Opinion

L'aréna, haut lieu du sport...et de la santé?

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Martine Painchaud, Présidente directrice-générale de la Coalition québécoise sur la problématique du poids

Édition du jeudi 25 janvier 2007

Mots clés : malbouffe, aréna, santé, Sport, Québec (province)

La clientèle captive des jeunes dans les arénas et les centres sportifs suscite de plus en plus d'intérêt, notamment de la part des chaînes de restaurants, qui y voient une avenue de croissance. Cette situation pourrait être l'occasion d'un débat constructif sur l'offre alimentaire dans les arénas et les centres sportifs, mais on constate plutôt que le débat s'enlise et que les arguments soutenus de part et d'autre entraînent des discussions stériles. Entre les tenants du «droit de choisir», ceux de la «tradition des arénas» et les partisans autoproclamés de la «saine alimentation», il est bien difficile d'envisager une issue sur de telles prémisses.

Pour la Coalition Poids, ce débat doit être posé comme une des manifestations d'une question beaucoup plus vaste, celle de la santé publique, qui interpelle les élus municipaux en tant que responsables des centres de loisirs, mais également les parents, les entraîneurs et les différents intervenants auprès des jeunes.

Les jeunes Québécois sont américains

On parle beaucoup de l'épidémie d'obésité sans toutefois prendre conscience de l'ampleur du phénomène. Or une seule donnée suffit pour illustrer la gravité de ce problème: aujourd'hui, on observe qu'un jeune Québécois de 6 à 16 ans sur quatre présente un surplus de poids (obésité ou embonpoint). Ces chiffres sont quasi identiques à ceux des États-Unis puisque, selon les données de l'OCDE, 27 % des jeunes Américains souffrent de surpoids. Si rien n'est fait, cela signifie que la prochaine génération d'adultes québécois connaîtra le même taux d'obésité et les mêmes problèmes graves de santé que ceux qui affectent nos voisins américains à l'heure actuelle.

Les causes sont bien connues et largement diffusées dans les médias: le peu d'activité physique et la mauvaise alimentation y figurent au premier titre. Tout nous pousse à bouger moins (automobile, télévision, loisirs sédentaires) et à manger trop d'aliments eux-mêmes trop salés, trop sucrés, trop gras.

Si une certaine partie de la solution réside dans la détermination des individus à modifier leurs habitudes de vie, il est indéniable que nous devons créer des environnements facilitant des choix santé. En d'autres termes: alors que nous faisons face à une grave crise de santé publique, il nous faut des interventions publiques pour y répondre.

L'aréna: un milieu de vie pour nos jeunes

Il faut sortir du débat stérile qui consiste à déterminer qui est responsable de ce que chacun mange. Les parents? Les jeunes eux-mêmes? Le gouvernement?

Posons plutôt la vraie question: quelle est notre responsabilité comme société en ce qui a trait à une question de santé publique aussi importante que celle de l'obésité? Si nous sommes véritablement préoccupés par l'état de santé de la prochaine génération, si nous reconnaissons que les arénas et les centres sportifs constituent des milieux de vie pour nos jeunes, nous devons alors convenir de notre responsabilité collective à cet égard.

Concrètement, cette responsabilité collective s'exprime par des choix politiques et administratifs qui indiquent clairement les valeurs privilégiés par le plus grand nombre. La promotion d'habitudes de vie saines se qualifie certainement à ce titre puisque, selon un récent sondage SOM, 93,9 % des Québécois «estiment que l'obésité constitue un problème de santé publique très ou assez important».

Les arénas et les centres de loisir sont, dans la plupart des cas, sous la gouverne de l'autorité municipale, un centre décisionnel important en ce qui concerne la qualité de vie dans la communauté. Il nous apparaît donc nécessaire que la promotion d'habitudes de vie saines -- notre réponse collective à un problème de santé collectif -- y fasse l'objet de tous les égards, en matière non seulement d'activité physique mais également d'offre alimentaire. C'est dans cet esprit que les arénas et les centres de loisir peuvent offrir leur pleine contribution à la mise en oeuvre de solutions aux problèmes de poids.

Il semble d'ailleurs que certaines administrations municipales aient déjà pris des initiatives en ce sens et décidé de faire une place à des menus santé dans leurs arénas. La municipalité de Lac-Etchemin ainsi que l'arrondissement de Verdun, à Montréal, sont souvent cités en exemple.

Il va de soi qu'une offre alimentaire de moins bonne qualité continuera d'être disponible à l'extérieur des arénas. Cela ne doit pas empêcher nos élus de démontrer leur vision à l'égard de la qualité de vie de leurs concitoyens.


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