Le meurtrier présumé du journaliste Hrant Dink passe aux aveux
Mots clés : Hrant Dink, Décès, Média, Turquie (pays)
Le Prix Nobel Orhan Pamuk rend hommage au disparu

Photo: Agence France-Presse
La police a dit avoir été prévenue par le père de l'adolescent, qui l'aurait reconnu sur les photos du meurtrier présumé diffusées par les chaînes de télévision turque. Identifié comme Ogun Samast, l'auteur présumé du crime, né en 1990, a été appréhendé samedi soir à Samsun sur la mer Noire, alors qu'il était parti en autocar d'Istanbul pour retourner apparemment chez lui, à Trabzon (ex-Trébizonde).
Le procureur général Ahmet Cokcinar a confirmé hier à l'Associated Press que l'adolescent avait avoué l'assassinat du journaliste avant son transfert à Istanbul. Le parquet tentait de déterminer si le jeune était lié à un quelconque groupe, mais l'enquête n'a «pour l'heure» révélé aucun lien de ce type, selon le procureur d'Istanbul Aykut Cengiz Engin.
«Je l'ai abattu après avoir dit les prières du vendredi. Je n'ai pas de regrets», a raconté Samast dans sa déposition, croit savoir la chaîne d'information CNN-Türk. «J'ai lu les actualités sur Internet. Il [Hrant Dink] a dit "Je suis de Turquie, mais le sang turc est sale" et c'est pour ça que j'ai décidé de le tuer.»
Six autres personnes ont été interpellées samedi à Trabzon et transférées à Istanbul, dont Yasin Hayal, un homme reconnu coupable dans l'attentat à la bombe contre un McDonald's de la ville en 2004, que la police soupçonne d'avoir peut-être incité au meurtre de Hrant Dink, selon les médias turcs.
Yasin Hayal est supposé être un militant islamiste formé à la fabrication de bombes par des combattants tchétchènes dans un camp en Azerbaïdjan. Trois autres ont été arrêtés hier, selon l'agence turque Anatolie. L'oncle du suspect, Faik Samast, interrogé sur la chaîne privée NTV, estimait que son neveu n'avait pas pu agir seul. «Il était même incapable de se repérer dans Istanbul», a-t-il affirmé. «Ce gamin a été utilisé.»
Avant son arrestation, le gouverneur d'Istanbul Muammer Guler avait annoncé que la secrétaire de Hrant Dink avait reconnu le suspect sur les photos comme étant l'individu venu demander un rendez-vous avec le journaliste, vendredi, le jour de sa mort. Selon les enquêteurs, l'individu s'était présenté comme un étudiant de l'université d'Ankara. L'entretien avait été refusé. Environ une heure plus tard, Hrant Dink, 52 ans, rédacteur en chef du journal bilingue turc-arménien Agos, était abattu de deux balles dans la tête sur le trottoir situé devant les locaux de cette publication.
«Tous responsables»
Hier pour la troisième journée consécutive, des anonymes sont venus se recueillir sur le trottoir où Hrant Dink a été tué. Dans la foule, qui comptait des Turcs et des membres de la petite communauté arménienne d'Istanbul, beaucoup avaient épinglé sur la poitrine un portrait du journaliste. Poursuivi en justice pour avoir dénoncé le génocide arménien -- non reconnu par Ankara -- de 1915-1917, Hrant Dink disait être inondé d'insultes et de menaces de mort.
«Nous sommes tous responsables de sa mort d'une certaine façon», a déclaré le Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, poursuivi comme Hrant Dink pour avoir évoqué le génocide arménien, et venu hier lui rendre hommage.
«Mais par-dessus tout, je crois que ce sont ceux qui défendent le 301 qui sont responsables de sa mort», a-t-il ajouté, évoquant l'article 301 du code pénal turc sur le dénigrement de l'identité turque, des valeurs de la République et des institutions de l'État au nom duquel nombre d'intellectuels ont été poursuivis en Turquie ces derniers temps. Sous la pression internationale, la justice turque avait abandonné les charges pesant sur Orhan Pamuk.

