Primaire - Pour comprendre comment la réforme a transformé l'école québécoise

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Pierre Vallée
Édition du samedi 06 et du dimanche 07 janvier 2007

Mots clés : école primaire, réforme de l'éducation, Éducation, Québec (province)

Beau temps, mauvais temps, au moins 180 matins par année, les enfants québécois empruntent le chemin de l'école primaire. Sait-on vraiment ce qu'ils y font durant toute la journée? La réforme scolaire, aujourd'hui appelée le renouveau pédagogique, a transformé les façons de faire au point où de nombreux Québécois, y compris certains parents, n'ont qu'une vague idée de ce qui se passe en classe. Aperçu de l'école primaire au Québec.

Commençons par dire que la rentrée scolaire en 2006 s'est faite sous le signe de la nouveauté puisque plusieurs changements ont été apportés à l'horaire. D'une part, l'anglais langue seconde est maintenant enseigné dès la première année du premier cycle. D'autre part, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport a choisi de renforcer l'enseignement du français et des mathématiques en augmentant le temps alloué à ces deux matières.

Au premier cycle, l'enseignement du français passe de sept heures à neuf heures par semaine et celui des mathématiques, de cinq heures à sept heures. Aux deuxième et troisième cycles, les mathématiques gagnent une heure, passant de quatre à cinq heures par semaine.

De plus, la semaine scolaire a été prolongée de 90 minutes, passant de 23h30 à 25 heures. C'est la direction de l'école et le conseil d'établissement qui décident de la répartition de ces 90 minutes additionnelles entre les différentes matières, selon le projet éducatif que chaque école se donne.

Une journée à l'école

Comment se déroule la journée d'un écolier? Bien que l'école québécoise ait des balises à respecter, telles les prescriptions du ministère, elle possède aujourd'hui un bon degré de souplesse. La vie quotidienne des écoliers est loin d'être réglée comme du papier à musique; elle varie selon les jours, les années, les enseignants et les écoles.

Certaines routines par contre demeurent. L'arrivée en est une. «Les parents ont deux options, soit qu'ils déposent leurs enfants juste avant le début des classes, soit qu'ils arrivent plus tôt. Dans ce cas, les enfants sont pris en charge par les éducateurs du service de garde de l'école», explique Sophie Latreille, directrice de l'école Paul-Bruchési de la Commission scolaire de Montréal. Sise sur le Plateau Mont-Royal, cette école accueille 290 élèves.

De plus, éducateurs et enseignants agissent comme surveillants dans la cour d'école. C'est ce même service de garde qui s'occupera des enfants à la fin des classes en attendant l'arrivée des parents. Selon Sophie Latreille, il ne faudrait pas négliger l'importance des services de garde dans les écoles primaires québécoises. «Près de 85 % de ma clientèle utilise le service de garde.»

Une fois la cloche sonnée, tous les enfants entrent à l'école. Certaines écoles ont même conservé la tradition de faire la file lors de la rentrée matinale. «Ils ont de 5 à

10 minutes pour aller à leurs casiers et ensuite se rendre en classe.» Les écoliers québécois ne font pas la rotation des classes comme le font les étudiants du secondaire. Ils sont assignés à une classe et à un enseignant titulaire qui est chargé de l'enseignement de toutes les matières, sauf dans le cas de certaines spécialités, telles l'éducation physique et la musique, par exemple.

«Chez nous, précise Sophie Latreille, les enseignants au troisième cycle ont choisi de se spécialiser dans certaines matières. Il n'y a donc qu'un seul enseignant en français, un seul en mathématiques et un seul en sciences pour tous les groupes du troisième cycle.»

Les premières minutes en classe sont généralement consacrées à la révision des devoirs et des leçons de la veille. Ensuite commence l'horaire du jour. «C'est l'enseignant qui est responsable de la planification de sa journée et en général, il écrit le menu de la journée au tableau.» La durée des périodes d'enseignement pour chaque matière est habituellement d'une heure, mais cette règle est loin d'être coulée dans le béton.

