Opinion

Le scénario noir monté par Olymel

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Jean-Paul Hétu, Ex-président de la Centrale des syndicats démocratiques

Édition du vendredi 09 février 2007

Mots clés : Olymel, Mise à pied, Québec (province)

Dans la négociation d'Olymel, il y a eu des raideurs, des coups d'autorité; on se serait cru plongé dans un roman noir. Il y avait une «job de bras» à faire: tasser les syndicats, montrer au peuple leur faiblesse endémique dans le contexte de la mondialisation. C'est pourquoi le conseil d'administration est allé chercher un gros canon: Lucien Bouchard.

Lorsqu'une mésentente est survenue entre les parties, le nouveau sauveur de l'industrie porcine a pris position devant l'opinion publique:

- présentation d'un dossier économique sur l'état de la concurrence pour justifier les difficultés d'Olymel;

- intervention de la grosse machine agroalimentaire, soit l'Union des producteurs agricoles et la Fédération porcine: «On va aller faire abattre nos porcs ailleurs», ont menacé ces représentants des producteurs de porcs;

- dévoilement d'un rapport d'une commission d'enquête sur l'état déplorable de l'agriculture.

Défaitisme surréaliste

Il y a quelque chose de malsain dans cette concertation: un défaitisme surréaliste. Qui a peur de quoi? Quel monstre multinational s'apprête à voler une partie (20 %) du marché du porc détenu entre les mains des Québécois «pure laine»?

Il faut croire que les travailleurs ne se sont fait ni berner ni intimider: ils ont refusé la proposition finale d'Olymel, ne pliant pas devant le diktat patronal. Pas de négociation, réagit M. Bouchard: j'ai étudié le dossier, je sais de quoi je parle, la compagnie ne peut pas continuer à fonctionner dans le rouge. L'employeur préfère fermer les portes. On ne veut pas faire du chantage: l'avis de fermeture applicable trois mois plus tard est envoyé aux employés, et la machine de presse a fait part qu'il y a risque de perte d'un gros contrat japonais.

Le scénario patronal était vraiment bien monté, bien patenté, pour ameuter l'opinion publique.

En quoi la position patronale fait-elle de la désinformation? Quand elle attribue aux travailleurs la responsabilité de nuire à la rentabilité de la compagnie.

On induit en erreur, on fausse des faits, en faisant porter sur le dos des travailleurs l'odieux de la fermeture. L'entreprise pourrait continuer à fonctionner, mais les travailleurs refusent les coupes de salaire.

Si l'entreprise va si mal, que font les cadres et la direction pour améliorer son état financier? M. Bouchard aurait-il oublié de dire à la population le montant de la diminution des salaires des dirigeants?

Autre oubli symptomatique: en quoi les gestionnaires ont-ils commis des fautes, des erreurs?

De loin, on peut parler de manque de vision, de culture économique déphasée, de gestion quotidienne boiteuse. Si tel est le cas, ces dirigeants ne méritent pas notre respect. Dans ce dossier, Lucien Bouchard n'a pas changé sa façon de négocier d'un iota depuis qu'il pratique les relations de travail. Intransigeant, autoritaire, bluffeur. Et le contenu de la convention collective qu'il propose est très conventionnel: droits d'une direction omnipotente et employés exécutants.

Et c'est lui qui a le culot de dire que le syndicat n'est pas adapté à l'ère mondiale, l'accusant de négocier de manière traditionnelle! Mais l'attitude d'Olymel, quelle est-elle, M. Bouchard? Sainte? Vertueuse? Pure?

Ne vous moquez pas de nous! Ayant négocié pendant plusieurs années, je ne vois pas de différence entre votre façon de faire et celle du patronat des années 50. Il est clair qu'Olymel avait envisagé de fermer sa boîte, ce scénario du pire, basé sur l'hypocrisie délirante, en faisant entrevoir l'épée de Damoclès.

Au bout de trois mois, si les travailleurs acceptent la proposition finale, que leur arrivera-t-il? Ils auront un emploi, mais la grisaille au coeur, ils seront sceptiques ou aigris pour relever les défis de productivité.

L'entreprise n'est pas au bout de ses peines, elle fera d'autres gestes pour se rattraper. Elle utilisera sans aucun doute la méthode de la rationalisation, cette technique des faiblards, pour cacher les erreurs des dirigeants de la compagnie.

On coupera dans la main-d'oeuvre, on réorganisera le travail en augmentant la charge de travail, et la haute direction empochera des profits, drainera des dividendes aux actionnaires.

Et les créateurs de la richesse sur les chaînes de production seront les dindons de la farce. Être lucide, c'est dévoiler le côté sombre de l'économie actuelle.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com