À l'école de la bonne volonté

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Normand Thériault
Édition du samedi 06 et du dimanche 07 janvier 2007

Mots clés : réforme, professeurs, élèves, Primaire, Éducation, Québec (province)

En ces jours de réforme, élèves et professeurs répondent «présents»

Photo: Phoebe Dunn

À qui voudrait faire la preuve que le Québec est une société accommodante, il suffirait, pour lui permettre d'illustrer son propos, de suggérer de jeter un regard sur le monde scolaire. Le milieu de l'éducation est en transformation profonde et pourtant, chaque jour, élèves et professeurs se présentent en classe et jamais n'est mis à mal le calendrier des cours.

Une réforme est en cours. Elle touche tout le cycle primaire et déborde sur le secondaire où, après quelques hiatus, il est à prévoir que d'ici deux ans elle sera complétée. On s'accroche peut-être sur les bulletins (des lettres ou des chiffres ou quoi encore), on remet en question le système de la double numération (l'évaluation de ce que l'élève sait et, ce qui pose le plus de problèmes, une notation établissant les fameuses «compétences transversales») et on s'insurge à propos du fait que l'enseignante et l'enseignant n'aient point eu temps et argent pour se préparer à cette nouvelle école.

Un contrat social a aussi été imposé à tout le réseau. À coups de lois spéciales, le gouvernement a unilatéralement décidé des salaires et des conditions de travail. On a même augmenté la tâche. On a aussi ajouté de nouvelles matières (et l'anglais se retrouve enseigné en première année du premier cycle du primaire).

Bref, l'école n'est plus ce qu'elle a longtemps été. Quant aux élèves, pour qui de toute façon l'école est d'abord une nouvelle expérience, tout cela s'est déroulé sans qu'ils obtiennent en prime des journées de congé supplémentaires imposées par une quelconque action de résistance syndicale.

En grève et en classe!

À la présentation de ce tableau «idyllique», il pourrait s'en trouver pour objecter qu'il y a deux ans, des écoles secondaires, joignant le mouvement de grève initié par un regroupement d'associations étudiantes du collégial, avaient vu leurs élèves descendre dans la rue, au lieu de simplement rester en classe. Mais ces jours, comme la loi le stipule (et elle fut respectée), furent repris, les sessions allongées, et il ne fut pas nécessaire de prolonger indûment les périodes de cours (au niveau collégial, les sept semaines d'absence imposèrent toutefois des semestres qui ne prirent fin que quelques jours avant la fête du Québec de cette année-là).

En fait, ceux qui subirent les contrecoups de la «colère» enseignante en ces années furent les seuls acteurs et programmateurs du milieu culturel: pour «punir» le gouvernement, et peut-être certains parents, il n'y eut boycottage que des activités parascolaires, et encore seulement celles qui étaient associées à la culture. Point donc, deux saisons de suite, de musée, de théâtre pendant ces jours où la grogne aurait pu laisser présager le pire.

Et le gouvernement en place a pu gérer sans que sa légitimité soit remise en question. Il y eut bien sûr un ministre qui perdit son poste, mais tous s'entendent pour dire que cette démotion s'expliquait plus par la naïveté du personnage et des façons de faire qui partout lui auraient posé problème, indépendamment du ministère qu'il avait à gérer.

Et finalement ce sont les syndicats qui se sont le plus mal tiré d'affaire: les négociations avortées ont fait que les éléments radicaux ont quitté une grande centrale, non sans au passage ramasser quelques blâmes sur la place publique (un éditorial du temps dans Le Devoir a dénoncé un radicalisme jugé alors non nécessaire).

Rien de comparable

Pour comprendre à quel point la machine éducative roule bien, il suffit de jeter un oeil dans la cour des «cousins». Combien en France de ministres qui étaient convaincus de la nécessité d'une réforme dans le monde de l'éducation ont eu à tirer leur révérence? Souvenez-vous du sort réservé aux Claude Allègre et Luc Ferry, pour ne nommer que ceux-là. Pensez aussi aux longs mois de grève vécus outre-Atlantique à la suite des dépôt et vote d'un projet de loi régissant les contrats de première embauche (loi immédiatement jetée aux oubliettes dans les jours suivant son adoption). Rappelez-vous aussi que le président de cette république dut intervenir pour décréter que les étudiants du baccalauréat avaient tous et toutes réussi leur épreuve de philosophie, indépendamment des réponses données à une question jugée finalement non pertinente.

Point ici de tels tracas. On intègre l'informatique, on modifie les programmes, on étire les calendriers hebdomadaires, on bouscule des méthodes pédagogiques, on augmente même d'une année le temps de formation des futurs enseignants, et tous suivent, non sans quelques déclarations dénonciatrices par rapport à de nouvelles exigences, mais sans pour autant que l'appareil éducatif ne bloque. S'il y a du sable dans l'engrenage, soit il est moulu, soit il ne fait entendre que quelques grincements.

En fait, il n'est plus de mise de souligner qu'il y aurait des retards dans l'opération du système. On dit encore qu'il faudrait donner plus de moyens pour aider les élèves en difficulté, mais il suffit presque de rétorquer que le budget ne permet pas d'apporter des correctifs à la situation (quitte à ajouter quelques dollars quelque part pour un autre secteur ou poste budgétaire) pour que le mouvement d'opposition s'éteigne.

Est-ce donc à dire que le Québec serait un paradis éducatif? Ce serait trop fort. Écoutez les recteurs parler de sous-financement. Entendez le milieu du travail dénoncer le manque de ressources humaines disponibles. Regrettez le fait que les taux de décrochage soient trop élevés et n'aient finalement pour excuse que d'être comparables à ce qui se passe ailleurs.

Mais voyez en même temps que l'école sait s'adapter à une société en évolution et que les enseignants de tout niveau reçoivent plus d'éloges que de blâmes pour le travail qu'ils accomplissent.

S'il y a donc des problèmes dans le monde scolaire, ils apparaissent plus faciles à régler que ceux divers qui expliquent les changements climatiques. L'école serait ainsi un lieu où règne la bonne volonté.


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