L'appartement-fumoir pour déjouer la loi antitabac

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Clairandrée Cauchy
Édition du lundi 05 février 2007

Mots clés : Bar Sky, Peter Sergakis, loi antitabac, Tabac, Montréal

Un bar de Montréal très accommodant pour ses clients

Peter Sergakis dans l'appartement qui sert de fumoir aux clients de son établissement.

Photo: Jacques Nadeau

Le locataire qui loue le logement à côté du bar Sky, situé dans le quartier gai rue Sainte-Catherine coin Alexandre-de-Sève, est très accueillant. Tellement accueillant, que son appartement est dénué de tout meuble, sauf quelques tables munies de cendriers pour accueillir les fumeurs du bar.

Depuis l'arrivée des grands froids, il y a deux semaines, les clients du Complexe Sky, un immense bar gai qui compte cinq discothèques, peuvent sortir par la porte arrière et grimper au deuxième étage de l'immeuble voisin pour en griller une bien au chaud. Le fumoir se résume à un petit studio, aux murs frais peints couleur nicotine, un poêle à bois inutilisé et une cuisinette. Une affiche sur le mur prévient les clients du bar qu'ils ne peuvent y apporter leurs verres, sous peine d'être «expulsés». La fenêtre entrouverte tient lieu de ventilation et toutes les portes menant vers l'extérieur sont fermées à l'exception de celle par où entrent les fumeurs.

Le tour de passe-passe semble conforme à la loi antitabac, entrée en vigueur en juin dernier. On y stipule que l'on permet un «abri utilisé exclusivement pour la consommation du tabac, où aucune activité ne se déroule [...], qui ne communique pas directement ou indirectement avec une installation ou un lieu fermé qui est assujetti à l'interdiction de fumer», résume la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Geneviève Villemure-Denis. Elle précise cependant qu'un tel fumoir doit aussi se conformer à la réglementation municipale et aux normes de sécurité incendie.

Le propriétaire du bar, le président-fondateur de l'Union des tenanciers de bars du Québec, Peter Sergakis, est convaincu que le fumoir est «200 %» légal. «Mes clients se plaignaient de geler dehors. On fait tout ce que l'on peut en respectant la loi. Dans un logement privé où il n'y a que des fumeurs, il n'y a aucun problème à cela», affirme M. Sergakis.

Il soutient que ce n'est pas lui, mais bien son locataire, dont il ne peut fournir le nom ou les coordonnées, qui met cet appartement à la disposition des fumeurs. Une visite sur les lieux ne laisse cependant pas de doute sur le fait que l'appartement est inhabité, du moins pour la cuisine et le salon, la chambre et les toilettes situées au deuxième étage étant inaccessibles.

Si du côté de Québec, l'aménagement apparaît conforme à la loi antitabac, l'arrondissement Ville-Marie a tout de même l'intention d'inspecter les lieux rapidement. «L'inspecteur va faire une évaluation dans les prochains jours. [...] Est-ce qu'il y a des mesures de protection incendie comme il y a une concentration de fumeurs assez élevée?», s'est interrogé le responsable des communications de l'arrondissement, Jacques-Alain Lavallée.

C'est la première fois que l'arrondissement doit se prononcer sur ce type d'aménagement. Pourtant, les cas originaux n'ont pas manqué ces derniers mois. Des tenanciers ont loué des camions pour y installer les fumeurs devant leur établissement, d'autres ont aménagé des tentes ou des abris, dont plusieurs ont déjà été démantelés en raison des risques de feu.

Du côté du Service de sécurité incendie de Montréal, on ne se prononce pas sur le concept de l'appartement fumoir, tant qu'une plainte n'a pas été déposée et qu'une évaluation n'a pas été menée en bonne et due forme.

M. Sergakis, qui possède une douzaine d'établissements, est à l'origine de la poursuite en Cour supérieure pour contester la loi antitabac. Les tribunaux ont à deux reprises refusé de retarder l'entrée en vigueur de la loi en rejetant les demandes d'injonction, mais la cour supérieure devrait entendre la cause sur le fond au courant de l'été.

Entre-temps, M. Sergakis continuer de plaider sa cause sur toutes les tribunes. «85 % de notre clientèle, ce sont des fumeurs. Cela me met en colère de les voir fumer dehors au froid comme des citoyens de deuxième classe. Les non-fumeurs ne viennent pas chez nous, ils veulent manger leur salade et boire de l'eau», laisse tomber cet ex-fumeur un brin moqueur.


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Le lundi 05 février 2007 10:00

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