Vitrine du disque
Mots clés : disque, Culture, Musique, Québec (province)
Chanson
DANS UNE VILLE, ENDORMIE
Émilie Proulx
La Confiserie - GSI Musique
Une idée moderne, tiens. Un mini-disque pour arriver au monde. Cinq chansons, cinq dollars. Ça s'achète en magasin, ça se télécharge. Tentant? Et si on insiste? C'est terriblement sombre et terriblement beau, du Émilie Proulx. Émilie Proulx? Comme vous, je fais connaissance. Sa bio dit qu'elle est «auteure-compositrice-interprète-musicienne-réalisatrice» et qu'elle a «autoproduit son premier EP», qui paraît à l'enseigne de La Confiserie, nouvelle étiquette de GSI Musique.
Sylvain Cormier
Pop
Alright, Still
Lily Allen
EMI
D'une jeune Britannique éprise par sa page Internet MySpace en 2005, Lily Allen s'est retrouvée un an plus tard avec un contrat de disques et un no 1 en poche. La jeune chanteuse de 21 ans est pourtant bien plus qu'une sensation médiatique de l'ère numérique. Au-delà de sa voix ronde et onctueuse et de son image policée, elle parsème son premier album, Alright, Still, de commentaires cinglants et allumés. La fausse naïveté du refrain suave et contagieux de la pièce d'ouverture Smile est ainsi trompeuse: la jeune chanteuse sourit à la vue de son ancienne flamme qui pleure de chagrin... Comme sur cette pièce majestueuse, la pop cynique d'Alright, Still rappelle tout de même l'été. Les guitares en contre-temps et les échantillons de cuivres laissent ainsi paraître de chaleureux ascendants calypso et reggae. À la suite d'un départ canon où se succèdent plusieurs bijoux, l'album s'essouffle tout de même en fin de parcours alors que la chanteuse se révèle plus intime. Malgré ces petits accrocs, Lily Allen s'assure qu'elle sera plus qu'un amour d'été fugace.
Étienne Côté-Paluck
Rap
Hell Hath No Fury
Clipse
Re-Up Gang - Sony BMG
Les Clipse jouent les mauvais garçons depuis leurs débuts. Ces deux rappeurs s'étaient présentés comme des trafiquants de drogue passionnés de rap sur leur premier album, paru en 2002. Hell Hath No Fury perpétue encore le mythe du rappeur gangsta, mais ce faux-semblant boiteux n'enlève rien, curieusement, à ce deuxième album. Les rythmes sombres et rebondissants élaborés par les superstars de la production The Neptunes (Beyonce Knowles, Kelis et Jay-Z) s'agencent avec finesse aux raps denses des Clipse. Le réservé Globe and Mail a même comparé l'ambiance noire et théâtrale des rappeurs Pusha T et Malice à l'univers glauque de Tom Waits. Telle une allégorie du milieu gangsta, le duo représente selon le quotidien de Toronto la fragilité humaine à travers les thèmes récurrents dans le milieu du rap (l'argent et le pouvoir) de la même façon que les histoire d'alcool et de bars sombres ont servi Waits. À la fois ludique et réservé, le groupe atteint en effet un sommet avec ce disque.
Étienne Côté-Paluck
Chanson
MICHEL DELPECH &...
Michel Delpech et invités
A/Z - Universal
C'est la folie Delpech en France: cet album de duos a tellement cartonné que voilà réhabilité l'ancien beau gosse de Pour un flirt. Quid? Delpech, dans mon livre, a toujours représenté le commercialisme crasse, récupérant les hippies (Wight Is Wight), multipliant les appels du pied à la France profonde (Chez Laurette). Ces duos, c'était forcément l'arnaque nostalgique, le truc-machin-chose qui pogne. Mais que venaient faire Bénabar, Cali, Jonasz dans ce supermarché de dupes? Réponse après écoute: de sacrées bonnes versions. En deux titres, Quand j'étais chanteur avec Alain Souchon, Le Loir et Cher avec Francis Cabrel, j'étais convaincu. Question de justesse de ton. Et d'image vraie. Avec son crâne dégarni et sa face sans Botox, Delpech est un sexagénaire ordinaire qui s'assume. Et qui chante fichtrement bien, et fort sincèrement, avec les susnommés et les autres, de l'impayable Pierre Vassiliu (Pour gagner des sous) à Clarika (adorable dans L'Amour en wagon-lit). C'est senti, et en plus, Delpech a eu le bon goût de ne pas nous ramener Les Divorcés. Et ouste les préjugés.
Sylvain Cormier
Bluegrass
DOUBLE BANJO BLUEGRASS SPECTACULAR
Tony Trischka
Rounder
«Sans lui, rien de ce qui m'est arrivé musicalement ne serait arrivé», a dit Béla Fleck de Tony Trischka. L'anecdote en dit long sur ce maître du banjo, un instrument qu'il maîtrise dans toutes ses facettes depuis plus de trois décennies. Double Banjo Bluegrass Spectacular porte parfaitement bien son nom: quatorze pièces livrées par d'excitants duos de banjoïstes accompagnés par la crème. Que des cordes, et pas les moindres: Sam Bush à la mandoline, Tony Rice à la six-cordes, Jerry Douglas au dobro et Ron Stewart au violon, pour ne nommer que ceux-là. Le bluegrass se décline de toutes les manières: bluegrass, newgrass, jazzgrass, new acoustic music. On démarre avec Earl Scruggs, la légende. Du vrai! Rythmé à 200 à l'heure par tous les solistes qui improvisent à tour de rôle sans répit. Puis du moins rapide, du raffiné, du mélodique, du modal, du rythmique; de l'instrumental surtout, mais du chanté aussi, avec les voix hautes, nasillardes et traînantes. Le point culminant est atteint trois fois alors que Trischka rencontre Fleck dans les moments les plus exploratoires, dénudés, atmosphériques et saisissants de contrastes. Dans l'ensemble, le plaisir déborde des tripes.
Yves Bernard
Monde
RÉPLIQUES
Djal
Mustradem - Interdisc
Ici comme ailleurs dans la musique trad, le débat est vieux comme le monde: les musiciens jouent-ils d'abord pour la danse ou pour l'écoute? Question futile, croyez-vous? Parfois. Mais elle prend ici tout son sens puisque ce septuor de Grenoble, issu du bal folk, s'applique maintenant à construire une musique de plus en plus élaborée. Les cousins appellent cela un groupe de néo-bal et, dans le genre, Djal compte assurément parmi les meilleurs. L'âme est au centre de la France mais l'esprit est parfois ailleurs. Si des instruments familiers comme l'accordéon diatonique ou le violon mènent efficacement la danse, d'autres comme la vielle à roue électroacoustique la projettent vers une époque plus nouvelle. En plus, une flûte traversière improvisera sur la mélodie, un sifflet rappellera l'Irlande. Si plusieurs rythmes comme la bourrée à trois temps, le rondeau et la valse ramènent à la tradition, le groupe se laisse parfois aller vers l'asymétrie. Généralement dense, souvent hypnotique, la pulsion est ponctuée d'une basse énergique et parfois de percussions. Dommage que la sauce se gâte vers la fin avec du violon électrique ou des effets atmosphériques qui nous éloignent de l'essence. Pour le reste, Djal démontre que sa réputation n'a rien de surfait.
Yves Bernard
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