Frappes américaines en Somalie
Mots clés : intervention militaire, al-Qaïda, Frappes américaines, Forces armées, Somalie (pays), États-Unis (pays)
Washington affirme vouloir éliminer des membres d'al-Qaïda

Photo: Agence France-Presse
À la veille de l'important discours à la nation que le président George W. Bush doit prononcer ce soir sur la question irakienne, Washington a reconnu hier, quarante-huit heures après le fait, qu'un raid avait été lancé dimanche dans l'extrême sud somalien, à la frontière avec le Kenya, et affirmé qu'il visait à éliminer des membres influents de la nébuleuse al-Qaïda notamment impliqués, selon Washington, dans les attentats commis en 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie -- qui avaient fait au moins 224 morts.
Mais il s'agit aussi pour les États-Unis de prêter main-forte à son allié éthiopien afin d'empêcher l'Union des tribunaux islamistes (UTI), chassés du pouvoir fin décembre, de se regrouper et d'éviter qu'elle menace le faible gouvernement intérimaire somalien d'Abdullahi Yusuf.
Plusieurs raids additionnels, non confirmés, auraient été menés depuis dimanche, faisant des dizaines de morts. La marine américaine a déployé le porte-avions Eisenhower au large de ce pays, en plus des autres navires de l'US Navy croisant déjà dans le secteur, alors qu'un avion AC-130 -- avion lourdement armé de canons et de mitrailleuses -- intervenant à partir d'une base à Djibouti a ouvert le feu lundi soir sur le secteur de Hayo, dans le Sud somalien.
Selon des témoins et des responsables somaliens interrogés par l'AFP, des hélicoptères américains auraient bombardé hier plusieurs objectifs dans une zone située à 420 km au sud de la capitale, près de la frontière avec le Kenya, où des centaines de combattants islamistes se sont repliés. Selon les services de renseignement occidentaux et éthiopiens, des djihadistes étrangers -- notamment canadiens, relève la BBC -- figureraient parmi eux. Dans un entretien au Monde, le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, assure que ses troupes ont «blessé des gens venant du Yémen, du Pakistan, du Soudan, du Royaume-Uni».
Dans le sud de Mogadiscio, des forces éthiopiennes ont violemment riposté hier soir, après une attaque au lance-roquettes menée par des assaillants non identifiés contre l'un de leurs camps, situé près de K4, un carrefour stratégique menant notamment à l'aéroport international.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, Washington n'a cessé de surveiller de près la situation en Somalie, craignant que ce pays musulman sans État depuis 1991 ne devienne un sanctuaire pour les terroristes. Fin 2001, les Américains ont créé dans le golfe d'Aden une coalition internationale contre le terrorisme dont les navires patrouillent le long des côtes somaliennes. La France, l'Allemagne ou encore l'Italie y participent. En 2003, ils ont installé leur seule base militaire permanente en Afrique à Djibouti, à la frontière de la Somalie.
Étaient ciblés dans les raids Fazul Abdullah Mohammad, inculpé de conspiration dans les attentants à la bombe au Kenya et en Tanzanie en 1998; Abu Talha al-Sudani, un Soudanais tenu par la justice américaine pour un expert artificier d'al-Qaïda et chef de la cellule est-africaine de la nébuleuse islamiste; et Saleh Ali saleh Nabhan, un Kenyan recherché par le FBI en relation avec l'attaque d'un hôtel appartenant à des intérêts israéliens et une tentative d'attentat au missile contre un avion israélien au Kenya en 2002.
Le président Yusuf a justifié l'action américaine. «Les Américains ont le droit de mener des attaques aériennes contre des membres d'al-Qaïda où qu'ils se trouvent, a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. Les islamistes se cachent dans l'épaisse jungle et seuls des raids aériens sont à même de les éliminer. Les raids se poursuivront jusqu'à ce qu'ils aient été tous liquidés», a déclaré à Reuters le ministre somalien de l'Information, Ali Ahmed Jama.
La réaction européenne a été moins positive. À Bruxelles, la Commission européenne a critiqué ces raids qui n'aident pas à améliorer la situation «sur le long terme», selon Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire européen au Développement, Louis Michel. «Cela confirme que le conflit en Somalie va durer longtemps», a-t-il ajouté. L'Italie a également critiqué les frappes aériennes américaines.
Maints observateurs s'inquiètent en particulier de voir la présence éthiopienne s'éterniser en Somalie. Or la présence des Éthiopiens, chrétiens, en terre musulmane somalienne suscite la colère d'une partie de la population. Aussi, le premier ministre éthiopien Meles Zenawi a assuré que ses troupes se retireraient dans les semaines à venir et a écarté le risque de les voir s'engluer dans un bourbier à l'irakienne. Tout comme M. Yusuf, entré lundi à Mogadiscio en insistant lui aussi sur le fait que les Éthiopiens n'étaient pas des occupants et repartiraient prochainement.
Rien n'est moins sûr, disent plusieurs, vu les ambitions régionales d'Addis-Abebas et l'incapacité du gouvernement transitoire somalien à contrôler seul la situation face aux Tribunaux islamistes, soutenus par l'Arabie Saoudite, le Soudan et l'Érythrée. D'autant, écrivait récemment en analyse The East African, de Nairobi, que «l'Éthiopie est devenue un allié essentiel dans la guerre que mène l'Occident contre le terrorisme car, que cela soit vrai ou non, l'Occident considère l'Éthiopie comme le front avancé de la chrétienté contre le "radicalisme islamique" venu du Sud». Cette crise que traverse la Somalie, dit-il pessimistement, «pourrait devenir plus grave que l'imbroglio congolais et avoir de graves conséquences dans toute l'Afrique orientale».
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Avec Libération, Reuters et le Courrier international

