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Drogués de l'insignifiance

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Pierre Faubert (pierrefaubert@sympatico.ca)
Envoyé Le samedi 20 janvier 2007 11:00



Le 30 octobre 1938, Orson Welles avait réussi à faire croire à toute la ville de New York qu'elle était envahie par des Martiens. Les gens voulaient tellement fuir la ville qu'ils créaient des bouchons partout. Certains se cachaient dans leurs sous-sols, d'autres sortaient leurs armes etc...

Ce que nous ne réalisons pas lorsque nous écoutons la radio ou regardons la TV, c'est que nous ne sommes pas dans un état de regard critique. Nous sommes submergés par une quantité d'information difficile à traiter adéquatement parce qu'il y en a trop. Et, paradoxalement, nous ne pouvons pas nous assurer de la véracité de ces informations, parce qu'il nous en maque. Les médias ne sont que le trou de la serrure. Nous ne voyons jamais le "big picture". Pourtant ces informations partielles et presque toujours partiales nous attrapent. Comme ceux qui écoutaient crédulement leurs radio à New York, ils ont été trompés par un Orson Welles qui voulait simplement s'amuser en présentant, de manière convaincante sa "Guerre des Mondes". Ça fait presque 70 ans de cela. Nous croyons sincèrement que nous sommes mieux informés que ces "naïfs" de 1938. Mais le sommes-nous vraiment? Nous avons plus d'information, mais sommes-nous mieux informés. Avons-nous les bases de connaissances intellectuelles qui nous permettraient de relativiser et d'interpréter cette magnitude d'informations croissantes. Avons-nous développé des habiletés de DISCERNEMENT pour trier l'essentiel de l'accessoire; le vrai du faux?

Quoi faire? Demeurer handicapés et démunis devant ce rouleau compresseur que sont les médias? NON! Il faut commencer à donner des moyens à tous les citoyens, dès le secondaire. Il faut s'équiper d'herméneutique et d'épistémologie, c'est-à-dire de développer ses capacités intellectuelles d'interprétation et de critique.

Malheureusement, au Québec, on a peur des mots signifiants. On est des drogués de l'insignifiance. Le mot critique pour la plupart veut dire "chialer". Critiquer, ça veut dire prendre une distance face à ce qui nous est présenté pour mieux l'analyser, en saisir sa substance et laisser aller le reste.

Il me semble que des cours d'analyse des médias seraient une façon de respecter les intelligences de tous et obligerait les médias à nous respecter davantage.

Pierre E. Faubert, psychologue

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