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La fuite en avant
Depuis ce temps, au lieu de réagir en adulte responsable, la réaction de Bush est plutôt la suivante: quoi, moi me soumettre à la volonté du Congrès? Plutôt mourir!
Loin d'être un "uniter", la stratégie de Bush est de faire exactement le contraire que ce que le Congrès voudrait faire. Pour que ça passe dans l'opinion publique, Bush tente la même recette appliquée avec succès par son génie politique Karl Rove - mettre l'acent sur l'armée, et à la minute où les Démocrates rouspéteront, les accuser de ne pas appuyer les troupes, leur faisant ainsi perdre la face.
Le problème, c'est que ces augmentations en dépenses militaires, à priori, ne rendront pas l'Amérique plus sécure. Les beaux équipements militaires qui feront la joie des grands de la Défense sont bien incapables d'enrayer la guérilla d'Irak, et ne confèreront aux États-Unis aucun avantage que celui-ci n'a pas déjà.
Promouvoir la sécurité, la vrai, ce serait déjà d'augmenter les effectifs des douaniers qui inspectent les conteneurs à l'étranger et dépenser l'argent du Département de la Sécurité Nationale là où on en a besoin, au lieu de le saupoudrer un peu partout pour récompenser certains sénateurs et représentants!
Ce serait aussi d'investir massivement et rapidement pour diminuer la dépendance pétrolière américaine, tout en augmentant radicalement les taxes sur l'essence. Les VUS et autres monstres qui sévissent sur les routes américaines contribuent à rendre l'Amérique hyper-dépendante du Moyen-Orient. C'est également un secret de Polichinelle qu'une grosse partie des recettes finissent par se retrouver dans les comptes secrets d'Al-Qaeda ou servent à promouvoir le wahabbisme partout dans le monde musulman.
Et puis finalement, que vaudront toutes les armes du monde si les Américains perdent leur capacité économique de les entretenir? C'est un danger bien trop réel: le système d'éducation américain, autrefois l'envie de plusieurs pays et une pépinière inépuisable d'ingénieurs et de scientifiques, traîne désormais lamentablement derrière plusieurs pays en terme de qualité de l'enseignement de base.
On ne parlera même pas ici de l'immoralité des coupes annoncées dans les programmes sociaux pour les aînés (santé, retraite). Ces gens-là ont payé pendant toute leur vie pour se préparer à leur retraite, et là Bush va leur faire l'équivalent d'un gros pied de nez. Le message: vous n'êtes plus bons à rien sauf à être malade, et vous nous coûtez trop cher!
Bush a choisi sa voie - la fuite en avant. Mais si les Américains sont assez téméraires pour le suivre, ils n'auront qu'eux à blâmer. Car avec un Congrès démocrate, ils ont tout ce qu'il faut pour s'opposer.
