Opinion
Une banane géante dans le ciel texan ou les vraies questions sur l'art
Mots clés : Musée national du Canada, banane géante, Culture, Canada (Pays), États-Unis (pays)
Voici que s'ouvre un autre débat sur l'art alors qu'on annonce la nouvelle d'une banane géante dans le ciel texan. Est-ce une bonne idée? Vaut-elle 65 000 $ ou un million? Est-ce l'argent des contribuables? On sent monter une odeur de scandale.
Soyons clairs. Ce n'est pas l'art qui n'a pas de valeur, c'est l'argent. Il y a tant de choses dont on peut remettre en question le prix, tant de gens dont on peut remettre en question le salaire, tant d'initiés qui fraudent les contribuables et, en général, tant de gaspillage dans nos sociétés, que le vrai scandale est que l'on ose ainsi pointer les arts du doigt comme une dépense inutile.
Ce n'est pas si souvent, pourtant, que les arts se retrouvent au tribunal des médias. Nous pourrions déplorer, d'un autre point de vue, que cela ne se produise pas plus fréquemment. Le prétexte ici en vaut un autre. Ce ne sera pas le premier projet farfelu que les conseils des arts canadien et québécois financeront. Il faut sans doute être de ce milieu pour le savoir, puisque le fossé entre les milieux artistiques et la société se creuse et s'élargit toujours davantage. L'incompréhension domine ce débat quand il monte à la une. Tout le monde a tort et raison, car les questions sont mal posées.
Méconnaissance
L'art n'a pas de rôle précis à jouer dans la société. Il est un fait social qui évolue au rythme de celle-ci en se manifestant de mille manières et en se redéfinissant constamment. Il est une forme de plus-value que certains individus particulièrement doués ajoute à l'utilité de leur travail.
Par contre, certaines formes d'art institutionnalisées se définissent en marge de la société tout en réclamant de celle-ci sa subsistance. Ce sont celles que financent le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada. Ces institutions dont le mandat est de soutenir les arts se sont donné pour mission de ne soutenir que les arts d'avant-
garde ne trouvant pas audience auprès du public, ou, en d'autres mots, les artistes dont les oeuvres ne peuvent intégrer aucun marché. Les oeuvres ainsi financées et produites sont dans une très large mesure méconnues du public. Ainsi, paradoxalement, bon nombre des artistes les plus subventionnés aux frais des contribuables demeurent totalement inconnus de ceux-ci. Ce milieu évolue en vase clos, pour le meilleur et pour le pire.
Le projet qui fait surface et scandale aujourd'hui est peut-être plus médiatique et plus coûteux que d'autres, mais son esprit ne diffère pas essentiellement de bon nombres de projets soutenus année après année par les deux conseils.
Il serait intéressant de voir ces organismes diffuser plus largement les résultats de leurs activités et se soumettre ainsi tant à la critique des médias qu'à l'approbation du public. Cela aurait pour effet d'assainir le milieu artistique tout en cultivant le goût du public pour l'art. Il faudrait pour cela que les médias s'intéressent aux arts de manière sensible et approfondie, et non, comme nous l'avons vu ces derniers jours, pour en faire un objet de scandale et de dérision.
Afin que redevienne vivant et fertile ce dialogue essentiel entre art et société, évitons de glisser sur la peau de cette immense banane.