«Lors d'une activité, si l'enseignant voit que les élèves sont intéressés et qu'ils participent, il ne mettra pas fin à l'activité parce qu'une heure s'est écoulée. Il laissera déborder et fera les ajustements qu'il faut plus tard.» De plus, certaines périodes de l'année sont plus propices que d'autres à l'enseignement de certaines matières. «Nous organisons chaque année une expo-sciences. Évidemment, l'enseignement des sciences prend plus d'importance les semaines précédant l'événement. On reprend par la suite le temps perdu dans les autres matières.»

Afin de gérer l'horaire de façon plus souple, l'école Paul-Bruchési a opté pour une répartition du temps alloué à chaque matière sur une base hebdomadaire plutôt que quotidienne. «Par exemple, au premier cycle, l'élève a 540 minutes de français par semaine. L'enseignant peut répartir ce temps comme il le veut dans la semaine.»

Un nouveau calendrier de cours

Les savoirs essentiels représentent dans le jargon du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport ce que l'on appelait autrefois les matières ou disciplines de base. Ce sont: le français langue d'enseignement ou le français langue d'accueil pour les enfants immigrants nouvellement arrivés; l'anglais langue seconde; les mathématiques; les sciences et la technologie; la géographie, l'histoire et l'éducation à la citoyenneté; les arts, dont au moins deux disciplines parmi les suivantes: art dramatique, musique, danse et arts plastiques; l'éducation physique et la santé. S'ajoute à cela, selon le choix des parents, un cours d'enseignement moral, d'enseignement moral et religieux catholique ou d'enseignement moral et religieux protestant.

Comment ces matières se répartissent-elles dans le temps? Précisons en premier que les sciences et la technologie ainsi que la géographie, l'histoire et l'éducation à la citoyenneté ne figurent pas officiellement au programme du premier cycle, bien qu'un apprentissage de base dans ces matières soit prévu. «L'enseignant peut se servir des autres matières pour donner cet apprentissage de base ou y consacrer une période de temps précise ou faire les deux.»

En ce qui concerne l'horaire, l'école doit d'abord répondre aux exigences du ministère, mais elle jouit d'une certaine marge de manoeuvre quant au reste, ce qui permet d'allouer un peu plus de temps à une discipline en particulier. À titre d'exemple, voici l'horaire des élèves du troisième cycle de l'école Paul-Bruchési. Chaque semaine, ces élèves font 480 minutes de français, 360 minutes de mathématiques, 90 minutes d'éducation physique, 120 minutes d'anglais, 60 minutes d'enseignement moral ou religieux, 60 minutes d'arts plastiques, 60 minutes de musique, 120 minutes de géographie, d'histoire et d'éducation à la citoyenneté et 60 minutes de sciences et technologie. De plus, une heure est consacrée au suivi des élèves et 30 minutes à la mise en place et à l'évaluation de projets.

Des objectifs à atteindre

Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, dans son Programme de formation de l'école québécoise, fixe les objectifs à atteindre pour chacune des matières et pour chaque cycle. Le programme propose aussi des stratégies pour y arriver et il définit les compétences de base pour chacune des matières. Par exemple, le français comprend quatre compétences: la lecture, l'écriture, l'appréciation d'oeuvres littéraires et la communication orale. Ainsi peut-on y lire que l'élève du premier cycle pourra lire des textes «généralement courts et illustrés» et que l'élève du troisième cycle pourra rédiger «avec une certaine efficacité des textes variés».

Comment cela se traduit-il dans la réalité? «Au premier cycle, c'est surtout la base. On écrit des mots au tableau et l'on apprend aux enfants à écrire de courtes phrases, explique Sophie Latreille. Au deuxième cycle, c'est surtout l'orthographe et la grammaire. À la fin du troisième cycle, l'élève est en mesure de rédiger un récit, une lettre ou un texte d'opinion d'environ 250 mots.»

Certaines écoles vont plus loin que ce qu'exige le Programme de formation. «Chez nous, on a un bassin de jeunes lecteurs. C'est la raison pour laquelle on a mis en place un cercle littéraire.» Les élèves qui y participent ont plusieurs romans à lire au cours de l'année et une fois par mois, un parent bénévole vient en discuter avec les élèves. «Par exemple, un des romans portait sur la Deuxième Guerre mondiale on en a donc profité pour inviter un ancien combattant à venir témoigner de son expérience.»

