Opinion

Libre opinion: Et si le suicide n'était pas une option ?

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Bruno Marchand, Conseiller à la vie étudiante au Cégep de Sainte-Foy*

Édition du vendredi 09 février 2007

Mots clés : suicide, Décès, santé, Québec (province)

Qui d'entre nous ne connaît pas une personne qui s'est enlevé la vie? Combien sommes-nous à avoir ressenti tristesse et impuissance à la suite du décès par suicide d'un frère, d'un ami, d'une mère, d'un cousin ou d'un collègue de travail? Malheureusement, trop peu de Québécois peuvent dire qu'ils ont été épargnés par cette tragique réalité. Nous souhaitons que cela change.

Le suicide est un problème complexe et les solutions sont multiples. Depuis 15 ans, le Québec a fait des pas significatifs dans la prévention du suicide. Toutefois, le problème demeure, comme une fatalité. Chaque jour au Québec, quatre personnes se suicident. C'est énorme! Nous pensons qu'une partie de la solution à ce problème est entre nos mains, nous les citoyens qui composons cette collectivité. Nous croyons qu'il est temps de dire à ceux qui souffrent et à tous ceux qui les entourent que le suicide n'est pas la réponse à leur souffrance. Il existe d'autres solutions au suicide, que l'on définit ici comme étant une mort intentionnelle causée par soi-même.

Afin de tenter d'expliquer le phénomène, plusieurs d'entre nous s'en remettent au choix individuel. Il repose sur les épaules de chaque personne de décider de son propre sort. La seule liberté de l'humain, entendons-nous parfois, réside dans le choix pour chacun de décider de sa vie, de sa mort.

Cependant, les recherches sur le suicide nous apprennent qu'il y a équivoque, que cette quête de la mort exprime plutôt un désir profond d'arrêter de souffrir. Voilà l'essentiel! En s'enlevant la vie, la personne désire avant tout tuer sa souffrance. Il devient alors bien plus difficile pour nous de s'en remettre exclusivement au choix de la personne suicidaire, car celle-ci a les facultés affaiblies par sa détresse, son mal d'être l'habitant tout entier et altérant potentiellement son jugement. Tout comme, après plusieurs années de lutte contre l'alcool au volant, il est maintenant impensable de laisser une personne qui a bu décider seule de sa capacité à conduire une voiture, une personne qui souffre ne peut pas être laissée à elle-même avec ses idées suicidaires. Elle a besoin d'aide.

Trop de tolérance

Un sondage pancanadien de la firme Léger Marketing, commandé par l'Association québécoise de prévention du suicide et datant de septembre dernier, nous indiquait que 42 % des Québécois considèrent le suicide comme un geste acceptable. Ce chiffre grimpe à 50 % lorsque les répondants ont un diplôme universitaire. Mauvaise nouvelle puisque des recherches confirment l'existence d'un lien entre le niveau d'acceptabilité du suicide par la population et son taux de suicide.

Tel que cela était stipulé dans le communiqué relatant les résultats du sondage, plus les citoyens d'une province considèrent le suicide comme une option, plus le taux de suicide de cette province est élevé. Une partie de la réponse à notre taux de suicide résiderait donc dans notre tolérance envers ce geste irrémédiable.

Notre grande tolérance envers le suicide ne nous place-t-elle pas en contradiction avec nous-mêmes par rapport à la souffrance des autres? La perte d'une femme ou d'un homme par suicide est un malheur pour ses proches et pour la collectivité. De plus, chaque personne qui se suicide entraîne par sa mort, en moyenne, 20 personnes dans un deuil difficile.

Le suicide meurtrit, il est temps d'arrêter l'hécatombe. Nous pensons qu'est venu le moment d'affirmer à ceux qui souffrent, à leur entourage et aux membres de notre collectivité que le suicide n'est pas une option. Il existe des ressources qui peuvent contribuer à trouver des solutions, dont la ligne téléphonique 1 866 APPELLE.

Nous croyons fermement qu'il faut agir collectivement. N'attendons pas passivement que les gouvernements ou d'autres organisations éliminent seuls le problème du suicide. C'est une utopie! Comme citoyens, nous sommes tous responsables. Et nous devons agir.

Les femmes et les hommes que nous sommes doivent réfléchir à leur position en ce qui a trait au suicide. Et lorsqu'une majorité d'entre nous affirmera haut et fort que le suicide n'est pas une option, nous avons la conviction que moins de gens se suicideront. Car l'absence d'une position claire sur le suicide tue également chaque jour.

* Au nom de 13 intervenants membres du Regroupement des représentants en prévention du suicide des établissements d'enseignement supérieur régions 03-12,: Réjean Bernier, professeur, Collège François-Xavier-Garneau; Mélanie Boisvert, psychologue, Cégep Limoilou; Louise Careau, psychologue, Université Laval; Valérie Croft, psychologue, Cégep de Lévis-Lauzon; Nicole Anne Daigle, conseillère d'orientation, Collège Champlain-St. Laurence; Hélène Desmeules, agente de service social, Campus Notre-Dame de Foy; Caroline Falardeau, stagiaire, Collège François-Xavier-Garneau; Bertrand Huot, agent de relations humaines, Cégep de Lévis-Lauzon; Jean-François Noël, psychologue, Centre d'études collégiales de Montmagny; Dominic Parisé, agent de liaison, Centre de prévention du suicide; Maurice Pouliot, conseiller à la vie étudiante, Collège Mérici; André Roy, adjoint à la direction des études (affaires étudiantes) et développement international, Cégep Beauce-Appalaches; Mario Roy, conseiller à la vie étudiante, Collège François-Xavier-Garneau.


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