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Un débat mal parti

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Pierre-Yves Pau
Envoyé Le jeudi 11 janvier 2007 12:00



Le débat est mal parti. À peine engagé, les arguments portent déja essentiellement sur l'inféodation supposée des intervenants à tel ou tel groupe de pression, plutôt que sur la valeur intrinsèque de leurs propositions . Certes tout est loin d'être parfait dans les propositions des Lucides. En particulier, le rôle de la piètre gouvernance de certains décideurs québécois aurait du être mentionné, mais cela aurait sans doute fait de la peine à certains amis de Mr. Lucien Bouchard. D'un coté des "lucides" dont la crédibilité est affectée par une certaine myopie à l'égard de leur propre caste, de l'autre des "solidaires" qui se cramponnent aveuglément à un modèle qui ne peut plus fonctionner...


Car pendant ce temps le Québec ressemble de plus en plus au Titanic, sur le pont duquel les élites de première classe sablent le champagne pendant que le vaisseau coule, sachant fort bien qu'ils sauront toujours se trouver une place dans un canot de sauvetage, pendant que l'océan de la faillite engloutira les moins biens pourvus.


Le succès du documentaire de Joanne Marcotte « L'illusion tranquille », démontre amplement que les idées des lucides sont partagés par beaucoup de Québécois, citoyens, décideurs et intellectuels. Malheureusement, les médias noyautés par une couple de groupes inféodés à de puissants intérêts financiers, tels Québécor ou Power Corporation, qui ont partie liée avec les syndicats, ne leur accordent pour l'instant que rarement voix au chapitre, et caricaturent systématiquement leur message dans le but évident de disqualifier ces partisans de la réforme.


Car paradoxalement, le statu-quo bénéficie AUSSI à l'élite financière québécoise qui elle, ne paie pratiquement aucun impôt, pendant que la classe moyenne salariée se fait littéralement laminer - jusqu'au jour ou il n'en restera plus de classe moyenne, et ou le bateau coulera. Le livre de Brigitte Alepin, « ces riches qui ne paient pas d'impôts », est très éloquent sur le sujet.


Économiquement, le Québec est actuellement une des sociétés les plus mal gérées d'Amérique du Nord, rappelant la Nouvelle-Zélande des années 70 ou la Suède des années 80, et semble avoir du mal à négocier le virage du 21ième siècle. Or, les causes de cette détérioration économique préoccupante sont à chercher principalement dans la médiocrité de la gouvernance provinciale, ce n'est certainement pas un problème de compétences, d'énergie au travail de ceux (de plus en plus rares) qui trouvent encore un intérêt à travailler, de savoir-faire ou même de moyens financiers.


En fait, l'establishment québécois (qu'il soit séparatiste ou fédéraliste) semble avoir hérité du paternalisme de l'Église catholique, et considérer encore le Québec comme une colonie qu'il a le mandat d'exploiter à son profit exclusif, une colonie émancipée certes, mais une colonie tout de même; ça ne marche pas assez bien pour assurer le bien-être du plus grand nombre, mais juste assez pour garantir la position dominante de certains. Une dizaine de grandes familles dominent le paysage economique et politique, dont le pouvoir est d'autant plus redoutable qu'il est discret, et collegial: n'a t'on pas coutume de dire que les trois pouvoirs au Quebec sont la haute finance, les syndicats et le crime organise? Blague à part, ces gens là savent y faire quand il s'agit de torpiller une initiative qui risquerait de mettre du désordre dans leurs petites affaires.


Le Québec a également ceci de particulier que l'idéologie y prend souvent le pas sur le simple bon sens. Depuis la fin des années 90 se fait inexorablement sentir l'effet de la dégradation progressive de l'économie québécoise, avec une productivité et des taux de croissance à la traîne du continent Nord-Américain (1.5% à Montréal en 2006), un chômage élevé, et une stagnation des investissements privés depuis le début de la décennie (on parle même d'un recul pour ces deux dernières années).


L'économie québécoise se trouve confronté à un certain nombre de culs-de-sac d'origine politique (et fiscale, donc politique), mais dont les gouvernements de Québec semblent incapables de se dépêtrer. Des milliers de jeunes Québécois, souvent qualifiés, prennent d'ailleurs chaque année la route des provinces de l'Ouest canadien, ou des États-Unis, souvent pour ne plus revenir.


Notre province traverse donc une véritable crise d'adolescence, qui malheureusement s'éternise. Pris isolément, aucun de ses problèmes n'est insoluble ou catastrophique. C'est l'accumulation de signaux d'alarme sur le tableau de bord, et l'absence de volonté politique de réforme (en particulier sur le plan économique et fiscal), qui augurent très mal du futur prochain de la seule société francophone d'Amérique du Nord.


Jusqu'ou cette société devra t'elle descendre pour trouver enfin le sursaut salvateur? Bien malin qui pourrait répondre à cette question à l'heure actuelle, les descendants de Jacques Cartier semblent avoir tout... sauf de l'ambition. Provincialisme quétaine, pétage de broue et refus obstiné de la réalité constituent le credo des décideurs politiques québécois, à droite comme à gauche. Des réformes URGENTES, telles l'indexation des tables d'impots et des tarifs publics, le dégel des frais de scolarité, l'abolition de la taxe sur le capital, l'alignement des tarifs d'électicité sur ceux du marché, étudiées et ré-étudiées, dorment sur les tablettes sans qu'aucun gouvernement n'aie le courage de s'attaquer à ces chantiers. L'immobilisme de la classe politique confine à la catatonie, sa démagogie au racolage de licenciés-ès-trottoir.


Par exemple, serait-il donc tellement difficile pour le gouvernement Charest d'expliquer à la population que le ballon d'oxygène espéré du règlement du déséquilibre fiscal devrai servir, en priorité, à financer la transition d'une fiscalité qui pénalise absurdement le travail à un système reposant davantage sur les tarifs et taxes, autrement dit la taxation de la consommation? Oui, ce ne sont pas des décisions faciles, des mesures énergiques seront requises pour en atténuer l'impact sur les plus démunis, mais elle sont nécéssaires, et il est minuit Docteur Schweitzer. Il faut re-valoriser le travail, responsabiliser la consommation, cesser de pousser à l'exode les éléments les plus productifs de la société, et généraliser le principe de l'utilisateur-payeur, c'est aussi simple que ça.

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