Ferland... pour la dernière fois au Centre Bell - Une chance qu'on a pu vivre ça

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Sylvain Cormier
Édition du lundi 15 janvier 2007

Mots clés : Centre Bell, Jean-Pierre Ferland, Spectacle, Québec (province)

Jean-Pierre Ferland a livré à ses fans un adieu émouvant, samedi soir au Centre Bell.

Photo: Pedro Ruiz

À la fin, c'était fini. Sans appel. Sans deuxième rappel. Jean-Pierre a dit «Adieu...» d'une voix presque éteinte sur les dernières notes de Je ne veux pas dormir ce soir, et puis il s'est retiré de la grande scène du Centre Bell par l'arrière. Une caméra à l'épaule nous a relayé sur les deux écrans géants (en même temps qu'au petit écran des abonnés de la télé payante) l'image d'un homme au regard embué, la bouche mi-ouverte pour aérer sa gorge nouée, marchant d'un pas décidé vers sa loge. Le chemin était long, les applaudissements et les bravos des 14 000 spectacteurs augmentaient de volume à mesure, comme pour compenser la distance. Et puis Jean-Pierre entra dans sa loge, en referma la porte. La caméra demeura comme nous à l'extérieur.

Et puis les applaudissements et les bravos se turent. Presque immédiatement. On avait compris, c'était clair. Il ne ressortirait pas. Pas autrement que dans le civil. La carrière de chanteur de Jean-Pierre Ferland avait vécu. «C'est la dernière fois que je chante de toute ma vie», avait-il réaffirmé juste avant le bouquet final (La Musique, Une chance qu'on s'a, Je ne veux pas dormir ce soir), juste avant qu'on lui fasse l'affectueux affront de lui chanter notre adieu avec les mots de Vigneault («Mon cher Jean-Pierre...»). On l'a cru. De la même façon qu'on y croit depuis le début de sa tournée d'adieu, en février 2005: Jean-Pierre l'avait juré. C'est bien pour ça qu'on lui a rempli ses salles jusqu'aux ultimes supplémentaires, et c'est bien pour ça que nous étions 14 000 samedi. Parce qu'on savait que c'était la fin pour vrai. Et que c'est rare, les fins. Les vraies fins.

Et nous mesurions notre chance, trois mois après le rendez-vous raté d'octobre, trois mois après l'alerte et le nettoyage in extremis des canalisations. Dieu que nous n'aurions pas voulu de cette fin-là. Et lui non plus: à d'autres, la mort sur scène! À nous, il avait encore à jouer la belle, et il l'a jouée à sa manière. Totale dignité. Pas le moindre flafla d'apothéose: comme il l'avait dit dans mille entrevues, ce spectacle-là allait être le même que les autres de la tournée. Il l'était. Pas d'invités spéciaux, pas de chansons en plus ni en moins. Rien d'autre que ce répertoire extraordinairement riche, remarquablement échantillonné et servi en trois larges et nourrissantes portions -- les immortelles première époque, la période Jaune-Soleil, la période Écoute pas ça -- par le plus bel orchestre imaginable.

Même les petits monologues d'enchaînement étaient, pour l'essentiel, les mêmes qu'au Cabaret du Casino en 2005 («les fleurs de ma cabane...»). À tel point qu'on finissait par oublier qu'il s'agissait de la der des ders. J'ai arrêté de songer à chaque chanson, comme je le faisais dans la première demi-heure, pendant Les Immortelles, Ton visage, que chaque interprétation était une petite mort. Adieu Marie-Claire, adieu Sainte-Adéle, P.Q. Arrivé à God is an American et au Chat du Café des artistes, je n'étais plus en deuil de chansons tant aimées (que je continuerai à goûter sur disque), j'applaudissais les versions formidables. Et me surprenais à noter des bémols: très en forme, voire trépignant, Ferland n'était pas très en voix (à cause du délai de trois mois, assurément), et cela s'entendait. Ou ne s'entendait pas: l'orchestre l'enterrait souvent. Je constatais que ce n'était pas le meilleur show de Ferland, seulement le dernier.

Et je me félicitais du constat: ce dernier spectacle aura été à échelle humaine, malgré le lieu. Pas de poudre aux yeux. La vérité. L'émouvante, la bouleversante, la saine vérité. Ferland ne reviendra pas dans un mois, quand il sera plus en voix, pour livrer un show parfait. Faudra vivre avec ce dernier show imparfait. C'est la vie. Qui n'est jamais entièrement prévisible. À preuve cette spectatrice qui connaissait par coeur Swignez votre compagnie et que Ferland, amusé, a fait monter sur scène pour un duo impromptu. «C'était pas arrangé, je vous donne ma parole d'honneur», a spécifié Ferland après l'ovation. Ce qui était arrangé, par contre, c'est l'invitation à l'«après-concert», jointe aux billets de faveur des médias et invités: ma douce et moi n'y sommes pas allés. Merci quand même. À la fin, c'était fini. Et bien fini.

Collaborateur du Devoir


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Heureusement... - par Laval Côté
Le lundi 15 janvier 2007 19:00

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