Les riches au banc des accusés
Mots clés : crises écologiques, crises sociales, Capitalisme, France (pays), Canada (Pays)
Le capitalisme serait à l'origine des crises sociales et écologiques

D'abord, expliquait-il en entrevue téléphonique hier, la situation écologique de la planète s'aggrave à un rythme qui neutralise tous les efforts des millions de citoyens et écologistes militants, au point que la planète risque de franchir un point d'irréversibilité «d'ici 10 ans», croit-il en se basant sur la vitesse à laquelle les bilans négatifs s'accumulent.
Deuxième constat de ce véritable essai d'explication globale de la crise environnementale, «le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s'arc-boute de manière aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'opérer si l'on veut conserver à l'existence humaine sa dignité et sa promesse».
De la même façon que les différents volets de la crise environnementale mondiale réagissent de plus en plus en synergie -- le réchauffement accélère le rythme d'extinction des espèces tout comme l'utilisation des combustibles fossiles engendre la pollution et la consommation, l'épuisement des ressources --, la crise écologique et la crise sociale planétaire sont les deux facettes obligées d'un même problème.
«On ne peut comprendre la concomitance des crises écologiques et sociales si on ne les analyse pas comme les deux facettes d'un même désastre. Celui-ci découle d'un système piloté par une couche dominante qui n'a plus aujourd'hui d'autre ressort que l'avidité, d'autre idéal que le conservatisme, d'autre rêve que la technologie. Cette oligarchie prédatrice est l'agent principal de la crise globale», écrit Kempf. Le capitalisme actuel, ajoute-t-il en entrevue, a perdu ses anciennes finalités historiques, soit la création de richesse et d'innovation, parce qu'il est devenu un capitalisme financier, décrié même par des économistes capitalistes. Ce capitalisme, qui détruit les emplois par les rationalisations, les nouvelles technologies et la mondialisation, augmente globalement et partout les écarts entre riches et pauvres dans chaque pays et, aussi, entre les différents pays, constate le journaliste.
Cette oligarchie, qu'il cible, ne se contente pas de consommer et de gaspiller aveuglément les ressources matérielles de la planète avec ses grosses voitures, ses voyages en avion, sa consommation débridée de produits vivants, ses maisons inutilement vastes, son gaspillage d'énergie à tout vent. Elle a aussi, ajoute Hervé Kempf, engendré un modèle d'hyperconsommation tentant désormais d'imiter les classes inférieures et surtout la classe moyenne, tout comme les pays en développement tentent d'imiter les pays occidentaux, même si, d'instinct ou rationnellement, chacun sait clairement que «cette idéologie du gaspillage» et sa ponction sur les ressources planétaires arriveront inévitablement à un terme abrupt.
Cette dérive place l'espèce humaine devant le fait sans précédent qu'elle a atteint ou qu'elle atteindra bientôt les limites de sa planète, ce qui pourrait par rétroaction menacer sa propre existence. Mais cette dérive est d'autant plus difficile à enrayer, estime Hervé Kempf, qu'elle s'appuie sur un régime semi-autoritaire de plus en plus institutionnalisé à l'échelle planétaire. Elle s'appuie même, dit-il, sur des crises comme celle du 11-Septembre pour réduire sensiblement les droits humains conquis de haute lutte et neutraliser, voire faire disparaître, les mécanismes démocratiques qui permettent des débats publics libres sur les choix de projets, les choix de société que soulève à répétition le jeu de l'économie.
Hervé Kempf récuse toute accusation de tenter de faire passer du vert au rouge le débat écologique planétaire.
«Je ne suis pas marxiste, dit-il, et je ne l'ai jamais été parce que cette idéologie ne respecte pas les droits humains. Mais les marxistes n'ont pas le monopole du débat social et on ne peut tout de même pas se fermer les yeux sur des phénomènes documentés, chiffrés, qu'on a sous les yeux. Je constate l'existence de deux crises, l'une écologique et l'autre sociale. Et je constate qu'elles agissent en synergie. Et je constate qu'une minorité en tire bénéfice. Et j'en tire des conclusions.»
