Opinion

Libre-Opinion: Une Place pour Robert Bourassa

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Joseph Baker, Ancien président de l'Ordre des architectes du Québec et ex-directeur de l'École d'architecture de l'Université Laval

Édition du mardi 16 janvier 2007

Mots clés : Avenue du Parc, Robert Bourassa, Gérard Tremblay, Municipalité, Montréal

Rares sont ceux qui doutent que le maire Gérard Tremblay a commis un faux pas de premier ordre en décidant hâtivement de changer le nom de l'avenue du Parc pour rendre hommage à l'ancien premier ministre Robert Bourassa. Rares sont également les Montréalais qui refuseraient à cet éminent homme politique la reconnaissance de ses réalisations et de sa contribution au développement économique du Québec.

Toutefois, la vague de protestation suscitée par la proposition de M.Tremblay, les pétitions et les manifestations dans la rue et à l'hôtel de ville ne devaient pas surprendre. Comme tant d'autres l'ont déjà dit si clairement, l'avenue du Parc n'est pas seulement le nom d'une artère, elle fait partie intégrante, voire viscérale, de leur histoire et de leur sentiment d'appartenance à la communauté montréalaise, qu'on ne peut leur enlever par décision municipale. Chose certaine, il y aura recours aux instances supérieures et même action judiciaire. Quel pétrin!

Y a-t-il un moyen de sortir de cette impasse pour concilier les objectifs et les sensibilités, à première vue opposés, des parties à ce débat? La réponse est oui.



Une redécouverte

Au cours des deux dernières années, l'avenue du Parc et l'avenue des Pins ont subi une transformation remarquable: la toile de béton enchevêtrée tissée par les ingénieurs d'antan, trop enthousiastes, a été condamnée au pic et abattue. À sa place, on trouve aujourd'hui un carrefour traditionnel doté de feux de circulation.

L'union des deux secteurs de l'avenue du Parc a fait l'objet d'une approbation quasi universelle. Des perspectives dont on se souvenait à peine se sont présentées, au grand étonnement des générations récentes: au nord celle du Parc Mont-Royal, et au sud, celle du centre-ville. D'un coup, les familles de la vibrante communauté de Milton Park accèdent sans obstacles aux pentes vertes de la montagne et au parc Jeanne-Mance et, par ailleurs, un lien est rétabli avec les communautés multiculturelles du secteur situé au nord.

Et voilà que nous retrouvons la vraie avenue du Parc, avec toute sa richesse culturelle et historique, une véritable cause de célébration, où il y certainement une place pour l'honorable Robert Bourassa.

Une place à souligner

À travers l'histoire des villes et de leur construction, dans toutes les cultures, la jonction de deux artères importantes a suscité un traitement spécial, parfois même religieux. Appelons-les Place, Plaza, Platz, Piazza, et j'en passe.

En plus de leurs nombreuses fonctions civiques, cérémonielles ou commerciales, ce sont des lieux où la société a choisi, à l'échelle nationale ou municipale, de célébrer la gloire et les accomplissements de leurs chefs d'État, couronnés ou élus, ainsi que d'autres personnages renommés. On y retrouve souvent une statue équestre, parfois des sculptures de forme plus humble, ou encore de simples dédicaces inscrites sur un bloc de marbre.

Ces lieux sont généralement entourés d'édifices significatifs, mais il y a souvent des éléments plus éphémères: des changements de niveaux, de belles promenades sous des arcades, des treillis couverts de feuilles, des allées d'arbres... L'asphalte de tous les jours cède la place aux blocs de granite, des dallages de motifs variés ouvrent le chemin aux piétons, des gradins accueillent la pause de midi ou encore des rassemblements populaires. L'éclaboussement et le scintillement des fontaines rafraîchissent l'air, sous un éclairage astucieux qui, la nuit, dramatise leur présence. Pensez à la magie de Rome ou à la Place de la Concorde à Paris! Pensez aux espaces libérateurs de l'Expo 67, qui fêtera cette année son quarantième anniversaire!

Devant ces défis, nos architectes et designers urbains sont capables d'insuffler cet esprit aux places publiques: citons à cet égard la renaissance du square Victoria et l'impressionnante place Riopelle. Et c'est à San Francisco que le dynamique sculpteur montréalais Armand Vaillancourt a célébré l'abandon de l'Embarcadero Freeway avec l'érection d'une fontaine monumentale et joyeuse.

La fin de l'ignominieux échangeur du Parc en mérite autant. Elle mérite mieux que les quelques terrains coupés en quatre par la trace des voiries, cibles faciles pour un re-développement hâtif. Eh oui, Robert Bourassa mérite plus que le débat de plus en plus acrimonieux suscité par la décision hautaine d'un maire qui a perdu son chemin.

L'ancien premier ministre était un homme de réconciliation, et l'avenue du Parc, au nord et au sud, devrait être réunie par une splendide place civique portant son nom.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com