Harper met de l'eau dans son vin
Mots clés : Rona Ambrose, Vic Toews, Harper, Gouvernement, Canada (Pays)
Ottawa -- La rumeur courait depuis plusieurs semaines, et le premier ministre Stephen Harper est passé à l'acte hier en réajustant, de manière modérée, son cabinet des ministres. Comme prévu, la décevante titulaire de l'Environnement a été rétrogradée. La surprise sera venue du côté de Vic Toews, dépossédé de la Justice qu'il aimait pour se faire offrir la direction du Conseil du trésor, poste plus discret mais important.
Ainsi, l'Albertaine Rona Ambrose a perdu ses fonctions pour aller aux Affaires intergouvernementales. Il s'agit d'une importante démotion, l'enjeu principal des relations entre Ottawa et les provinces ces jours-ci étant le règlement du déséquilibre fiscal que se réserve le ministre des Finances, Jim Flaherty. Stephen Harper s'occupe à peu près de tout le reste, ayant décidé seul, par exemple, de reconnaître par une motion l'existence de la nation québécoise, sans même consulter son ministre de l'époque, Michael Chong. Mme Ambrose connaît bien les relations intergouvernementales pour avoir oeuvré à ce ministère lorsqu'elle était fonctionnaire provinciale en Alberta.
Comme cela est devenu sa marque de commerce, M. Harper est le seul à avoir pris la parole hier à la suite du remaniement ministériel. Aucun des huit ministres et cinq secrétaires parlementaires affectés par les changements ne se sont présentés aux médias hier après l'annonce, rompant ainsi avec la tradition.
Mme Ambrose est remplacée dans ses fonctions vertes par le très combatif John Baird, qui quitte le Conseil du trésor. M. Baird y avait piloté la fameuse Loi sur la responsabilité du gouvernement conservateur, pièce législative maîtresse se voulant une réponse au scandale des commandites. M. Baird, un politicien d'une agressivité sans égale, est un ancien ministre provincial ontarien dans l'équipe de Mike Harris.
«Il est très outrancier et très partisan, M. Baird», a d'ailleurs déclaré au détour le chef libéral, Stéphane Dion. Selon M. Dion, le remaniement ministériel reste une opération cosmétique puisque le vrai problème du gouvernement conservateur ne résidait pas dans l'identité des titulaires des portefeuilles ministériels mais dans les positions intenables que M. Harper leur demandait de défendre. «Ce n'est pas Mme Ambrose qui a la responsabilité du désastre de l'an passé, c'est M. Harper lui-même.»
De manière générale, estime le chef libéral, «le problème, c'est le premier ministre. C'est lui qui doit prendre la responsabilité des décisions prises». M. Dion se demande en outre pourquoi le ministre non élu, le sénateur Michael Fortier, est encore en poste. Il s'en est pris aussi au ministre de la Santé, Tony Clement, et à la ministre du Patrimoine, Bev Oda, qui auraient dû être démis de leurs fonctions, selon lui, n'ayant pas particulièrement fait bonne figure.
Un ton plus bas en justice
C'est l'identité du remplaçant de M. Baird au Conseil du trésor qui a pris tout le monde par surprise. M. Harper a choisi Vic Toews, qui perd ainsi le stratégique poste de la Justice. M. Toews était perçu par plusieurs observateurs comme l'incarnation de l'aile idéologique du gouvernement conservateur. À lui seul, il a déposé près du quart de tous les projets de loi du gouvernement (pour un total de 11 sur 45). Il a aussi fait parler de lui quand il a évoqué la prise en charge par les tribunaux de délinquants âgés d'à peine 10 et 11 ans. Il s'était aussi mis la communauté juridique à dos en ajoutant aux comités de sélection des juges fédéraux des représentants des corps policiers.
Faut-il y voir un désaveu? Pas du tout, a répondu M. Harper, qui n'a justifié sa décision que par le besoin de... combler les trous! «Quand on décide de changer un ou deux ministres, on doit [...] avoir d'autres changements par conséquence. Avec le départ de M. Baird au Conseil du trésor, le gouvernement avait besoin d'un politicien avec beaucoup d'expérience, un conservateur économique et quelqu'un avec une capacité pour le grand détail.»
