Les analystes restent prudents

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François Desjardins
Édition du mardi 30 janvier 2007

Mots clés : Valeurs Mobilières Desjardins, Bowater, Abitibi-Consolidated, Forêt, Entreprise, États-Unis (pays), Canada (Pays)

Alors que les investisseurs et actionnaires semblaient se réjouir de l'union d'Abitibi-Consolidated et de Bowater, les observateurs étaient moins optimistes hier devant cette énorme transaction que les deux entreprises voient comme un nouveau départ dans le contexte de la déprime qui secoue l'industrie.

L'action d'Abitibi-Consolidated, qui s'éloigne sans cesse du niveau de 14 $ qu'elle affichait il y a cinq ans, a bondi de 27 % à 3,94 $ à la Bourse de Toronto sur un volume de 53 millions d'actions. C'est 20 fois plus qu'à l'habitude. Celle de Bowater, dont le cours a chuté de 65 % depuis 2000, a pris 24 % à 27,44 $ US à New York.

Or tous n'étaient pas convaincus de la réussite de ce mariage, dont l'objectif est de trouver des façons d'arrimer les opérations pour réaliser des économies. Car la transaction, avant tout, demeure assujettie au feu vert des autorités. «Puisque AbitibiBowater contrôlera environ 55-60 % de la capacité de production de papier journal en Amérique du Nord, et que le niveau de concentration dans le papier commercial est là aussi très élevé, nous croyons que cette transaction sera très complexe au chapitre réglementaire», a écrit l'analyste Pierre Lacroix, de Valeurs Mobilières Desjardins.

«Il en résultera peut-être l'obligation de vendre ou de fermer plusieurs établissements. Si l'union réussit, nous pensons qu'elle entraînerait, à long terme, un effet bénéfique sur l'industrie du papier journal et du papier commercial», a ajouté M. Lacroix.

Perte de vitesse

Aux yeux de Christian Godin, vice-président principal aux actions canadiennes et directeur de la recherche chez le gestionnaire de fonds Montrusco Bolton, la transaction ne change rien au fait que l'industrie papetière connaît des difficultés considérables. «C'est un secteur dans lequel on n'est plus présent depuis plusieurs années», a-t-il dit. «C'est un marché en déclin et le papier journal est en recul depuis bientôt cinq ans. De plus, avec le déplacement de certaines choses, comme les annonces classées vers Internet, la consommation pourrait encore diminuer.»

La consommation de papier journal, en effet, fond à vue d'oeil: le recul de la demande nord-américaine est d'environ 6 à 8 % par année, a récemment affirmé M. Lacroix. Parmi les principaux facteurs figurent la diminution de publicité et les tirages en baisse chez les journaux. Pour lutter contre la baisse de prix qu'entraîne le recul de consommation, les producteurs ont fermé des machines et des usines afin de créer une rareté artificielle et faire grimper les prix. Or la demande baisse plus vite que la production, et il faudra désormais regarder ailleurs qu'en Amérique du Nord, avait-il déjà suggéré il y a deux semaines.

M. Godin a lui aussi soulevé des questions devant l'examen que devra subir la transaction sous la loupe des autorités réglementaires canadiennes et américaines. Déjà, les cinq premiers producteurs nord-américains contrôlent 75 % de la capacité de production, a rappelé en juin dernier le magazine Paper Age. Si l'on s'en tient aux trois premiers, ce contrôle est de 50 %.

Alors que le siège demeurera à Montréal, la nouvelle compagnie sera incorporée aux États-Unis, et 52 % des nouvelles actions se retrouveront entre les mains des actuels actionnaires de Bowater. Le critique du Parti québécois en matière de développement économique, François Legault, s'est inquiété de la transaction dans la mesure où il y perçoit un déplacement graduel du contrôle des entreprises.

«Il devrait y avoir, au gouvernement et à la Caisse de dépôt et placement, une liste des 60 compagnies clés du Québec», a dit M. Legault «Il faudrait voir venir les coups. [...] Je ne voudrais pas demain matin qu'on perde les Bombardier, les SNC-Lavalin et toutes les entreprises de la forêt... Je suis inquiet de voir l'absence et l'inaction du gouvernement Charest concernant le contrôle des entreprises.»


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