Irak: cuisant revers de Bush au Sénat

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AFP , Reuters
Édition du jeudi 25 janvier 2007

Mots clés : stratégie, Congrès, George W. Bush, États-Unis (pays), Irak (pays)

La commission des Affaires étrangères juge sa nouvelle stratégie «contraire à l'intérêt national»

Les sénateurs démocrates Chris Dodd et John Kerry sont tous deux membres de la commission des Affaires étrangères du Sénat.

Photo: Agence France-Presse

Washington -- Le président américain George W. Bush a essuyé hier un cuisant revers au Congrès, où la commission des Affaires étrangères du Sénat a adopté un projet de résolution jugeant sa nouvelle stratégie pour l'Irak «contraire à l'intérêt national» des États-Unis.

Au lendemain de l'appel du président à laisser une chance à son nouveau plan pour l'Irak, prévoyant le déploiement de 21 500 militaires supplémentaires, la commission des Affaires étrangères du Sénat a adopté par douze voix contre neuf un texte symbolique qui pourrait être mis aux voix en séance plénière dès la semaine prochaine.

«En adoptant cette résolution, nous adressons un message aux Américains leur disant que nous les avons entendus», a expliqué la démocrate Barbara Boxer.

Le vice-président Dick Cheney a toutefois minimisé l'importance du vote: «Cela ne nous arrêtera pas», a-t-il dit sur CNN, estimant le texte «nuisible du point de vue des troupes», qui ont commencé à accueillir les premiers éléments du renfort annoncé il y a deux semaines.

Le vote de la commission, avec le soutien du républicain Charles Hagel, pourrait en préfigurer d'autres, car bon nombre de démocrates veulent que le rejet de la politique irakienne débouche sur un texte susceptible d'entraver concrètement la mise en oeuvre du plan Bush.

Le président de la commission, Joseph Biden, leur a promis l'examen prochain de textes pouvant «permettre de limiter efficacement et constitutionnellement [l'action] du président», expliquant qu'il préférait privilégier une approche symbolique dans l'intérêt de la rapidité et de la recherche de consensus.

Le texte d'hier, déjà assuré du soutien d'au moins deux sénateurs du Parti républicain du président Bush, est pour ce dernier un affront personnel.

«Je partage beaucoup des inquiétudes» exprimées dans le texte mis aux voix, a déclaré l'ex-président républicain de la commission, Richard Lugar. «Je ne suis pas convaincu que le plan du président Bush réussisse.»

«Après une réunion de trois heures avec de hauts responsables du renseignement, trois entretiens à la Maison-Blanche et plusieurs auditions, je suis encore plus sceptique maintenant qu'avant à propos de l'impact [du plan Bush] sur notre sécurité nationale», a renchéri le républicain George Voinovich.

Lundi, l'ex-président de la commission des Forces armées, John Warner, était allé jusqu'à présenter sa propre résolution pour exprimer le désaccord du Sénat.

Des négociations sont en cours pour harmoniser son texte avec celui de la commission avant leur examen en séance plénière, l'état-major démocrate souhaitant rassembler le maximum de soutien pour mieux se faire entendre par la Maison-Blanche.

Des combats à Bagdad

Des combats ont opposé hier à Bagdad les forces irakiennes et américaines aux insurgés dans le quartier sunnite de Haïfa, au lendemain de l'écrasement d'un hélicoptère dans lequel ont péri cinq Américains travaillant pour une société de sécurité privée.

Les forces américaines et irakiennes ont tenté une nouvelle fois de reprendre le contrôle de la rue Haïfa, bastion sunnite du centre de Bagdad, à moins de deux kilomètres de la Zone verte fortifiée qui abrite les institutions irakiennes et l'ambassade des États-Unis.

Les soldats ont été la cible de tirs d'obus de mortier, de grenades, d'armes légères et de roquettes antichars au cours de cette opération, baptisée Tomahawk Strike 11, selon l'armée américaine.

