Le caucus se range derrière Boisclair

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Robert Dutrisac
Édition du jeudi 01 février 2007

Mots clés : Parti Québécois, Bernard Landry, André Boisclair, Député, Parti politique, Québec (province)

Les velléités de Bernard Landry ont déplu aux élus péquistes

André Boisclair dit avoir demandé conseil à Jacques Parizeau. «Il est tellement gentil, M. Parizeau. [...] Critique, exigeant, loin d'être complaisant. Mais il a été généreux de ses conseils. Je lui suis, sur ces questions, éternellement reconnaissant.»

Photo: Jacques Nadeau

Québec -- Devant l'imminence des élections et la crainte de mordre la poussière, les députés du Parti québécois, réunis en caucus aujourd'hui et demain, serreront les rangs derrière André Boisclair. La dernière sortie de Bernard Landry et ses velléités de frondeur ont déplu aux élus péquistes.

En matinée hier, le chef du Parti québécois, André Boisclair, s'est prêté à une entrevue soft à l'émission radiophonique de Christiane Charette de Radio-Canada au cours de laquelle il a fait preuve de mansuétude envers Bernard Landry, évitant de jeter de l'huile sur le feu. «Je souhaiterais que Bernard Landry soit à nos côtés lors de la prochaine campagne électorale», a dit M. Boisclair. Puis, qualifiant l'ancien chef péquiste de «militant exemplaire», M. Boisclair a versé dans l'humilité et la contrition: «Je pense que je pourrai mériter sa confiance. J'entends le message.»

Après avoir essuyé mardi les sévères critiques de M. Landry, qui s'est répandu dans les médias pour l'accuser d'avoir conduit le parti à la «déconfiture», André Boisclair a demandé conseil à Jacques Parizeau, a-t-il révélé. «Il est tellement gentil, M. Parizeau. [...] Critique, exigeant, loin d'être complaisant. Mais il a été généreux de ses conseils. Je lui suis, sur ces questions, éternellement reconnaissant.»

André Boisclair a ensuite souligné la générosité des «belles-mères» péquistes. Le PQ, ce n'est pas juste un parti «qui envoie son chef à l'abattoir comme souvent on le caricature», a-t-il dit. «On a tellement parlé des belles-mères, comme si c'était l'enfer pour moi à gérer. La réalité, c'est que je suis entouré de gens généreux qui croient en moi, qui sont prêts à donner des conseils. [...] Je les écoute, je les entends et je vais faire en sorte que les prochains jours il y a des choses qui changent.»

Le chef péquiste a passé sa journée, hier, à préparer la réunion du caucus de deux jours qui sera suivi de la conférence des présidents du PQ samedi. C'est lors de ce caucus que les députés prendront connaissance pour la première fois de la plate-forme électorale du parti.

Plusieurs députés n'avaient pas la même indulgence que leur chef à l'égard de Bernard Landry. «La réaction a été plutôt négative», a indiqué au Devoir le député de Rousseau, François Legault. À deux mois des élections, ces critiques de M. Landry proférées sur la place publique ne sont guère avisées. «Les députés en font, des remarques négatives [au chef], mais ils le font en privé», a dit M. Legault.

«M. Landry devrait profiter de sa retraite. Il est en train de faire la démonstration qu'il a pris la bonne décision en démissionnant comme chef du PQ», a dit plus méchamment un député péquiste qui a voulu garder l'anonymat.

Un retour de Bernard Landry à la tête du PQ avant les prochaines élections, «c'est surréaliste, cette histoire-là», estime le député de Vachon, Camil Bouchard. «Je ne pense pas que ce soit dans le rétroviseur qu'on organise l'avenir. Je crois que Bernard Landry a eu son temps, a fait son temps aussi», a indiqué l'ex-député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau.

À l'été 2005, le député bloquiste de Saint-Lambert, Maka Kotto, a participé à un mouvement souhaitant le retour de Bernard Landry à la tête du PQ, mouvement qui avait lancé une pétition en sa faveur. C'était avant l'élection d'André Boisclair. Il a été élu démocratiquement et la démocratie, on la respecte, dit aujourd'hui M. Kotto.

Hier, à Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a rappelé que «la démocratie existe dans des partis comme le Parti québécois, comme le nôtre. M. Landry a choisi de démissionner. Il doit l'assumer».

Camil Bouchard a tenu à rappeler la seule donnée du sondage Léger Marketing-Le Devoir qui peut apparaître encourageante pour les péquistes: 58 % des Québécois estiment que les libéraux de Jean Charest ne méritent pas d'être réélus. «Les Québécois sont à l'affût d'une solution de remplacement. La porte est grande ouverte», juge le député. La plate-forme électorale, du moins ce qui en sera dévoilé avant la campagne électorale, aidera André Boisclair à faire connaître ses idées. «On va arrêter de discuter du chef et on va discuter de ce qu'on a à proposer. On va proposer de construire un pays, ce n'est pas rien», a souligné M. Bouchard.

Il ne faut donc pas tenir le PQ pour battu malgré les mauvais sondages. «On se sent tous menacés là-dedans. Il y a un mouvement dans la menace: ça peut nous servir de carburant», croit-il.

Du côté du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour le Québec libre), on trouve que la mise au point apportée par André Boisclair sur sa déclaration concernant le copinage des gouvernements péquistes avec les centrales syndicales et les «repas arrosés» n'a pas été assez marquée. «C'était faible comme mise au point et on va revenir là-dessus à la Conférence des présidents», a dit Pierre Dubuc, du SPQ libre.

André Boisclair continuera à avoir maille à partir avec ce club politique. Dans une lettre envoyée au Devoir, le SPQ libre dénonce le New Labour de Tony Blair parce que le chef péquiste a révélé à Paris toute son admiration pour ce type de social-démocratie dont il veut s'inspirer pour le Québec.

En outre, l'ancien ministre péquiste Paul Bégin a lui aussi fait parvenir une lettre au Devoir dans laquelle il dénonce les propos d'André Boisclair sur les syndicats. «M. Boisclair est-il en train de mettre un terme à une relation privilégiée entre le Parti québécois, les syndicats et les salariés qui dure depuis plus de 30 ans pour se rapprocher du patronat, de l'argent et des grands de l'argent?», se demande Paul Bégin.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille et d'Alec Castonguay


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