Bush et l'environnement - Mélange d'intérêt et de scepticisme chez les écolos
Mots clés : Changements climatiques, George W. Bush, environnement, États-Unis (pays)
Les grands groupes écologistes états-uniens et d'ici ont accueilli avec autant d'intérêt que de scepticisme les objectifs de réduction de la consommation de pétrole formulés mardi soir par le président George W. Bush dans son discours sur l'état de l'Union.
La réaction la plus enthousiaste à son discours est venue de l'Union of Concerned Scientists (UCS), pour laquelle «c'est peut-être la percée que nous attendions depuis des années en matière d'économies d'essence», a expliqué à Washington son porte-parole, Aaron Huertas. Celui-ci a souligné comme une énorme avancée le fait que la proposition présidentielle porterait à 34 milles au gallon (6,9 litres aux 100 km) la consommation moyenne du parc nord-américain, qui se situe actuellement autour de 10 litres aux 100 km.
«Cela équivaut à une amélioration de 4 % par année, ce qui est énorme, a expliqué M. Huertas. Mais il faudra voir si cela demeurera au stade des voeux pieux ou si cette norme sera définie dans une loi qui rendra son atteinte obligatoire, en évitant de l'assortir de trous béants comme par le passé, ce qui a permis aux VUS et aux gros camions d'échapper aux normes.»
Si ces objectifs sont véritablement atteints, a ajouté le porte-parole de l'UCS, cela retrancherait 550 000 barils par jour à la consommation du parc automobile, l'équivalent de 14 millions de voitures et camions légers: «Si, en plus, l'administration fédérale entend remplacer 1,5 million de barils par jour de pétrole par des biocarburants, nous réduirions notre dépendance au pétrole de 6,5 %.» Pour remplacer 18 des 35 milliards de gallons de pétrole ciblés par le président Bush, il faudrait produire en 2017 quelque 18 milliards de gallons d'éthanol à partir de maïs-grain, ce qui exigerait de produire aussi 17 milliards de gallons avec d'autres fibres de cellulose, provenant notamment de la biomasse forestière ou de déchets agricoles.
Voilà des objectifs irréalistes, a ajouté de son côté le porte-parole de Greenpeace US, Chris Miller, à Washington. À son avis, le président Bush veut bien davantage sauver son parti, en déroute devant les démocrates, que la planète.
«Si les objectifs de conversion en biocarburants devaient être atteints, a-t-il dit, il ne resterait plus de maïs pour les animaux et les humains, car il faudrait le consacrer entre 75 et 100 % aux transports. Le président feint d'avancer dans ce dossier mais c'est un leurre car il ne propose pas d'intégrer les États-Unis dans la lutte contre les changements climatiques à l'échelle internationale. Ses objectifs dépassent de loin les échéanciers du protocole de Kyoto et les mesures qu'il annonce ne touchent en rien les principales sources d'émissions ici, soit les centrales thermiques. Pire, pour réduire notre dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient, il propose de passer au charbon propre ou gazéifié, ce qui réduirait notre dépendance mais doublerait les émissions des utilisateurs de cette énergie vraiment pas propre. Le discours du président Bush nous dévoile plutôt un président déconnecté de l'arène politique, où les principaux candidats à sa succession et les leaders du Congrès avancent tous des propositions visant à réorienter les États-Unis dans l'effort international de réduction des émissions de GES dans tous les secteurs.»
Pour André Bélisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), même si on peut avoir des doutes sur la volonté du président Bush de vraiment changer les choses en matière d'émissions de GES, ses propositions vont néanmoins plus loin que tout ce que les derniers gouvernements du Canada ont osé mettre en avant, eux qui prétendent désormais dépasser les États-Unis en matière de lutte contre les changements climatiques. Le Canada, a dit M. Bélisle, risque encore une fois de se retrouver à la remorque de son voisin dans ce domaine.
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