«Deux terroristes ont été tués et 11 personnes recherchées, de différentes nationalités, ont été arrêtés», a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué.

«D'importantes caches d'armes ont été découvertes dans une école primaire. L'opération se poursuit pour chasser de Haïfa les derniers terroristes et éléments criminels qui s'y trouvent», a-t-il ajouté.

Pour sa part, l'armée américaine a fait état de l'arrestation de sept suspects et de la découverte de caches d'armes. Selon la télévision publique Irakia, citant le ministère de la Défense, 30 insurgés ont été tués dans les combats et 35 autres arrêtés.

En outre, le ministre de l'Enseignement supérieur, Abed Diab al-Oujaïli, a échappé à une embuscade tendue par des hommes armés dans le sud de Bagdad, qui a fait un mort et un blessé parmi ses gardes.

Vingt-trois personnes ont par ailleurs été tuées hier dans des attaques à travers l'Irak, dont quatre policiers dans l'explosion d'une voiture piégée à Bagdad et quatre membres d'une même famille chiite, dont deux enfants, tués par des hommes armés à Souwaira, au sud-est de la capitale. L'armée américaine a également fait état de la mort d'un enfant de 12 ans au cours d'un raid dans le nord de Bagdad.

L'armée américaine et les forces de sécurité irakiennes ont aussi entamé mardi une importante opération, baptisée Loup, dans le quartier sunnite d'Adhamiyah, à Bagdad.

Mardi, un hélicoptère de la société de sécurité privée Blackwater USA s'était écrasé dans le quartier de Fadl, juste au sud d'Adhamiyah, faisant cinq morts parmi les passagers américains. L'attaque a été revendiquée par trois groupes de la guérilla sunnite en Irak, l'Armée islamique en Irak, Ansar al-Sunna (lié à al-Qaïda) et les Brigades de la révolution de 1920.

L'Iran montré du doigt

L'ambassadeur des États-Unis en Irak, Zalmay Khalilzad, a soutenu hier que les États-Unis disposent de preuves sur les activités hostiles des agents iraniens récemment arrêtés en Irak. Washington, a-t-il dit, espère que Téhéran va changer ses liens diplomatiques avec Bagdad.

Un certain nombre de représentants iraniens ont été arrêtés au cours du mois écoulé lors de trois raids menés par les forces américaines. L'ambassadeur américain a précisé que les détails des accusations portées à leur encontre seraient rendus publics au cours des prochains jours.

Washington accuse l'Iran d'armer, de former et de financer des activistes chiites en Irak. Selon Khalilzad, la république islamique chiite pourrait être tentée de maintenir l'Irak dans un état de faiblesse et de déstabilisation afin de poursuivre ses propres ambitions «hégémoniques» dans la région. L'Iran, a-t-il dit, nourrit le «désir d'être la puissance dominante, la puissance hégémonique de la région».

«Historiquement, l'Irak a toujours joué un rôle de rééquilibrage face à l'Iran. C'est peut-être ce que recherche l'Iran: maintenir l'Irak dans un état de préoccupation» afin qu'il ne puisse pas contrebalancer l'influence de Téhéran. «Nous essayons d'ajuster notre politique pour être en mesure de faire face à cette situation et pour nous assurer que l'Iran ne commet pas une erreur de calcul», a poursuivi Khalilzad.

La diplomatie américaine veut également faire en sorte que «le reste de la région et les puissances ayant des intérêts dans cette région» comprennent que les États-Unis «n'autoriseront pas l'hégémonie d'une puissance régionale hostile».

Réaffirmant qu'une partie des Iraniens arrêtés en Irak appartiennent au commandement de la «force al-Qods», une unité du corps des gardiens de la Révolution, l'ambassadeur américain a indiqué que l'ambassadeur d'Iran à Bagdad avait demandé aux États-Unis de présenter les preuves de ce qu'ils avancent. «Nous allons lui rendre ce service en agissant dans les prochains jours», a dit Khalilzad.


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