La Terre est en danger de surchauffe

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du samedi 03 et du dimanche 04 février 2007

Mots clés : scientifiques, Organisation des nations unies, Changements climatiques, Climat, Canada (Pays)

La balle est désormais dans le camp des décideurs de la planète

Pour les quelque 300 scientifiques qui ont participé, à Paris cette semaine, à la révision du quatrième rapport sur l'état du climat planétaire, ce dossier entre dans une nouvelle phase où les chercheurs seront de moins en moins le centre d'intérêt, au profit des politiques. Un moment historique, ont déclaré plusieurs.

Le quatrième bilan scientifique de l'ONU sur le climat accouche d'une conclusion péremptoire. En effet, le doute n'est plus permis sur le plan scientifique: les changements climatiques et la réalité de l'impact des émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine, qui poussent à la hausse le thermostat de la planète, sont désormais un fait «indéniable» («unequivocal»), a conclu hier la Conférence de Paris sur les changements climatiques.

Ces changements, mesurés partout sur la planète, notamment la hausse de la température moyenne du globe, le relèvement des mers, la fonte des glaciers terrestres et la diminution de la calotte polaire, démontrent que la Terre est en danger de surchauffe, estime la communauté scientifique. Cette conclusion est émise avec un degré de fiabilité de 90 %, ont affirmé à l'unanimité les quelque 300 évaluateurs scientifiques réunis à Paris pendant toute une semaine pour éplucher, amender et approuver, mot à mot, le Résumé à l'usage des décideurs d'une vingtaine de pages, un texte proposé par le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC).

Pour Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), ce rapport fera des assises de Paris une «borne historique» qui démarquera l'ère des débats ou du doute «du temps de l'action». L'ampleur du risque que court la planète si l'humanité ne réagit pas, a-t-il dit, est telle que «quiconque décidera de prendre le risque de ne pas agir après ce rapport entrera dans les livres d'histoire comme un irresponsable».

Pour le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, «les récentes observations et mesures présentées dans ce rapport ne permettent plus de douter que le climat de la planète est en train de changer et que la plupart des changements observés depuis 50 ans sont attribuables à l'activité humaine». M. Dimas a invité la communauté internationale à «engager des négociations internationales sérieuses en vue d'adopter au niveau mondial un nouvel accord de large portée qui permettra de mettre un terme au réchauffement de la planète». Il a réitéré la proposition de l'Union européenne, formulée il y a un mois, d'engager les pays développés à réduire leurs émissions de 30 % sous le niveau de 1990 d'ici 2020.

Quant au grand patron du dossier climatique à l'échelle planétaire, Yvo de Boer, il a déclaré hier au Devoir depuis Paris que la négociation de la phase 2 du protocole de Kyoto, c'est-à-dire les engagements à prendre pour l'après-2012, devrait être précédée d'une vaste conférence internationale réunissant non pas les ministres de l'Environnement mais, en priorité, les chefs de gouvernement, une idée évoquée plus tôt cette semaine.

«Quand la convention de Rio a été signée, en 1992, a expliqué M. de Boer lors de cet entretien [voir autre texte en page A 3], c'était un enjeu purement environnemental. Mais la question des changements climatiques s'est complexifiée, et elle est désormais intimement liée aux questions de sécurité énergétique, de politique économique et de coopération internationale en matière de commerce. C'est pourquoi l'action dans ce dossier doit désormais provenir d'un signal des chefs de gouvernement, un signal nécessaire avant d'aller plus loin dans ce dossier.» Yvo de Boer a ajouté que les ministres de l'Environnement qui se réuniront en Indonésie au début de décembre 2007 pour poursuivre les travaux des conférences internationales de Montréal et de Nairobi ont par ailleurs besoin de ce mouvement de fond pour empêcher l'enlisement des pourparlers dans les détails et les intérêts particuliers.

Un bilan élargi

Le bilan dressé par les chercheurs réunis à Paris englobe à quelques détails près tous les chiffres et la quasi-totalité des conclusions contenues dans le projet de conclusion, publié samedi dernier en primeur dans Le Devoir. Ce document résume les conclusions de 600 auteurs répartis dans 40 pays et des travaux qu'ils ont menés depuis six ans. Ces travaux ont été soumis à 600 examinateurs au cours de la dernière année et le bilan qu'en a tiré le GIEC a été passé à la loupe par les gouvernements signataires de la Convention sur les changements climatiques, dont les États-Unis et le Canada. Les 300 spécialistes dépêchés à Paris par les gouvernements ont finalement approuvé -- à l'unanimité -- la version finale de la synthèse scientifique mise au point cette semaine. Cette synthèse constitue le squelette du bilan scientifique final -- près de 400 pages -- qui sera publié en mai. Cette synthèse servira par ailleurs de base scientifique au deuxième rapport du GIEC, attendu en avril, qui portera sur les impacts du réchauffement climatique, ainsi qu'à un troisième rapport, à être publié en mai, qui désignera les mesures possibles de contrôle ou de mitigation du mégaphénomène et certains moyens d'en atténuer les séquelles pour l'humanité et les écosystèmes.

Le bilan final déposé hier confirme l'accroissement considérable des GES dans l'atmosphère terrestre depuis l'ère préindustrielle, au point où cette hausse dépasse toutes les variations naturelles depuis 650 000 ans. Ce constat amène les scientifiques à prédire une hausse moyenne de la température terrestre de 3 °C d'ici la fin du siècle, dans une fourchette allant de 2 à 4,5 °C. La hausse maximale serait atteinte si les concentrations de CO2 passaient de 379 parties par million, comme c'est le cas à l'heure actuelle, à 750 ppm.

Les chercheurs ont révisé leurs calculs sur la hausse réelle de la température de la planète depuis 100 ans. Elle atteint désormais 0,74 °C et non pas 0,6 °C, comme on le pensait jusqu'ici. Cette très forte hausse -- près de 25 % de plus que les chiffres du dernier rapport, en 2001 -- s'explique par le fait que 11 des 12 dernières années ont été les plus chaudes depuis 1850. Ce dernier siècle a en fait été le plus chaud dans l'hémisphère Nord depuis 1300 ans. La température de l'Europe s'est d'ailleurs élevée plus qu'ailleurs sur la planète, gagnant un plein degré centigrade depuis l'ère préindustrielle.

Le bilan définitif du GIEC confirme que si on ramenait immédiatement les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) au niveau de l'an 2000, la température du globe augmenterait néanmoins de 0,1 °C pendant les deux prochaines décennies. Mais comme un tel scénario est purement théorique, la réalité sera fort différente: les 23 modèles mathématiques mis à contribution prévoient une hausse moyenne de 0,2 °C pour chacune des deux prochaines décennies (total: 0,4 °C), soit une augmentation de près de 50 % en 20 ans par rapport à celle survenue au cours des 250 dernières années (0,7 °C).

Le bilan du GIEC prévoit par ailleurs le recul des glaces arctiques, la réduction des couverts neigeux partout sur la planète, l'écourtement de la saison de gel hivernal, le dégel progressif du pergélisol, l'augmentation des précipitations dans les régions nordiques ainsi que l'arrivée dans ces zones plus nordiques de phénomènes climatiques comme les tornades et les ouragans de type tropical. La plupart des régions de la planète situées plus au sud vont s'assécher davantage alors que, partout, le dérèglement du climat va multiplier les chaleurs extrêmes, tout comme l'étendue et la durée des sécheresses.


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