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Norman Spector
Édition du jeudi 11 janvier 2007

Mots clés : cerveau, journal, média, Internet, Information, Canada (Pays)

J'ai retenu deux choses de ma brève carrière en tant que directeur d'un quotidien. Rien ne dérange plus les abonnés que le fait de ne pas recevoir leur journal avant de partir pour le travail. À moins que le journal n'arrive avant le petit-déjeuner et qu'une opinion avec laquelle le lecteur est en vif désaccord ou une photo sanglante ne lui causent une indigestion qu'il traînera toute la journée.

Ces deux leçons proviennent du fait que je me lève tôt et que j'étais donc le premier arrivé au bureau. Aux lecteurs qui appelaient pour se plaindre de ne pas avoir reçu leur journal, j'expliquais que c'était un problème de longue date. Et même si je pouvais honnêtement attribuer la responsabilité de toutes les photos offensantes au personnel éditorial, je ne pouvais tout de même pas rejeter la responsabilité d'avoir embauché le chroniqueur qui attirait la plupart des critiques.

À la lumière de la neurologie, je comprends maintenant à quel point il était naïf de ma part de croire que les lecteurs -- si on met de côté une abondance de chroniques renforçant leurs propres vues -- apprécieraient une occasion de réfléchir sur le revers de la médaille si on en discutait intelligemment. Et, dans ce cas-ci, par la plume d'une intellectuelle palestinienne journaliste dans un journal israélien de centre-droit.

Comme Drew Westen, professeur à l'université Emory, l'a démontré, les zones du cerveau qui régissent la raison ne sont pas sollicitées quand les gens rejettent une information alors qu'elles le sont quand il y adhèrent. À l'aide de l'imagerie par résonance magnétique, M. Westen a démontré que les gens se récompensent en rejetant cette information et que les centres qui régissent le plaisir deviennent alors hyperactifs. Leur réaction pourrait se comparer à celle que ressent le toxicomane lorsqu'il consomme.

De plus, grâce à une récente étude réalisée par deux économistes de l'Université de Chicago, je comprends que je n'étais pas fait pour être directeur d'un journal. Les professeurs Matthew Gentzkow et Jesse Shapiro ont analysé les reportages des quotidiens représentant 70 % du tirage aux États-Unis en excluant les chroniques d'opinion. Ce survol leur a permis de conclure que le parti pris des médias s'explique par leur propension à proposer aux lecteurs ce qu'ils veulent entendre et lire.

La semaine dernière, alors que l'exécution de Saddam Hussein soulevait la polémique, j'ai encore une fois eu l'occasion de réfléchir à ces questions. Je me suis dit qu'il devait être bien plus difficile aujourd'hui pour un rédacteur en chef de maintenir des normes de bon goût et de traiter des allégations de partialité à l'ère des blogues et des services comme YouTube.

La vidéo irakienne officielle de l'exécution, transmise sans bande audio, avait donné l'impression que la condamnation avait respecté les règles de la loi. Mais après avoir vu la version captée sur le téléphone portable d'un des témoins, tout le monde comprend maintenant que les assurances formulées par le conseiller du président pour la sécurité nationale, Mouwafak al-Rubaie, étaient trompeuses quand il déclarait que «[Saddam Hussein] a été traité avec respect quand il était vivant et après sa mort, avant et après l'exécution».

Le jour de l'exécution, avant même que l'un ou l'autre des enregistrements n'ait circulé, le New York Times rapportait que les hauts gradés des réseaux de télévision américains s'inquiétaient de la manière dont ils pourraient montrer l'exécution. Le Times a cité les mots prophétiques du vice-président de CBS, Paul Friedman: «De toute façon, la vidéo sortira, elle sera disponible quelque part sur une chaîne télé ou sur Internet.»

En effet, la vidéo a été diffusée sur Internet peu de temps après. Et, après avoir regardé la réalité en face, on ne peut dire qu'une chose positive: nous avons maintenant une idée plus précise du conflit sectaire meurtrier qui fait rage en Irak. Par ailleurs, je crains que ces événements ne se traduisent par une autre perte de confiance envers nos institutions. Les médias et les gouvernements n'ont-ils pas d'emblée accepté la version officielle? Que répondre à ceux qui se demandent combien d'histoires ont été pareillement tordues avant d'atteindre nos écrans?

Ceci étant, il est clair que les nouveaux médias n'améliorent pas la situation. On peut critiquer la partialité des médias traditionnels, mais il faut aussi savoir que la plupart des blogueurs ne sont pas intéressés par les sources d'information équilibrées, cherchant plutôt des sites qui renforcent leurs préjugés. Quant à YouTube et ses semblables, leur effet est maintenant tristement clair. Plutôt que d'élever les normes du bon goût, ils les érodent.

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca


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