Mais il constate aussi qu'une grande partie de la gauche européenne n'a pas vu la profondeur des liens entre les deux problèmes, tout comme beaucoup d'écologistes, qui s'en tiennent à une approche environnementaliste, ratent la moitié du problème, sinon sa cause première.
«Si on veut être écologiste, écrit-il, lapidaire, il faut arrêter d'être benêt», car «le social reste l'impensé de l'écologie» si on n'ose pas l'analyser sous l'angle des rapports de pouvoir, de domination et de richesses.
«Il faut, écrit-il, sortir de ce hiatus. Comprendre que crise écologique et crise sociale sont les deux facettes d'un même désastre. Et que ce désastre est mis en oeuvre par un système de pouvoir qui n'a plus pour fin que le maintien des privilèges des classes dirigeantes.»
S'il n'aborde pas dans son essai l'impact de la démographie galopante sur les «services biologiques» en déclin de la planète, Hervé Kempf reconnaît d'emblée que ce facteur a certainement un impact globalement plus grand que toute l'hyperconsommation de cette oligarchie, constituée par quelques centaines de milliers de millionnaires et de milliardaires, qui contrôlent l'essentiel des revenus et du patrimoine financier. Mais, explique-t-il, c'est cette oligarchie qui crée un modèle insoutenable pour la planète, dont l'impact indirect sur les autres groupes sociaux dépasse sa consommation directe. «Et, dit-il pince-sans-rire, tous les humains n'ont pas le même impact sur la planète à leur naissance: un Occidental pèsera beaucoup plus lourd sur le sort de la planète qu'un bébé du Niger ou de l'Inde.»
C'est pour mettre fin à cette course à la consommation ostentatoire qu'il préconise des contrôles radicaux de la richesse par un «plafonnement du salaire maximum et de l'accumulation de la richesse patrimoniale», une sorte de pendant du salaire minimum mais par le haut.
«Tout le monde, commente Kempf, sait que la Chine ne pourra jamais atteindre un niveau de consommation par habitant comparable à celui des Américains, avec deux voitures par famille, trois téléviseurs, quatre ordinateurs et portables, et une maison trois fois trop grande pour ses habitants, ce qui engendre une consommation d'énergie qui suffirait aux besoins d'une dizaine, voire de vingt personnes sur d'autres continents.» Cette oligarchie, qui a mondialisé la pauvreté, le chroniqueur environnemental propose qu'on lui impose une réduction de sa consommation pour qu'elle n'alimente plus ce rêve insoutenable, qui engourdit l'esprit critique de toute la planète au point qu'elle ferme les yeux sur le mur dans lequel elle fonce à toute vapeur.
Et le journaliste connu pour sa rigueur et sa pondération n'en conclut pas moins: «Il faudra encore que la préoccupation écologique s'articule à une analyse politique radicale des rapports actuels de domination. On ne pourra pas diminuer la consommation matérielle globale si les puissants ne sont pas abaissés et si l'inégalité n'est pas combattue. Au principe écologiste, si utile à l'époque de la prise de conscience -- "Penser globalement, agir localement" --, il nous faut ajouter le principe que la situation impose: "Consommer moins, répartir mieux".»
Les écologistes, ajoute-t-il, n'ont pas souvent fait le procès de la «misère écologique» qui parque les pauvres à côté des quartiers industriels, pollués et à risque, à côté des autoroutes ou des activités bruyantes, dans les maisons les plus insalubres et dans les secteurs généralement les moins bien desservis par les services publics, y compris les transports en commun. Il est faux, dit-il, de prétendre que le système économique doit croître davantage pour sortir ces gens de la misère ou pour permettre aux pays pauvres d'accéder à plus de richesse. Le jeu du système économique va dans l'autre sens, en monopolisant richesse et pouvoir aux dépens des plus démunis et des classes moyennes qui rêvent -- de plus en plus vainement -- de se hisser dans le cocon de l'oligarchie financière actuelle, soutient Kempf.
