCN.
Dans le cas de la Presse canadienne, la direction de l'entreprise discute actuellement avec son personnel des meilleures façons de procéder. La direction a entrepris une formation auprès de ses journalistes, mais celle-ci n'est pas obligatoire, indique-t-on.
La PC est une organisation qui compte parmi ses sociétaires tous les médias canadiens, mais pour obtenir de nouveaux revenus elle compte également sur des clients institutionnels et privés (grandes entreprises, syndicats, etc.), qui s'abonnent à ses services pour recevoir des textes. La demande pour obtenir des vidéos proviendrait d'abord de ces clients. Mais on peut supposer que, comme dans le cas des autres agences de presse dans le monde, la PC pourrait éventuellement offrir des vidéos aux sites Internet des journaux québécois et canadiens.
Chez les employés de l'agence de presse, plusieurs questions importantes subsistent. Dont principalement sur la nouvelle charge de travail qui serait ainsi imposée aux journalistes, alors que ces artisans doivent déjà produire sous pression. «Nous avons peur de ne plus avoir le temps de réfléchir et de poser des questions», indiquait cette semaine un journaliste de la PC au Devoir. Plusieurs considèrent aussi qu'écrire un texte et filmer un événement sont deux métiers totalement différents (d'ailleurs, il semble que les photographes sont plus ouverts à expérimenter ce nouveau projet que les journalistes de l'écrit).
Il existe une autre inquiétude: que ces vidéos soient de l'information légère, de consommation rapide, plutôt qu'un travail journalistique approfondi et «costaud».
Cette réflexion sur le travail journalistique et sur les attentes réelles du public en matière d'information se poursuivra sûrement tout au long de l'année. Mais aux dernières nouvelles, personne au Québec ne travaille sur un projet similaire à Tabloïd Wars. Vous connaissez? Il s'agit d'une émission de télé-réalité lancée l'automne dernier sur la chaîne de télévision Bravo!, qui met en vedette... les véritables journalistes de la salle de rédaction du New York Daily News!
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