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Racisme ou pauvreté ?

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Louis Lapointe
Envoyé Le mardi 16 janvier 2007 11:00



Alors que j'étais directeur de l'École du Barreau du Québec, un avocat pratiquant en droit de l'immigration et représentant une association de protection des communautés culturelles est venu me voir pour me parler de l'importance de favoriser l'accès de membres de communautés culturelles à la pratique du droit au Québec.

Étonné, je lui ai fait remarqué qu'il n'y avait aucun problème d'accès de ces personnes au Barreau du Québec. Il n'avait qu'à se promener dans les couloirs de l'École ou assister à une prestation collective de serment pour s'en convaincre. J'en ai profité pour lui faire remarquer qu'il se trompait de victimes, que s'il y avait de grands absents à l'École du Barreau, c'étaient les pauvres de l'est de Montréal, peu importe leurs races. Le racisme fleurit là où il y a des pauvres et personne n'aime le visage de la pauvreté peu importe sa race, son sexe, sa religion.

Les pauvres ne savent pas parler, ils sont sales, ils puent, ils ne travaillent pas, ils fument, ils boivent, ils battent leurs enfants, ils jouent à l'argent, ils se prostituent, ils se battent entre eux, détestent les autres races de pauvres et habitent majoritairement l'est de Montréal, ils sont l'objet des pires préjugés. Il faut vivre à Brossard pour comprendre que ce n'est pas l'hétérogénéité des races qui pose surtout problème au Québec (Brossard étant une ville pluriethnique dont la majorité des habitants est riche sans égard à la couleur), c'est la richesse des uns et la pauvreté des autres. Même si ces autres exclus sont majoritairement Canadiens français, les plus visibles sont des immigrants et ont une nombreuse progéniture. Ils coûtent cher.

J'ajouterai que si les lucides réussissaient à mettre en oeuvre leur plan de hausser tous les tarifs, le visage de la pauvreté à Montréal prendrait encore plus d'ampleur, problème beaucoup plus préoccupant que les nids de poules du maire Tremblay. Il y aurait encore moins de pauvres dans les écoles et les universités et plus de pauvres dans les rues de Montréal à traîner, se battre, se prostituer, vendre de la drogue, voler , tuer. Le racisme n'a pas de couleur, il est surtout pauvre et suscite les pires sentiments chez les plus riches comme chez les plus pauvres entre eux.

Ce n'est pas en rendant les riches plus riches par des baisses d'impôts et des hausses de tarifs et de frais de scolarité universitaires comme le proposent les Dubuc , Pratte , Bouchard et autres Facal qu'on va diminuer la pauvreté et le racisme qui en découle. C'est en s'occupant des plus pauvres, en leur permettant d'accéder à la richesse qui passe de plus en plus par la formation postsecondaire. L'augmentant des ratios de passage des plus pauvres aux études supérieures aura forcément un effet positif sur les nouvelles inscriptions dans nos cégeps et nos universités, leur financement collectif étant assuré par des subventions gouvernementales per capita provenant de nos impôts qui servent à redistribuer notre richesse collective là où il y a le plus de besoins. Comme la priorité du Québec, c'est la formation des jeunes, c'est là que nous devrions investir massivemen.

Si la première richesse du Québec ce sont ses enfants, avant de penser à faire plus d'enfants blancs comme le suggère le Grand Lucide, nous devrions peut-être nous occuper de tous ceux qui souffrent chaque jour d'être abandonnés à eux-mêmes et d'être considérés comme des déchets de la société dès leur naissance parce que leurs géniteurs sont des BS ou des immigrants. Quand on suggère de faire plus d'enfants alors que nous ne sommes même pas capables de nous occuper de tous ceux qui en ont besoin, on suggère que les plus pauvres ne comptent pas. Ce ne serait pas ça la vraie discrimination, la vraie souche du racisme ?

Ce discours des lucides est insidieux, car il suggère que la prospérité ne passe que par l'enrichissement des plus riches qui feront bénéficier les plus pauvres de leur enrichissement. Leur discours encourage les uns à jeter un regard méprisant sur les autres, ces autres qui ne paient pas d'impôts et profitent de nombreux services gratuitement ou à peu de frais. Ces autres qui sont souvent pauvres et surtout visibles !

Louis Lapointe
Brossard, le 16 janvier 2007

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