Irak: menace démocrate

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Édition du lundi 08 janvier 2007

Mots clés : démocrates, Chambre des représentants, Nancy Pelosi, Gouvernement, États-Unis (pays)

Nancy Pelosi brandit l'arme budgétaire contre l'envoi de troupes

Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants.

Photo: Agence Reuters

Quelques jours après avoir pris le contrôle du Congrès américain, les démocrates ont à nouveau averti hier le président George W. Bush qu'ils s'opposeraient à l'envoi de renforts en Irak, soulignant que cette stratégie de la dernière chance leur semblait vouée à l'échec. La semaine s'annonce donc des plus chaudes à Washington, alors que le président s'apprêterait à annoncer l'envoi de 20 000 soldats supplémentaires à Bagdad.

Après avoir prévenu le président, dans un courrier publié vendredi, que le fait d'envoyer des renforts était une mauvaise stratégie et qu'il était temps de terminer la guerre, les démocrates ont fait monter la pression hier en laissant entendre qu'ils pourraient utiliser l'arme budgétaire pour contrecarrer les plans des républicains. «Le président va devoir faire face au Congrès pour justifier le moindre soldat supplémentaire qu'il souhaite», a déclaré Nancy Pelosi, la nouvelle présidente démocrate de la Chambre des représentants.

«Nos soldats ont fait un excellent travail [en Irak]. Mais à moins qu'une solution politique et diplomatique ne vienne appuyer leurs efforts, ils ont les mains liées derrière le dos», a-t-elle expliqué, en précisant que les 132 000 soldats américains déjà stationnés en Irak continueraient à bénéficier de fonds. «Nous n'allons pas les abandonner. Mais si le président veut augmenter cette mission, il va falloir qu'il le justifie», a précisé Mme Pelosi, alors que le nombre de soldats américains tués en Irak a dépassé, selon le Pentagone, la barre des 3000.

«C'est quelque chose de nouveau pour [le président Bush] parce que, jusqu'à présent, la majorité républicaine au Congrès lui a donné un chèque en blanc, sans contrôle, sans barrières, sans conditions, et nous sommes arrivés dans cette situation d'une guerre sans fin, rejetée par le peuple», a poursuivi Mme Pelosi. Le président du groupe démocrate à la Chambre des représentants, Steny Hoyer, a aussi insisté sur le fait que des milliers de soldats ont déjà été envoyés en renfort à Bagdad en juin, et que des investissements financiers ont déjà été fournis, sans succès.

Le sénateur démocrate Joe Biden, président de la Commission des affaires étrangères, a estimé pour sa part qu'il était trop tard pour envoyer des renforts. «Cela avait un sens d'envoyer 60 000, 70 000 ou 100 000 soldats supplémentaires avant qu'il y ait une guerre civile. Maintenant, il y a une guerre civile», a-t-il déclaré. Selon lui, l'arrivée de 20 000 soldats supplémentaires à Bagdad n'aura aucun impact dans cette ville de six millions d'habitants plongée dans la violence.

La dernière chance

Malgré les critiques acerbes, M. Bush doit annoncer au cours de la semaine, probablement mercredi, un nouveau plan pour l'Irak, considéré comme étant celui de la dernière chance pour redresser la situation. En plus d'augmenter le nombre de soldats, le président compterait annoncer le versement d'un milliard de dollars pour financer un plan de création d'emplois en Irak. Il veut ainsi tenter de redresser la situation dans un pays au bord de la guerre civile et redorer le blason de sa présidence.

George W. Bush a déjà nommé John Negroponte numéro deux du département d'État et annoncé son remplacement à la tête des services de renseignements américains par Michael McConnell. Le Pentagone a également annoncé qu'il proposait le remplacement du responsable du commandement central, responsable de l'Irak et de l'Afghanistan, le général John Abizaid, par l'amiral William Fallon. Le général David Petraeus devrait succéder au chef des forces américaines en Irak, le général George Casey. Le président exigerait en outre du premier ministre irakien Nouri al-Maliki davantage d'efforts pour lutter contre les milices.

