Vieille recette

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Josée Boileau
Édition du mercredi 10 janvier 2007

Mots clés : malbouffe, Obésité, Canada (Pays)

L'obésité est, assurent les sondages, le problème de santé le plus important au pays. On aurait donc pu croire que l'industrie agroalimentaire reverrait la composition de ses plats tout préparés. Que nenni! Car, chiffres en main, l'industrie sait bien que le consommateur se complaît à s'illusionner sur lui-même.

Les gens disent qu'ils veulent mieux se nourrir, sortir la malbouffe des écoles, retrouver la cuisine de leur grand-mère? Voire! Jamais les aliments transformés ne se sont aussi bien vendus, et les surgelés les plus populaires s'appellent toujours pizzas, croquettes de poulet, viandes en sauce et lasagnes. Rien n'indique que cet engouement est sur le point de ralentir.

Or, que révélait hier Le Devoir? Que ces plats chouchous du grand public sont toujours aussi pleins de sodium, de sucre et de gras qu'un an plus tôt, et que les nouveaux produits lancés en 2006 sont aussi «industrialisés» que les anciens. Comme si, pour l'industrie, tout le débat sur l'alimentation, omniprésent dans les médias, n'avait jamais eu lieu.

Comment lui donner tort? Cela fait maintenant des années que le consommateur cause bouffe et santé, et pourtant son panier d'épicerie se remplit toujours davantage de produits clé en main, dont les oeufs sans coquille sont l'illustration la plus ridicule.

Et depuis tout aussi longtemps, le politique -- de groupes d'expert en comités -- cause de la question, et pourtant rien ne bouge. Les politiciens veulent bien inciter, encourager, mais interdire? réglementer? Grands dieux, non! Alors, qu'attend-t-on? Que le consommateur se détourne de produits qu'on lui offre à longueur d'allées dans les supermarchés, à meilleur prix que des produits frais et qui, lui fait-on miroiter, font gagner tellement de temps?

Il est pourtant faux de croire que les exigences ne peuvent pas être durcies. Pour ne citer qu'un exemple, des comparaisons internationales ont démontré que, pour une même boîte de Corn Flakes, la quantité de sodium varie grandement d'un pays à l'autre (le Canada enlevant la palme). Et comment croire aux bouderies de l'industrie quand un pays aussi petit que le Danemark réussit, lui, à bannir les gras trans.

Ici, on préfère les bonnes intentions. Et encore! Quand donc le plan stratégique du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec en matière de nutrition, adopté depuis l'été dernier, et pas très contraignant selon l'aperçu qu'en avait eu Le Devoir, sera-t-il rendu public et appliqué?

Et au fédéral, un comité de travail sur les gras trans a fermement dit, en juin, qu'il fallait obliger les industriels à en réduire l'utilisation d'ici 2010. Le ministre fédéral de la Santé avait bien accueilli le rapport à sa sortie, mais n'en a plus reparlé depuis. L'industrie, elle, s'était faite discrète. Qui s'en étonnera? Depuis le temps, elle sait bien que l'heure de changer ses recettes n'a toujours pas sonné.


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