Le Programme de formation de l'école québécoise établit les balises pour chacune des matières. Par exemple, en mathématiques, l'étude des nombres décimaux se fait au deuxième cycle. En histoire, les élèves du deuxième cycle étudient les sociétés amérindiennes et la Nouvelle-France tandis que ceux du troisième cycle étudient les sociétés canadienne et québécoise de 1800 à aujourd'hui. «En géographie, on commence par le quartier, la ville, enfin le monde qui entoure l'élève pour finir au troisième cycle avec une vision plus mondiale.»

Une pédagogie repensée

Il existe pour chaque matière des manuels de base que l'enseignant utilise et qui lui servent de guides. Mais il n'est pas limité aux seuls manuels et il peut puiser ailleurs. Aussi les cours magistraux et l'apprentissage par coeur ne sont pas entièrement disparus du paysage. «Certaines connaissances de base, les tables de multiplication, par exemple ou l'orthographe des mots, sont encore enseignées en partie de cette manière puisque ça convient toujours.»

Par contre, l'enseignant dispose maintenant d'une panoplie d'outils et de moyens pédagogiques pour faire passer la matière. «La stratégie de l'enseignement appartient à l'enseignant. C'est lui qui décide des moyens selon l'élève ou le groupe. Par exemple, pour faire comprendre la logique en mathématiques, il pourra

demander aux élèves de résoudre des énigmes.»

Autre exemple: un enseignant, dans le cadre d'un cours de français, pourrait demander aux élèves de faire la revue de presse de la journée. Les élèves devront donc lire les journaux, qu'ils peuvent consulter grâce à Internet, établir une liste des nouvelles prioritaires et en faire un compte rendu oral ou écrit, selon la décision de l'enseignant. Cette revue de presse pourrait même devenir un projet et s'étaler sur quelques jours.

De plus, depuis la réforme, il existe un décloisonnement entre l'enseignement des différentes matières. «Les matières ne sont plus des tiroirs isolés qu'on ouvre et qu'on ferme. Les matières sont plus intégrées et il existe maintenant des liens systémiques entre les approches pédagogiques.» Reprenons donc l'exemple de la revue de presse. Tout en servant à l'apprentissage du français, elle peut aussi servir à l'éducation à la citoyenneté, ou à l'enseignement de la géographie, selon les textes et l'usage que veut bien en faire l'enseignant.

Ce dernier peut aussi compter sur des activités éducatives organisées par l'école, soit à l'interne ou à l'externe. Une sortie au musée sert autant les arts plastiques que l'histoire. «Il nous arrive souvent d'inviter des personnes à venir rencontrer des enfants et à venir discuter d'un sujet en particulier.» Il peut parfois aussi compter, comme c'est le cas à l'école Paul-Bruchési, sur les services d'un conseiller pédagogique. «Ensemble, ils trouveront la meilleure approche pédagogique pour faire passer une notion avec laquelle un élève ou un groupe éprouve de la difficulté.»

Une école nouvelle

Cette manière d'enseigner, où l'on mélange les approches pédagogiques, alternant entre la leçon, le projet et les activités, où l'enseignant est maître de sa stratégie d'enseignement, où les matières sont décloisonnées, servant à l'apprentissage des diverses connaissances, où les outils sont multiples, allant du manuel à l'ordinateur, crée, selon Sophie Latreille, une «école vivante et dynamique où les professeurs, les élèves et même les parents sont impliqués dans une foule d'activités et de projets éducatifs».

La présence des parents n'est pas à négliger puisqu'ils siègent au conseil d'établissement et ainsi y apportent leur contribution. Chaque école établit alors son projet éducatif; à l'école Paul-Bruchési, c'est l'histoire et la citoyenneté. «Le projet éducatif permet à l'école de refléter la couleur que le milieu se donne.» Cela permet aussi de répondre plus adéquatement aux préoccupations pédagogiques des parents et de mieux ancrer l'école dans son milieu.

Autre avantage de cette école plus moderne et de cette nouvelle approche à la pédagogie? «Avant, l'école appliquait la norme; maintenant, nous sommes un peu plus hors norme. Aussi, ce que cela a permis de changer, c'est que nous n'enseignons plus à un groupe de 27 élèves, mais plutôt à 27 élèves dans un groupe.»

Collaborateur du Devoir


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Une nouvelle école - par Roland Trudel (rolandtrudel@persona.ca)
Le samedi 06 janvier 2007 20:00

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