Par ailleurs, à la suite de l'avalanche de remontrances de la part des démocrates, plusieurs voix se sont fait entendre pour soutenir le projet des républicains d'augmenter le nombre de soldats sur le terrain. Le conseiller irakien pour la sécurité nationale, Mowaffak al-Rubaie, a déclaré sur les ondes de CNN qu'il était «très heureux» de ce plan, qui a fait l'objet de consultations approfondies au cours des dernières semaines entre l'administration américaine et le gouvernement irakien.

Le sénateur républicain John McCain a lui aussi répété hier son franc soutien à l'envoi de renforts, dans une tribune publiée dans le Washington Post. Il juge toutefois que ces renforts devraient être «importants» et «durables». Le président du groupe républicain au Sénat, Mitch McConnell, a pour sa part tempéré les menaces des élus démocrates, expliquant que le Congrès n'avait pas le pouvoir «de définir dans les détails la manière dont l'exécutif utilise les ressources allouées à l'armée».

Encore trois ans... au minimum

Le nouveau commandant des opérations des forces américaines en Irak, le général Raymond Odierno, a par ailleurs estimé hier que deux à trois années seraient nécessaires pour atteindre les objectifs que se sont fixés les États-Unis en Irak. Mais il a ajouté que le rôle des États-Unis pourrait évoluer d'ici un an si le gouvernement irakien gagnait en indépendance. «La mission aujourd'hui est de mettre en échec [...] l'insurrection et de former les forces de sécurité irakiennes. Avec le temps, nous pourrons mener à bien cette mission. Cette durée, je l'évalue à deux ou trois ans», a déclaré M. Odierno à la presse.

Responsable du commandement des opérations depuis décembre, le nouveau dirigeant de l'armée américaine en Irak a exhorté la population américaine à être patiente et il a estimé que les troupes irakiennes pourraient prendre le contrôle de Bagdad d'ici quelques mois. «La question est de savoir si nous sommes prêts à attendre deux ou trois ans ou si nous voulons accélérer la cadence?», a-t-il précisé.

Le général américain a aussi dit que le gouvernement irakien se trouvait encore pour l'instant dans une phase d'adaptation. «C'est un gouvernement très jeune. Je m'interroge encore sur le genre de gouvernement qu'il va devenir. J'ai du mal à déterminer s'il y a un dirigeant qui [...] est fort [...]. On verra avec le temps», a souligné M. Odierno.

Plus de 3000 GI's morts

Sur fond de bras de fer politique, l'armée américaine a annoncé hier la mort de quatre soldats, ce qui porte à 3003 le nombre de GI's morts en Irak depuis l'invasion du pays par les troupes américano-britanniques en mars 2003, selon un décompte basé sur les chiffres du Pentagone. Le dernier bilan du site Internet du Pentagone, établi le vendredi 5 janvier, faisait état de 2999 morts. De plus, selon l'ONU, plus de 100 civils sont tués chaque jour depuis juillet 2006.

Toujours sur le théâtre des opérations militaires, l'armée irakienne a fait savoir que trois brigades seraient rapatriées à Bagdad en vue du lancement d'une vaste opération de sécurité que les autorités jugent essentielle pour éviter une guerre civile. Le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a annoncé samedi qu'un plan avait été mis sur pied dans le but de neutraliser les groupes armés illégaux «quelles que soient leurs affiliations confessionnelles ou politiques». Il laissait ainsi entendre qu'il a la volonté de s'attaquer aux milices chiites, ce que lui demandent instamment Washington et les sunnites.

Ce plan prévoit que les forces irakiennes prennent le contrôle de Bagdad même, et que les soldats de la coalition menée par les États-Unis assurent la sécurité dans la périphérie de la capitale irakienne, a indiqué Sami al-Askari, conseiller de Maliki. Ces troupes auront pour vocation de rester à long terme dans la capitale irakienne afin de ne pas répéter les erreurs des opérations passées, a indiqué le général Raymond Odierno.

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Avec l'Agence France-Presse, le New York Times et Reuters


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Porchaine cible l Iran; mais gare à la réplique. - par jean claude pomerleau
Le lundi 08 janvier 2007 08:00

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