Rentrée parlementaire - Surenchère environnementale aux Communes

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Hélène Buzzetti , Alec Castonguay
Édition du mardi 30 janvier 2007

Mots clés : Rentrée parlementaire, Parti conservateur, Stéphane Dion, Gouvernement, Parti politique, Canada (Pays)

Stéphane Dion en plein duel avec Stephen Harper au sujet des changements climatiques, hier, à la Chambre des communes.

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Avec un Stéphane Dion maintenant bien en selle et un Parti conservateur déterminé à se refaire une image environnementale, tout était en place pour une rentrée parlementaire sous le sceau des changements climatiques. Pendant que les différents partis politiques commençaient à s'escrimer en comité parlementaire autour du projet de loi sur la qualité de l'air, Stéphane Dion et Stephen Harper se sont offert une première bagarre en Chambre sur le thème de l'environnement.

Stéphane Dion a ouvert le bal parlementaire en reprochant au premier ministre de douter que l'activité humaine influe sur le climat terrestre. «Le Canada a actuellement un premier ministre qui ne croit pas à la science des changements climatiques et qui se range parmi les sceptiques, a-t-il lancé. Il a qualifié cette science d'hypothèse controversée et, le 9 décembre dernier, il a parlé des "soi-disant" gaz à effet de serre. Les Canadiens veulent savoir si le premier ministre admet qu'il a eu tort et s'il reconnaît maintenant que les changements climatiques causés par l'activité humaine représentent une menace grave pour l'humanité?»

M. Harper n'a jamais répondu directement à la question, préférant vanter les annonces effectuées au cours des deux dernières semaines à la suite de la nomination d'un nouveau ministre de l'Environnement, John Baird. «Au contraire, a lancé le premier ministre. Ce n'est pas suffisant de seulement croire en quelque chose. On doit aussi faire quelque chose pour prouver qu'on est sérieux.» Les conservateurs ont ressuscité -- sans trop le modifier -- le programme ÉnerGuide qu'ils avaient sabordé l'an dernier malgré les avis des fonctionnaires fédéraux qui disaient que le programme était très efficace.

«Vous n'avez qu'annulé les coupures que vous aviez faites», s'est d'ailleurs écrié M. Dion. Les conservateurs attendaient visiblement cette réplique. Brandissant le budget libéral de février 2005 dans un geste théâtral, le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, a cité des sommes promises pour financer l'énergie éolienne et le développement de nouvelles technologies. «Combien de cet argent a été versé? Pas un sou!», a-t-il conclu, omettant de dire que les dépenses à long terme du budget 2005 ont été en grande partie annulées par les conservateurs lors de leur arrivée au pouvoir en janvier 2006. Puis Gary Lunn a reproché à Stéphane Dion, qui a mené sa campagne à la direction du parti sur le thème de l'environnement, de poser «de manière suffisante comme un grand environnementaliste». «Pourquoi alors n'avoir rien fait lorsque vous en aviez l'occasion?»

Les cibles de Kyoto incertaines

En coulisses aussi, le ton est monté d'un cran hier. Le comité parlementaire spécial chargé d'étudier le projet de loi C-30 (Loi sur la qualité de l'air) s'est réuni pour la première fois. Après deux heures de négociations, il a finalement été convenu de siéger de manière intensive jusqu'au 2 mars. Après avoir entendu des témoins pendant un mois, les partis feront connaître leurs amendements durant les deux semaines de relâche du début mars, après quoi le comité rédigera la nouvelle loi qui sera remise aux Communes au plus tard le 30 mars. Un vote en Chambre suivra.

Le NPD et le Parti conservateur auraient souhaité accélérer encore davantage le processus, alors que le Parti libéral voulait prendre plus de temps pour étudier le projet de loi, ce qui aurait pu prendre plusieurs mois. «Cette loi peut avoir des impacts très importants. Il faut la regarder en profondeur», a d'ailleurs soutenu au Devoir David McGuinty, porte-parole libéral en matière d'environnement.

Au Bloc québécois, on se dit heureux du compromis. «Il était impossible de tout faire en un mois. Mais il y a un sentiment d'urgence, et je pense que le délai choisi est raisonnable», a dit Bernard Bigras, critique du Bloc en matière d'environnement. Ce dernier dit n'avoir vu «aucune ouverture du gouvernement» pour inclure les cibles du protocole de Kyoto dans le projet de loi. «On n'a aucune garantie que le projet de loi va sortir conforme à ce qu'on veut. Parti comme c'est là, ça regarde bien mal», a dit Bernard Bigras, qui a rencontré hier matin le ministre John Baird pour un tête-à-tête que le bloquiste a qualifié de «décevant».

Les partis d'opposition réclament, pour donner leur assentiment au projet de loi, qu'il stipule noir sur blanc que le Canada s'engage à respecter les cibles de réduction de GES prévues au protocole de Kyoto pour la période 2008-2012. Interrogé après la période de questions à ce sujet, le ministre de l'Environnement a d'ailleurs refusé de se prononcer. «Nous nous sentons dans l'obligation de faire tout ce que nous pouvons pour améliorer notre environnement, réduire les gaz à effet de serre, et purifier notre air», a dit M. Baird. Il a seulement ajouté que «l'action internationale est très importante», sans jamais prononcer le mot «Kyoto». Depuis qu'ils ont pris le pouvoir, les conservateurs estiment que les cibles de Kyoto sont «irréalistes» compte tenu du retard pris par le Canada.

Les belles intentions environnementales affichées par les libéraux et les conservateurs hier ont d'ailleurs vite perdu de la crédibilité aux yeux des bloquistes plus tard dans la journée. À la suite du reportage diffusé à Zone Libre par Radio-Canada à propos de discussions entre Ottawa et Washington pour quintupler la production de pétrole albertain, le Bloc voulait convoquer au comité parlementaire des Ressources naturelles le ministre actuel de l'Industrie, Maxime Bernier, et l'ex-titulaire libéral, le transfuge David Emerson. Or les députés libéraux et conservateurs y siégeant ont voté contre cette proposition. «Les conservateurs ont beau faire des publicités contre le Parti libéral et son chef, mais lorsqu'il est question du développement de l'Alberta et de ses sables bitumineux, ils votent ensemble, main dans la main», a déploré la porte-parole bloquiste en matière de Ressources naturelles, Claude DeBellefeuille.

La rentrée parlementaire s'est d'ailleurs effectuée alors que le Parti conservateur se paye depuis dimanche de multiples publicités télévisées s'attaquant au leadership de Stéphane Dion. Cette campagne a été décriée non seulement par le principal visé, qui y voit une insulte à «l'intelligence des électeurs», mais aussi par le chef bloquiste, Gilles Duceppe, et l'ex-député conservateur devenu indépendant, Garth Turner.

«La possibilité qu'il y ait un effet boomerang est très importante. M. Dion est en poste depuis six semaines, alors c'est un peu extrême que de l'attaquer. Les conservateurs jouent un coup de dés», croit M. Turner. Puis il ajoute: «Il n'y a pas d'élections, alors il n'est pas nécessaire d'attaquer M. Dion. C'est simplement une question d'image. C'est ce que les gens détestent de la politique.» M. Duceppe estime quant à lui que les conservateurs devraient davantage se préoccuper de gouverner que de «tenter de détourner le débat».


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Le mardi 30 janvier 2007 09:00

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Le mardi 30 janvier 2007 08:00

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