C'est pourquoi, dit-il, il faut «abaisser les riches» plutôt que de relever les pauvres, afin de commencer à respecter les seuils de détérioration irréversibles des ressources de la planète.
Il s'en prend d'ailleurs au concept de développement durable et à l'alibi qu'il constitue désormais pour les gouvernements et les entreprises qui s'en servent pour justifier d'autres ponctions dans les ressources au nom de cette nouvelle rationalité qui serait inoffensive pour la planète. Le développement durable, écrit-il, est devenu «une arme sémantique pour évacuer le gros mot "écologie". Y a-t-il d'ailleurs besoin de développer encore la France, l'Allemagne ou les États-Unis»? Le concept a un sens, concluait-il hier en entrevue, mais uniquement dans les pays en développement puisqu'il peut leur servir à éviter un développement aussi brutal et anarchique que celui que nous avons réalisé en Occident. Mais en Occident, dit-il, la première des responsabilités environnementales «consiste à réduire notre consommation de biens matériels» pour plutôt accéder à un niveau de bien-être basé sur des valeurs, des connaissances, en somme sur des richesses immatérielles mais pourtant bien réelles.
Vos réactions
Je suis bien content de savoir «Comment les riches détruisent la planète» - par Renart L'éveillé (elmorouge@videotron.ca)
Le mercredi 11 avril 2007 02:00
Spéculation du climat - par Michelle Bergeron
Le jeudi 11 janvier 2007 01:00
Jeter les bases d'une solution - par Jean-Philippe Martin (jpmartin@jpmartin.net)
Le mardi 09 janvier 2007 20:00
Déjà avant le Capitalisme, il y eut Malthus - par francis dery
Le lundi 08 janvier 2007 20:00
Pour voir apparaître un monde meilleur, il faut voir différemment. - par Samuel Jacques (jackdevil007@yahoo.ca)
Le lundi 08 janvier 2007 14:00
Il n'est jamais trop tôt pour une Révolution. - par Benoit Boursier (benoit.boursier@aero.bombardier.com)
Le lundi 08 janvier 2007 12:00
La société au banc des accusés - par Réginald Dubois (reginalddubois@sympatico.ca)
Le dimanche 07 janvier 2007 21:00
Peur et sentiment d'impuissance - par Amélie Charest (citrouilla@hotmail.com)
Le dimanche 07 janvier 2007 19:00
Le capitalisme nous prive du droit à la vie - par Eric Deguire (eric.deguire@hotmail.com)
Le dimanche 07 janvier 2007 17:00
Démographie inepte !!! - par POLLERI Bruno (bpolleri@gmail.com)
Le dimanche 07 janvier 2007 12:00
Parlons du livre de Yves Paccalet: l'humanité disparaîtra, bon débarras... - par Marcel Beaulieu
Le dimanche 07 janvier 2007 09:00
Vous qui consommez, vous polluez aussi... - par Denys Élément
Le dimanche 07 janvier 2007 07:00
Activisme écolo-marxiste - par Yvon Dionne
Le samedi 06 janvier 2007 21:00
J'sus pogné... - par Jean-Pierre Landry (hlandry@abacom.com)
Le samedi 06 janvier 2007 21:00
Les réactions sont aussi intéressantes à lire que l'article! - par Daniel Breton (daniel.breton@quebec-vert-kyoto.org)
Le samedi 06 janvier 2007 19:00
Je ne veux pas jouer les prophètes de ...Bonheur, mais... - par Jacques Demers (citoyen-du-monde@sympatico.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 19:00
L'article que J'attendais - par Jean-Claude Balu
Le samedi 06 janvier 2007 19:00
Voir clai - par Samuel Plourde
Le samedi 06 janvier 2007 18:00
Ramassis de clichés anticapitalistes - par France Hubert
Le samedi 06 janvier 2007 18:00
Toute une religion - par claude tremblay
Le samedi 06 janvier 2007 16:00
Du capitalisme sauvage au capitalisme écologique - par Normand Venne (norven49@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 15:00
Je ne suis pas un scientifique... - par Michel Gallay
Le samedi 06 janvier 2007 15:00
