Les victimes canadiennes d'un programme de la CIA veulent poursuivre Ottawa
Mots clés : confrontation psychique, programme de la CIA, Justice, Canada (Pays), États-Unis (pays)
Les expériences menées à McGill étaient financées conjointement par la CIA et le gouvernement du Canada
Montréal -- Janine Huard affirme qu'elle était une jeune mère de quatre enfants et souffrait d'une légère dépression post-partum quand elle s'est rendu à un hôpital psychiatrique de Montréal, il y a plus de 50 ans.À intervalles plus ou moins réguliers sur une période de 10 ans, au réputé Allan Memorial Institute de l'université McGill, Mme Huard affirme avoir reçu des électrochocs importants et avoir pris plus de 40 comprimés expérimentaux par jour.
Mme Huard, qui aura 79 ans à la fin janvier, prétend qu'elle a été médicamentée et soumise à une «déstructuration» pendant laquelle on lui a fait écouter des enregistrements répétitifs pendant plusieurs semaines, dont un qui lui disait qu'elle était complètement inutile à sa famille. «J'en suis ressortie si malade que ma mère a dû habiter avec moi pendant 10 ans, a-t-elle expliqué. Je ne pouvais plus m'occuper de mes enfants.»
La «confrontation psychique»
Mme Huard devrait son calvaire au docteur Ewen Cameron, un psychiatre formé en Écosse et basé à New York qui s'est fait le pionnier de la «confrontation psychique», une méthode qui, croyait-il, permettait d'effacer les souvenirs des patients et de reconstruire leur personnalité sans défauts psychiatriques.
Le concept a retenu l'attention des services de renseignement américains, et la CIA a recruté le docteur Cameron pour mener des expériences de contrôle de l'esprit dans les années 1950. Les expériences menées à McGill étaient financées conjointement par la CIA et le gouvernement du Canada.
Le docteur Cameron a dirigé l'Institut Allan jusqu'en 1964 et, en tant que tel, il a dirigé de très nombreuses expériences, souvent sans le consentement de ses patients. Il a notamment donné à certains du LSD et fait usage d'électrochocs. D'autres ont été privés de sommeil et soumis à une privation sensorielle totale, tandis que d'autres encore étaient maintenus dans un coma artificiel pendant des mois pendant que des haut-parleurs placés sous leur oreiller leur envoyaient des messages.
Programmes de la CIA
Ces expériences ont été effectuées dans le cadre plus large d'un programme de la CIA baptisé MK-ULTRA, qui a vu du LSD être aussi donné à leur insu à des prisonniers et aux clients de maisons closes, selon un témoignage entendu en 1977 par le Sénat américain.
La CIA a éventuellement offert une compensation aux victimes, dont Mme Huard, et le gouvernement canadien a ordonné l'ouverture d'une enquête. Les allégations de Mme Huard n'ont pas encore été prouvées en cour, mais une audience doit débuter mercredi en cour fédérale pour décider si le recours collectif pourra aller de l'avant.
En 1994, 77 patients canadiens ont reçu 100 000 $ d'Ottawa, mais 250 autres n'ont rien reçu parce que leurs traitements n'ont pas été jugés suffisamment graves. Cette décision a toutefois été renversée en 2004, et un ancien patient a lui aussi reçu 100 000 $.
L'avocat de Mme Huard estime que cette décision aurait dû valoir une compensation à des centaines d'autres patients, mais les avocats du gouvernement fédéral prétendent que trop de temps s'est écoulé pour pouvoir porter en appel la décision d'un comité fédéral.

