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Vide ou limpide, la pensée des lucides ?
On nous martèle depuis des années que de tous les Nords-Américains, ce sont les Québécois qui payent le plus d'impôts. Or, aux dernières élections provinciales, le PLQ nous avait promis de les baisser, répondant en cela à l'appel de plusieurs lucides dont c'était à l'époque le credo. Ces fameuses baisses d'impôts ne sont jamais venues, par contre, les taxes scolaires et municipales ont augmenté de façon dramatique suivis à moindre échelle par les tarifs d'électricité. Ces mêmes lucides voudraient maintenant nous faire croire que les services que nos impôts supportent coûtent trop chers et que nous vivons au-dessus de nos moyens, alors qu'hier ils prétendaient haut et fort que nous payions trop d'impôts. Il se trouve même de brillants analystes qui affirment que les Québécois sont moins généreux que les Albertains parce qu'ils ne consacrent pas la même proportion de leurs revenus aux dons de charité. Si ces savants comptables considéraient, dans leurs calculs, la part de nos impôts consacrés à nos garderies, aux prêts et bourses pour les études postsecondaires et aux nombreux programmes sociaux qui sont offerts aux moins nantis du Québec et qui n'existent pas ailleurs au Canada, ils arriveraient probablement à une conclusion différente. Quand on parle de déficit fiscal au Québec, c'est du coût de ces services qui n'existent pas ailleurs au Canada dont il est question. On voudrait maintenant nous en faire payer le prix en tarifant à la hausse tout ce qui peut l'être : l'eau, l'électricité, les routes, la santé, les études, le transport en commun, le coût de l'éloignement des régionaux et j'en passe. Autre aberration : nous sommes ceux qui polluent le moins au Canada et qui payent notre essence la plus chère. Nos voitures seraient les moins énergivores parce que plus petites, pourtant notre gouvernement a trouvé le moyen de nous ajouter une nouvelle taxe. Nos joyeux analystes lucides nous disent que les études universitaires devraient coûter plus cher parce que les frais de scolarité sont plus élevés ailleurs au Canada, particulièrement en Alberta. Encore là, ont-ils regardé la proportion d'impôts que ces gens payent sur leurs revenus ? Moins que les Québécois.
L'EXEMPLE DES UNIVERSITÉS
Depuis des années on demande aux gestionnaires du système de santé du Québec de rationaliser leurs services. Ils sont aujourd'hui les moins chers per capita au Canada. Par ailleurs, avez-vous déjà entendu parler d'un gouvernement qui a demandé une quelconque reddition de compte aux universités québécoises ? Des gels de subvention : oui, un état complet de la situation : non. Personne ne s'inquiète du fait que la moyenne de cours donnée par un professeur d'université au Québec est de 2.75, soit moins d'un cours par session qui en compte trois par année. Ce qui veut dire que les professeurs qui coûtent en moyenne 100,000$ par année en salaire et avantages sociaux n'enseignent même pas trois heures de cours par semaine. Plusieurs d'entre eux sont payés pour de la recherche qu'ils n'effectuent pas. Nombreux sont ceux qui sont en situation de double emploi, qui utilisent le matériel de l'université pour gagner un revenu extérieur parfois supérieur à celui qu'ils gagnent à l'université, cela au nom du rayonnement universitaire qui leur sert de prétexte pour recruter des clients. Nos brillants analystes confondent le coût de l'enseignement et celui de la recherche qui ne sont pas supportés par les mêmes sources de financement. On voudrait augmenter les frais de scolarité des étudiants de premier cycle, pour supporter le coût de la recherche effectuée au niveau du deuxième et troisième cycle. D'autres beaux esprits, peut-être les mêmes, ont suggéré d'abolir les Cegeps, où les professeurs donnent en moyenne dix cours par année pour la moitié du salaire d'un professeur d'université qui enseigne trois fois moins pendant la même période. Si les Cegeps coûtent si chers selon certains, imaginez un seul instant ce qu'il en coûterait si on transférait la deuxième année collégiale au secteur universitaire comme cela se fait dans les autres provinces : les frais de scolarité deviendraient aussi élevé qu'ailleurs au Canada, sans augmentation d'efficacité ! Comme dans le domaine de la santé, il n'y a pas de corrélation entre coûts élevés et efficacité. L'efficacité est plutôt tributaire de la responsabilité des gestionnaires et de la qualité des services. Les universités devraient rendre compte de leur gestion et cesser de se cacher derrière " l'indépendance institutionnelle et la liberté académique " pour justifier leurs dépassements de coûts. Ce sont les universités qui devraient s'inspirer du modèle collégial pour l'enseignement au premier cycle. Ainsi, certains professeurs de premier cycle enseigneraient un peu plus, gagneraient un peu moins et ne seraient plus payés pour de la recherche qu'ils n'effectuent pas. Enfin, on devrait interdire le double emploi à ceux qui ne font pas de recherche. S'ils n'ont pas le temps de chercher, ils ne devraient pas se chercher de clients sur leur temps d'emploi à l'université sous prétexte du rayonnement universitaire. De plus, les meilleurs salaires devraient être versés aux meilleurs chercheurs et professeurs qui consacrent tout leur temps à la poursuite de la vraie mission universitaire, peu importe leur âge ou l'avancement de leur carrière. Beaucoup de jeunes professeurs se plaignent que plusieurs titulaires enseignent les mêmes cours depuis des décennies, ne cherchent plus, passent plus de temps dans leur emploi extérieur et ne sont pas dans leurs officines pour effectuer un encadrement adéquat de leurs étudiants, pendant qu'eux, s'échinent à construire de nouveaux cours, faire progresser la recherche de pointe et à encadrer la relève dans les domaines qu'ils sont les seuls à maîtriser, et cela, pour la moitié du salaire de leurs aînés. Un professeur ne devrait pas continuer à gravir les 36 ou 40 échelons des échelles de salaire universitaires s'il ne consacre plus le temps requis à sa tâche universitaire en particulier à la recherche.
