Irak - 3200 GI en renfort à Bagdad
Mots clés : président Bush, chiites, ONU, Forces armées, États-Unis (pays), Irak (pays)
Rapprochement entre chiites au pouvoir
Bagdad -- Quelque 3200 GI sont arrivés en renfort à Bagdad hier, au lendemain d'une journée particulièrement meurtrière pour les forces américaines, qui ont perdu 25 militaires dans des attaques et une chute d'hélicoptère en Irak. Les renforts arrivent à quelques heures seulement du grand discours annuel sur l'état de l'Union que prononcera demain le président George W. Bush.Il s'agit de la première des cinq brigades américaines, dont le président Bush avait annoncé le 11 janvier l'envoi pour sécuriser Bagdad. Les violences confessionnelles ont fait plus de 16 800 morts à Bagdad en 2006, selon l'ONU.
La journée d'hier a aussi marqué un rapprochement entre chiites au pouvoir. Le courant du chef radical chiite Moqtada Sadr a mis fin à son boycottage du gouvernement, après avoir reçu des garanties sur la satisfaction de ses demandes. «Nous allons participer de nouveau au processus politique», a déclaré un député du courant Sadr, Saleh Hassan Issa al-Ogaïli, qui a participé à la séance parlementaire d'hier.
Le courant Sadr a obtenu la promesse de la discussion au Parlement «d'un calendrier de retrait des troupes américaines et que le gouvernement s'abstienne de renouveler le mandat des forces d'occupation sans en référer au Parlement», a-t-il ajouté.
«C'est un nouveau début», a commenté le président du parlement, Mahmoud al Machhadani au cours d'une conférence de presse. «Nous tenons à dire au monde entier que la résolution des problèmes de l'Irak passe par une solution irakienne, et que les autres doivent soutenir pareille solution.»
Le courant Sadr compte 32 députés sur 275 et contrôle six ministères et secrétaires d'État, mais il avait cessé de soutenir le gouvernement et boycottait le Parlement depuis le 29 novembre pour protester contre une rencontre entre le premier ministre Nouri al-Maliki et le président américain George W. Bush.
Résolution démocrate
C'est dans ce contexte que les parlementaires démocrates ont réaffirmé hier leur volonté de faire passer au Congrès une résolution condamnant la décision du président Bush d'envoyer plus de 20 000 soldats supplémentaires dans ce pays. Bien que non contraignante, cette résolution déposée mercredi est une manière de dénoncer vigoureusement le nouveau plan de George W. Bush et de le pousser à envisager d'autres options.
«Ce sera un message très fort si une majorité d'élus des deux bords affirme ne pas être d'accord avec l'augmentation de l'engagement militaire en Irak», a déclaré hier sur Fox News le sénateur Carl Levin, président de la commission des Forces armées.
Carl Levin a déposé la résolution avec son collègue Joseph Biden, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat et le sénateur républicain Chuck Hagel. Elle devrait être examinée par le Congrès en milieu de semaine.
Bush doit de surcroît prononcer demain son discours sur l'état de l'Union dans lequel il devrait défendre sa stratégie en Irak, mais aussi présenter ses priorités pour les deux dernières années de son mandat.
«Cette politique a été un échec depuis le début. Elle a été très mal pensée. Elle a été mal mise en oeuvre. Et accroître l'engagement militaire maintenant n'est pas la réponse», a fait valoir Carl Levin sur Fox News.
«Le fait est qu'il y a une guerre civile», a déclaré Joseph Biden également sur Fox News hier. «C'est ce à quoi le président doit faire face. Et il le fait exactement de la mauvaise façon», a ajouté le sénateur. «Il n'écoute pas les militaires. Il n'écoute pas les anciens secrétaires d'État. Il n'écoute pas ses vieux amis. Il n'écoute personne mis à part [le vice-président Dick] Cheney, et Cheney a tout faux», a poursuivi l'élu démocrate du Delaware.
Lourdes pertes
En Irak, douze soldats américains ont péri samedi après-midi lorsqu'un hélicoptère Blackhawk s'est écrasé pour une raison encore inconnue au nord-est de Bagdad. Dans le même temps, cinq soldats américains ont été tués et trois blessés dans la ville sainte chiite de Kerbala, à 110 km au sud de Bagdad. «Les assaillants portaient des uniformes de l'armée irakienne et de l'armée américaine, ils sont arrivés à bord de véhicules tout-terrain. C'est la première fois que ce type d'action se produit ici», a expliqué le gouverneur de Kerbala, Akil al-Khazaali.
La province de Kerbala, qui relève de l'autorité des soldats polonais de la Force multinationale, connaît peu de violences, mais l'attaque de samedi survient après une série d'arrestations de chefs de milices chiites. Quatre soldats et un Marine sont aussi morts samedi des suites de leurs blessures dans la province d'al-Anbar, foyer de l'insurrection sunnite, tandis que deux soldats sont morts dans l'explosion de bombes artisanales, à Bagdad et dans le nord. Enfin, un soldat du 105e corps du génie, blessé dans l'explosion d'une bombe au passage de son véhicule dans le nord de l'Irak, a succombé à ses blessures.
Depuis l'invasion de mars 2003, au moins 3050 militaires américains et personnels assimilés sont morts en Irak, selon un décompte de l'AFP établi à partir des chiffres du Pentagone.
Hier, neuf Irakiens ont été tués dans des violences à Bagdad, où les corps de 29 personnes assassinées ont aussi été retrouvés, selon les services de sécurité. Un soldat britannique a par ailleurs péri hier matin dans l'explosion d'une bombe, près de Bassora, au passage de sa patrouille.