Dans l'entourage de M. Toews, on prétend d'ailleurs que le ministre était «très content» de sa nouvelle affectation, qu'il juge rafraîchissante. Avocat de profession, M. Toews a en effet presque toujours été affecté à la justice tout au long de sa carrière politique: procureur général au Manitoba, critique en matière de justice dans l'opposition, ministre de la Justice sous Stephen Harper.
«Ce sera un ajustement, c'est certain. Cette fois, il n'aura pas l'expérience de sa carrière professionnelle sur laquelle se baser», explique cette personne. Est-ce une démotion? «Le rôle au Conseil du trésor est différent. Certains disent que c'est plus important à l'intérieur de l'appareil gouvernemental. D'autres estiment que c'est moins important parce qu'on y élabore peu de politiques. Ça dépend de votre point de vue.» Citant l'exemple de Monique Jérôme-Forget à Québec, cette personne souligne que le président du Conseil du trésor, qui détient les cordons de la bourse publique, est une personne très influente au cabinet, que les autres ministres aiment avoir dans leur camp...
Le déplacement de M. Toews pourrait être perçu comme une volonté de la part du gouvernement d'adoucir son image en matière de justice pénale. Mais d'autres y voient une seule décision administrative. En effet, M. Toews sera remplacé par le très discret Rob Nicholson, qui était jusque-là leader en Chambre. Le leader en Chambre, en situation minoritaire, joue un rôle clé en concoctant l'ordre du jour et en pilotant les négociations perpétuelles avec les partis d'opposition pour faire avancer les lois gouvernementales.
Or seuls deux des onze projets de loi en matière de justice ont été adoptés. Les troupes conservatrices doivent maintenant naviguer avec précaution pour faire progresser les autres, ce que M. Nicholson pourrait être en mesure de faire étant donné son expérience récente.
Peter Van Loan, qui occupait depuis le débat sur la nation québécoise un poste aux Affaires intergouvernementales, remplacera M. Nicholson au poste de leader en Chambre. Enfin, les ministres Monte Solberg et Diane Finley s'échangent leurs responsabilités: le premier atterri aux Ressources humaines, la seconde prend l'Immigration et la Citoyenneté. À ce titre, elle pilotera la révision en cours des droits et responsabilités des Canadiens ayant une double citoyenneté et vivant à l'étranger.
Tous les autres ministres, y compris les cinq ministres québécois, n'ont pas été affectés par le remaniement d'hier: Jean-Pierre Blackburn (Travail, Développement économique), Michael Fortier (Travaux publics), Josée Verner (ACDI), Lawrence Cannon (Transports), Maxime Bernier (Industrie), Jim Flaherty (Finances), Bev Oda (Patrimoine) Gordon O'Connor (Défense), Stockwell Day (Sécurité publique), Peter MacKay (Affaires étrangères) et David Emerson (Commerce international) restent tous en poste.
C'est aussi le cas de Jim Prentice, le ministre des Affaires indiennes, qu'à peu près toutes les rumeurs envoyaient à l'Environnement. Des groupes autochtones ont d'ailleurs salué ce statu quo, M. Prentice étant apprécié dans ses fonctions.
Fait intéressant, Stephen Harper a découvert les vertus des secrétaires d'État (postes qu'il avait abolis à son premier cabinet) en en nommant cinq, dont le Québécois Christian Paradis (Agriculture). Ces personnes ne siègent pas au cabinet comme tel, mais elles absorbent le surplus de travail du ministre leur étant associé. C'est aussi une occasion pour elles de prendre de l'expérience en vue d'un futur poste ministériel. Les quatre autres élus sont Gerry Ritz (tourisme), Jason Kenney (identité canadienne), Helena Guergis (Affaires étrangères) et Jay Hill (whip à la Chambre).
«Les coûts supplémentaires seront minimaux et je n'ai pas l'intention d'augmenter les dépenses. Ces dépenses seront puisées à même les budgets actuels», a dit M. Harper.
Vos réactions
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Le vendredi 05 janvier 2007 11:00
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Le vendredi 05 janvier 2007 08:00
Un coup de pinceau - par Gabriel RACLE
Le vendredi 05 janvier 2007 06:00

