Enseignements spécialisés - Ça bouge dans les écoles d'art du mouvement
Mots clés : École nationale de cirque, Art du mouvement, Enseignements spécialisés, Éducation, Enseignement, Québec (province)
Les écoles professionnelles de danse et de cirque veulent une formation plus précoce
Après avoir été refoulés par la religion, puis empesés dans la tradition, les arts du corps, devenus contemporains, ont le vent en poupe. Pendant que la danse d'ici s'exporte avec brio, le cirque et sa Tohu font place, sous le puissant empire du Soleil, à d'autres joueurs comme Les 7 doigts de la main. Si la scène se fait si dynamique, c'est qu'à l'autre bout de la chaîne, les écoles de formation prennent du galon. Curieux hasard, les deux institutions emblématiques de ces disciplines, les Ateliers de danse moderne de Montréal inc. (LADMMI) et l'École nationale de cirque (ENC), célèbrent cette année leurs 25 ans.Plus de danseurs
Lors des dernières auditions, malgré un processus exigeant en deux temps et six étapes, LADMMI accueillait 135 candidats, du jamais vu dans l'histoire de l'institution. «Ça va en augmentant depuis cinq ans», indique la directrice artistique Lucie Boissinot. Et ce, même si, en bout de ligne, seuls
20 élus sont admis. Une croissance qui devrait se maintenir avec le déménagement prochain de la seule école de la province à se consacrer spécifiquement à l'enseignement de la danse contemporaine de niveau professionnel. En effet, en 2009, LADMMI aura une nouvelle enseigne dans un édifice à construire au centre-ville de Montréal, entièrement adapté aux besoins de la danse.
Aussi accréditées par le ministère de l'Éducation, l'École supérieure de danse contemporaine forme surtout des danseurs de ballet et l'École de danse de Québec offre les deux genres de formation.
Plus précoce
Après 25 ans d'évolution, les deux institutions d'enseignement des arts du corps font le même constat: il faut prolonger la durée de la formation en amont. En d'autres mots, l'ENC, qui dispense des formations combinées art-études dès le secondaire ainsi qu'au collégial, offre maintenant un cours de préparation aux jeunes dès l'âge de neuf ans. LADMMI, affilié au Cégep du Vieux-Montréal pour assurer un diplôme d'études collégiales à ses étudiants, planche sur un projet de programme destiné aux jeunes du secondaire.
«Les exigences de la vie professionnelle vont dans ce sens-là, indique M. Lalonde. Autant sur les plans technique qu'artistique, trois ans [de formation], ce n'est pas assez pour maîtriser cet art et garantir la qualité, la mobilité et la polyvalence des artistes.»
Mme Boissinot, elle-même enseignante et ex-danseuse, tient à peu près le même propos. «C'est en commençant plus tôt que les jeunes atteindraient de plus grandes compétences pour se mesurer au marché international», composante inéluctable dans ces milieux qui offrent des débouchés locaux et nationaux limités.
Polyvalence
Les deux écoles relèvent le défi de former à la fois des créateurs et des interprètes à la technique irréprochable. L'ENC mise sur la polyvalence en offrant une formation dans autant de disciplines que la danse, le jeu d'acteur, la préparation physique, la musique, les manipulation, les équilibres, les acrobaties et les «aériens». Mais elle attend aussi que l'élève maîtrise tout particulièrement l'une de ces disciplines.
«Il n'y a pas eu de changements fondamentaux dans le programme pédagogique, dit M. Lalonde. Les principes en ont été fixés dans les années 80. Mais c'est vrai que le programme est plus intense, le calendrier plus long et la préparation physique plus exigeante.»
LADMMI, qui se dédie tout spécifiquement à l'interprète, dispense autant des cours d'anatomie que de techniques de danse, en passant par le jeu de masque, d'acteur et de partenaire, la recherche créative et l'histoire de la danse et de la musique. «En fin de cursus, il y a même un cours de gestion de carrière pour qu'ils sortent le plus autonomes possible», note Mme Boissinot, qui rappelle que 80 % du personnel de l'école oeuvre dans le milieu de la danse.
Joueurs de premier plan
Ce niveau d'exigence doublé d'une proximité de la pratique distingue les écoles professionnelles des programmes similaires parfois offerts au collégial, voire à l'université. En danse notamment, les cégeps de Montmorency et de Saint-Laurent proposent un programme de deux ans qui prépare à l'université. L'UQAM et Concordia forment chorégraphes et danseurs, mais se montrent beaucoup moins sélectifs à l'entrée, moins intransigeants avec les indécis et offrent un volet recherche. Si LADMMI admet 20 étudiants, elle assure une place sur le marché du travail à trois sur quatre d'entre eux. Le taux de placement frise les 90 % à l'ENC, qui forme 18 artistes diplômés (et dix instructeurs et formateurs en arts du cirque).
Marc Lalonde, également président de l'ADESAM (Association des écoles supérieures d'art de Montréal), souligne d'ailleurs l'importance des écoles professionnelles dans l'écologie de l'enseignement des arts.
«Ce sont des moteurs extrêmement importants dans leurs disciplines, même si elles vivent en marge du système universitaire ou du réseau public.»
Agréés à des fins de subvention par le ministère de l'Éducation, l'ENC et LADMMI sont soutenus par le ministère de la Culture et des Communication et bénéficient également de l'aide du Programme national de formation dans le secteur des arts de Patrimoine canadien, qui fait actuellement l'objet d'une évaluation par le gouvernement Harper.
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