Grande Bibliothèque - La Ville exige le «risque zéro»

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du jeudi 25 janvier 2007

Mots clés : Grande Bibliothèque, ville, recommandations, Montréal

L'institution devra débourser 39 000$ par mois pour occuper l'espace public jusqu'à ce qu'une solution permanente soit trouvée

Les marquises, bannières et jardins que se propose d'aménager la Grande Bibliothèque pour protéger le public d'éventuelles chutes de profilés de verre sont loin de faire l'affaire de la Ville de Montréal. À moins que Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et la firme Pomerleau ne consentent à revoir substantiellement leur plan d'aménagement, dont le coût est estimé à 500 000 $, l'arrondissement de Ville-Marie risque fort de les contraindre à retourner à leur planche à dessin.

Le dévoilement public mardi du plan de réaménagement du périmètre de la Grande Bibliothèque a plongé la mairie de Ville-Marie dans un grand dilemme. «La Grande Bibliothèque a l'intention de laisser tomber les lamelles, mais l'arrondissement ne peut pas accepter que les lamelles continuent de tomber parce qu'elles constituent quand même un risque pour les passants», a expliqué le directeur des affaires publiques et des relations avec les citoyens de Ville-Marie, Jean-Yves Dutel.

L'annonce de ce plan d'aménagement a pris de court l'arrondissement, qui estime avoir été très clair lors de ses rencontres précédentes avec BAnQ. La dernière communication, datée de janvier, invitait d'ailleurs BAnQ à améliorer son plan. «Quand ils ont fait état de cette proposition-là [en décembre dernier], on a tout de suite fait valoir qu'il y avait une règle de base à laquelle on ne pouvait pas déroger, à savoir que toute solution permanente devait être exempte de tout danger», a raconté M. Dutel.

Faisant fi de ces recommandations, BAnQ et le constructeur Pomerleau ont choisi de ne rien faire pour empêcher les lamelles de tomber. Leur solution? Réaménager le périmètre de la Grande Bibliothèque en lui ajoutant une zone de sécurité qui comprendra des marquises, des bannières et des arbustes denses destinés à éliminer tout risque de blessure. Depuis la construction de l'immeuble -- dont l'installation du revêtement a coûté trois millions de dollars à elle seule --, dix des quelque 6200 lamelles de verre se sont fracassées au sol.

Hier, la directrice des communications et des relations publiques de BAnQ, Hélène Panaïoti, s'est dite étonnée de voir que l'arrondissement prenait une position aussi tranchée dans ce dossier avant même d'avoir vu les plans finaux, qui devraient être déposés à la fin du mois. «Ils n'ont pas reçu notre demande de permis, qui comporte bien entendu une documentation complète et des études qui appuient la solution proposée. À la lecture de cette documentation-là, ils pourront émettre une opinion. Mais ça nous étonne fortement qu'ils semblent avoir arrêté leur idée en se basant seulement sur un communiqué, des plans préliminaires et quelques rencontres.»

L'arrondissement estime pour sa part que les moyens proposés pour l'instant sont trop timides pour éliminer tous les risques de blessures chez les passants. «Nous recherchons le risque zéro et, pour ce que nous en avons vu, ce plan ne répond pas à cet impératif, a indiqué Jean-Yves Dutel, d'autant plus qu'il y a un achalandage dans ce secteur qui risque fort de s'accroître avec la construction de l'îlot Voyageur juste en face.»

Si l'arrondissement de Ville-Marie est si prudent dans ce dossier, c'est que le risque de chute d'une lamelle reste très élevé. Dans une étude commandée par l'arrondissement, la firme CPA Verre Structurel inc. estime qu'«il ne serait pas surprenant de voir durant les prochaines années quatre à six lamelles additionnelles se briser». Mais il y a plus inquiétant: ce rapport confirme ce que d'autres experts avaient déjà signalé, soit que le tiers des lamelles ne répond pas aux normes canadiennes.

D'ordinaire, le verre trempé adéquatement se fragmente en morceaux de petite taille, qui ont une très faible probabilité de causer des blessures. Le hic, c'est que des essais en laboratoire menés sur certains profilés de la Grande Bibliothèque ont montré que les lamelles qui ne répondent pas aux normes peuvent faire mentir cette règle. «Un des fragments récupérés après un des tests mesurait 52 mm x 240 mm hors tout, soit près de 20 fois la grosseur de la taille permise pour un fragment de verre trempé. Il est facile d'imaginer qu'une personne pourrait subir des blessures graves à la suite de la chute d'un tel fragment», lit-on dans ce rapport.

Depuis maintenant près de deux ans, la Grande Bibliothèque est ceinturée d'un périmètre de sécurité improvisé, composé principalement de barrière de sécurité, une situation qui pèse de plus en plus aux yeux de l'arrondissement. «On ne peut pas continuer comme ça, dans le temporaire. Il faut que ça se règle. On avait suspendu la tarification pour l'occupation du domaine public, mais on a repris la facturation en janvier», a indiqué le directeur des affaires publiques et des relations avec les citoyens de Ville-Marie.

La facturation de l'occupation du territoire public pourrait coûter très cher à la Grande Bibliothèque. En 2005, celle-ci avait dû débourser 221 842,07 $ pour installer ses barrières de sécurité sur la voie publique. En 2006, la mairie avait consenti à ne plus réclamer de frais à l'institution publique. Mais l'attente a assez duré, et Ville-Marie a décidé de relancer le compteur, à raison de 39 000 $ par mois.

Jusqu'à présent, la mésaventure des profilés de verre aura coûté 905 000 $ aux différentes parties, dont 500 000 $ auront été assumés par BAnQ. Celle-ci devra ajouter à ce montant les 39 000 $ mensuels qu'elle devra débourser pour continuer à occuper l'espace public jusqu'à ce qu'une solution permanente soit trouvée. Dans son communiqué émis mardi, la BAnQ disait vouloir commencer les travaux au printemps. Mais il lui faudra d'abord obtenir un permis de l'arrondissement, ce qui n'est pas donné d'avance. «La base, c'est la sécurité du public. [Pour être acceptée], il faudra que leur demande de permis soit accompagnée de quelque chose de neuf par rapport aux discussions qui ont eu lieu», a prévenu M. Dutel.

Entre juin 2005 et août 2006, dix profilés de verre du parement extérieur de la Grande Bibliothèque ont éclaté. Des experts ont suggéré de retremper les lamelles prises en défaut; d'autres ont plutôt indiqué qu'il fallait les réinstaller selon des normes plus serrées. Mais ces solutions, aussi complexes que coûteuses, n'ont pas été retenues par BAnQ ni par la firme Pomerleau parce que les différents rapports n'ont pas su établir de solution claire et certaine ni même déterminer une responsabilité unique et certaine.


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Hein! Vous avez dit mamelle ...? - par Robert C. Paradis
Le vendredi 26 janvier 2007 10:00

Que celui qui est sans péché... - par Philippe Champagne
Le jeudi 25 janvier 2007 18:00

Et si elles avaient été en cuivre ? - par Valdor Lagacé-Gallant
Le jeudi 25 janvier 2007 10:00

Revenont au plan original - par claude stordeur (claudest@gmail.com)
Le jeudi 25 janvier 2007 09:00

A qui la responsabilité - par Denis Potvin (denis_potvin@videotron.ca)
Le jeudi 25 janvier 2007 06:00

solutions simples SVP - par francis dery
Le jeudi 25 janvier 2007 00:00

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