Richards aux premières loges... - par Pierre François Gagnon
Le samedi 06 janvier 2007 15:00
Enfin! - par Richard Lépine (leprichardyme@hotmail.com)
Le samedi 06 janvier 2007 15:00
Un peu de spéculation - par Rino St-Amand (moirino@yahoo.com)
Le samedi 06 janvier 2007 14:00
C'est bien dommage de s'apercevoir de l'INCONSCIENCE GÉNÉRALE...! - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le samedi 06 janvier 2007 14:00
De quoi suis-je responsable? - par Cécile Sabourin
Le samedi 06 janvier 2007 14:00
Imposer davantage! - par Alain Dumas
Le samedi 06 janvier 2007 14:00
Merci messieurs Francoeur et Kempf - par Gilbert Talbot (gilbert.talbot@sympatico.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 13:00
Le bonheur dans l'immatériel.... - par Pierre Marchand (pierre.polar@sympatico.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 13:00
Aux bancs des accusés: les riches...éditorialistes ? - par Gérard Briand (gbriand@sympatico.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 13:00
Virage vers... - par Ian de Valicourt (goutte101@hotmail.com)
Le samedi 06 janvier 2007 12:00
Pour ajouter à ce débat de société - par Guy COLLIN (gancollin@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
Il faut voir les choses autrement... - par Fernand Trudel (trudel.f@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
mine de rien, l'ogre nucléaire! - par oneil bouchard
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
Mais que faire alors ? - par geneste yann (ygeneste@gmail.com)
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
Comme toujours, la nature humaine... - par Robert C. Paradis
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
La cupidité comme logique - par Mario Laprise (mlaprise@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
Penser (enfin) les problèmes globalement - par Marc Ouimet (marc-ouimet@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 11:00
Conscientisation - par louis gaudreau (gaudreaulouis@yahoo.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 10:00
La clé du problème - par Jean-Louis Hugues (jlh@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 10:00
Qui aura le courage politique? - par Gaetan Dostie (gaetandostie@yahoo.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 10:00
Protéger ses acquis en maquillant les vrais problèmes - par Jacques Morissette
Le samedi 06 janvier 2007 09:00
Quand même pas si simple - par Sophie Hosatte
Le samedi 06 janvier 2007 09:00
De la décroissance... - par Marc-Gilles Bouchard
Le samedi 06 janvier 2007 09:00
Le réflexe de richesse personnelle passe en premier - par claude Camps
Le samedi 06 janvier 2007 09:00
Et les loteries? - par Henri-B. Boivin
Le samedi 06 janvier 2007 09:00
Changement de perception et de focus. Les méchants ne sont pas ceux que l'on pensait! - par Richard Gauthier (gauthier186@sympatico.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 08:00
Cause majeure de la pollution: l'utilisation des énergies fossiles - par Bernard Carcanagues
Le samedi 06 janvier 2007 08:00
Retour du communisme... - par Pierre-Paul Roy (pproy@certicables.com)
Le samedi 06 janvier 2007 08:00
Et comment! - par Gilles Baillargeon (baill@videotron.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 07:00
Montrer patte verte...? - par Gilbert Simard (gilbert.simard@sympatico.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 07:00
Les riches au banc des accusés. - par Roger Lapointe
Le samedi 06 janvier 2007 07:00
Tout à fait vrai - par Christian Charron (christian_charron@yahoo.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 00:00