MIEUX GÉRER
Si les lucides savaient compter , ils seraient un peu plus solidaires de ceux qui payent leurs impôts plutôt que de leur suggérer de payer encore plus de taxes et de frais supplémentaires pour recevoir moins de services comme cela est les cas dans plusieurs municipalités du Québec, particulièrement sur la Rive-Sud de Montréal où l'on paît une prime à la lourdeur bureaucratique du système. Mieux, ils devraient s'informer avant de parler ! Les fusions municipales forcées du "Grand Lucide" ont fait mal à la grande région de Montréal et les défusions de son successeur libéral ont aggravé la situation. Ce ne sont pas des baisses d'impôts que les Québécois souhaitent, c'est une meilleure gestion de l'argent qu'ils versent chaque année au trésor québécois pour offrir des services aux mieux nantis comme aux plus pauvres ! À voir aller nos gouvernants dans les dossiers le l'acquisition de Vidéotron par la CDP et Québécor où une perte de 2 milliards a été radié aux livres de la CDP, et de la Gaspésia où on a fermé un chantier après y avoir englouti 500 millions de l'argent de nos impôts sans avoir créé aucun emploi créé en Gaspésie. Que dire du peu d'empressement des gouvernements à enquêter et faire la lumière dans les scandales de Nortel qui ont coûté 400 milliards aux actionnaires et contribuables et de Norbourg à moindre échelle. Qui se souvient de John Roth qui présidait Nortel lors de sa magistrale déconfiture. Y a-t-il eu seulement une enquête digne de ce nom dans son cas ? Dans le cas d'Enron aux États-Unis, un scandale de 40 milliards, 10 fois moins grand, on a trouvé les coupables et mit les comptables au banc des accusés.
UNE ÉTHIQUE ?
Pendant ce temps, au Québec, loin de se préoccuper des problèmes éthiques reconnus dans Enron et soulevés par les nouvelles comptabilités inventées par les avocats et les comptables de Nortel, nos gouvernants votent une loi autorisant la multidisciplinarité pour permettre aux comptables et aux avocats de travailler ensemble pour les mêmes clients, sous un unique voile corporatif. La nouvelle consanguinité des professionnels sera-t-elle un frein à ce genre de scandale ou un catalyseur ? Toujours selon nos savants analystes, une partie de la solution serait dans la rémunération des administrateurs des sociétés d'État ! Pourtant dans les scandales de Enron,. Nortel et Norbourg, les administrateurs étaient tous rémunérés. Cela ne les a pas rendus plus lucides !
Voici ce que nous dit J.K.Galbraith au sujet de la rémunération des administrateurs dans
" Alors que le capitalisme a cédé la place au système du " management plus bureaucratie ", on monte de toutes pièces un simulacre de puissance pour les propriétaires. C'est de l'escroquerie. Ce mensonge s'accompagne de tout un cérémonial : un conseil d'administration choisi par les directeurs et qui leur est entièrement dévoué, mais que l'on considère comme le porte-parole des actionnaires. Les hommes qui le composent, avec la présence nécessaire d'une ou deux femmes, n'ont besoin que d'une connaissance superficielle de l'entreprise. À de rares exception près, on peut compter sur eux pour acquiescer. On donne à ces administrateurs un jeton de présence et un peu à manger, et les directeurs les informent régulièrement des décisions qu'ils ont prises ou de ce que chacun sait déjà. On postule que le conseil d'administration approuvera tout, y compris les rémunérations fixées par eux-mêmes. J.K.Galbraith, p.44. Les mensonges de l'économie, 2004, Grasset "
À force de défendre tout et son contraire, les lucides ont perdus toute crédibilité face au public. Ce n'est pas en nous martelant de leur credo néo-libéral qu'ils vont nous convaincre de la justesse de leurs propos, mais en cessant de défendre leurs chasses gardées qui leur permet de profiter des largesses de l'État. Qu'ils soient avocats, comptables, professeurs d'universités, directeur d'entreprise de Presse, nous savons tous qu'ils seront les premiers appelés pour siéger sur les nouveaux CA rémunérés des sociétés d'État afin de promouvoir leur pensée magique qui ne convainc plus personne.
Louis Lapointe
Brossard
11 janvier 2007
