France - Le Sarkozy nouveau est arrivé
Mots clés : UMP, Nicolas Sarkozy, Élection, Parti politique, France (pays)
Le ministre de l'Intérieur est officiellement désigné candidat à la présidentielle

Photo: Agence Reuters
Malgré un compte à rebours soigneusement mis en scène, le résultat du vote fut évidemment sans surprise, puisque le ministre de l'Intérieur était le seul candidat. Aucun de ses rivaux déclarés, comme le premier ministre Dominique de Villepin, n'avait osé se présenter contre lui. Il faut dire qu'aucun parti gaulliste n'a jamais connu de véritable investiture, les candidats y étant généralement désignés par acclamation. Cela ne semblait guère ralentir l'ardeur des militants, qui ont réservé des ovations monstres à leur chef incontesté planté dans un somptueux décor bleu, blanc et rouge.
Dans un discours fleuve de près d'une heure et demie, Nicolas Sarkozy n'a cessé de répéter qu'il n'était plus celui qu'il était et que les «épreuves de la vie» l'avaient transformé. «J'ai changé parce qu'à l'instant même où vous m'avez désigné, j'ai cessé d'être l'homme d'un seul parti, fût-il le premier de France». Dévoilant le thème de sa campagne, «Tout est possible avec Nicolas Sarkozy», il a répété qu'il voulait «être le président d'une France réunie». L'affiche de la campagne le montre au milieu d'un paysage bucolique. Le même jour, un sondage réalisé par l'IFOP et publié dans le Journal du dimanche révélait que, malgré une image positive, l'énergique ministre de l'Intérieur «inquiète» 51 % des Français, y compris un sympathisant de l'UMP sur quatre.
Soucieux de gommer son image partisane, celui qui a éliminé tous ses adversaires les uns après les autres depuis trois ans s'est dit capable de rassembler «tous les Français sans exception». Évoquant une multitude de héros de l'histoire de France -- de saint Louis à de Gaulle, en passant par Jaurès et Zola --, le candidat a passé en revue les thèmes de sa campagne, qui vont de la défense de l'héritage chrétien et de la propriété privée à l'intégration des handicapés dans les écoles.
Le candidat n'a pas craint de reprendre plusieurs thèmes traditionnellement de gauche. Il veut, dit-il, «crier pour tous ceux qui en France se sentent victimes de l'injustice». Il brandit les «droits opposables» au logement, pour les mal-logés, et à une place en garderie, pour les jeunes parents. Il veut aussi «remettre la morale au coeur de la politique» et diriger «une démocratie irréprochable» où les dirigeants des organismes d'État devront être entendus avant leur nomination. Nicolas Sarkozy se dit opposé au «communautarisme» et estime qu'il n'y a pas de place pour la Turquie dans l'Union européenne. Il prêche enfin le retour de l'autorité à l'école et propose que les enfants se lèvent à l'arrivée des professeurs en classe et que les garçons n'y portent pas la casquette. Deux mesures déjà en vigueur dans la plupart des collèges et lycées de France.
Des dissensions
Signe que les dissensions ne se sont pas complètement atténuées au sein de la droite, le premier ministre Dominique de Villepin et rival de Nicolas Sarkozy est arrivé à 11 heures à la porte de Versailles pour repartir quarante minutes plus tard sans assister au discours du candidat. Afin d'éviter qu'il ne soit sifflé, Nicolas Sarkozy avait demandé de «faire un triomphe» à tous ceux qui viendraient.
Le président Jacques Chirac, qui laisse toujours planer le doute sur une éventuelle candidature, n'a pas envoyé de message aux membres du parti dont il avait parrainé la création en 2002 afin de rassembler la droite. Même son épouse, Bernadette Chirac, ne s'est pas présentée à ce qui représente l'un des plus grands rassemblements récents de la droite française.
Tout au long de son discours, Nicolas Sarkozy n'a d'ailleurs mentionné qu'à deux reprises le chef de l'État. Le seul véritable hommage au président est venu de l'ancien premier ministre Alain Juppé, qui arrivait le matin même de Montréal, où il venait de prononcer une conférence. Parlant le dernier avant Nicolas Sarkozy, l'ancien dauphin de Jacques Chirac a montré plus fougue à défendre «une France militante de la Terre» qu'à annoncer son ralliement récent au chef du parti dont il fut le premier dirigeant avant d'être condamné dans une affaire d'emplois fictifs.
Toute la journée, les ténors de la droite se sont succédé au micro. Avec des formules plus ou moins heureuses, la plupart ont égratigné la candidate socialiste Ségolène Royal. Le vieux gaulliste Yves Guena a ironisé sur ses opinions qui évoluent, dit-il, «selon la couleur du tailleur qu'elle porte ce jour-là». Pour le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, on ne peut pas diriger la France «si l'on n'est pas un homme d'expérience». Et l'ancien ministre Gérard Longuet d'y aller d'une boutade: «On sait désormais que le vide est 'Royal'!» Le député Jacques Myard estime enfin que «l'élection présidentielle, ce n'est pas l'élection de Miss Monde».
Visitant une ferme dans la Vienne, la candidate n'a pas voulu commenter les événements de la journée. «Il reste trois mois pour que les Français débattent. Il ne faut pas que la campagne soit réduite à des événements réducteurs, à des attaques assez basses», a-t-elle déclaré.
L'ancien ministre socialiste de l'Économie Dominique Strauss-Khan a été plus direct. Il a tracé un parallèle entre Nicolas Sarkozy et l'ancien président du conseil italien, le populiste magnat de la presse Silvio Berlusconi. «Il y a du Berlusconi dans cet homme», a-t-il déclaré sur les ondes de RTL. «En dehors du faste un peu formel, je suis frappé de ce que l'UMP n'ait pas eu plusieurs candidats en compétition», a dit le candidat défait à l'investiture socialiste.
Selon un sondage publié aujourd'hui dans Libération, 34 % des Français souhaitent un duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle. Les répondants jugent que Nicolas Sarkozy prêche la «rupture» en matière de sécurité, mais pas dans le domaine économique et «la façon de faire de la politique».
Correspondant du Devoir à Paris
Vos réactions
Deux candidats bien médiocres - par Eric LEBON
Le mardi 16 janvier 2007 00:00
Un slogan en anglais! - par Line Gingras
Le lundi 15 janvier 2007 01:00

