Cinéma et télévision - Les acteurs anglophones lancent un ultimatum aux producteurs

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du jeudi 04 janvier 2007

Mots clés : ACTRA, producteurs, Syndicalisme, Cinéma, Canada (Pays)

Le syndicat se dit prêt à déclencher la grève dès lundi prochain

Un tournage dans les rues du Vieux-Montréal. L'industrie canadienne du cinéma et de la télévision de langue anglaise pourrait se retrouver paralysée par une grève si le conflit qui oppose les acteurs aux producteurs n'est pas réglé rapidement. Source: Bureau du Cinéma de Montréal

Les négociations ont repris hier entre les associations de producteurs canadiens et le syndicat des acteurs anglophones (ACTRA) qui n'a cependant pas caché sa détermination à régler rapidement le conflit, quitte à déclencher la grève dès lundi prochain. Un tel scénario aurait pour effet de paralyser l'industrie du cinéma et de la télévision de langue anglaise à Toronto, Montréal et ailleurs au Canada.

Bien décidé à régler le différend dans le meilleur intérêt de ses 21 000 membres, le syndicat a profité des négociations-marathons de deux jours engagées hier pour lancer un ultimatum aux producteurs. «Les interprètes canadiens ne verront pas leurs salaires s'éroder et ne laisseront pas leur travail être repris gratuitement dans Internet», a fait savoir le directeur exécutif de l'ACTRA et négociateur en chef, Stephen Waddell.

Dans un vote unanime, le comité de négociation a fixé l'échéance des négociations au 8 janvier, à midi. Au-delà de quoi la grève sera déclenchée. «L'ACTRA veut éviter la grève. Nous allons travailler fort cette semaine afin de négocier un nouvel accord. Mais les associations de producteurs ne doivent pas sous-estimer notre détermination à obtenir un accord juste», a précisé M. Waddell

Le 15 décembre dernier, les membres de l'ACTRA avaient voté en faveur de la grève dans une proportion de 97,6 %. Le syndicat est en mesure de recourir à un tel scénario depuis le ler janvier, mais il a préféré le reporter dans l'espoir de trouver un terrain d'entente. Acteurs comme producteurs craignent que les turbulences n'indisposent les gros tournages étrangers qui sont réputés pour fuir les milieux de travail conflictuels.

Les deux parties peinent à s'entendre sur deux points jugés explosifs: les salaires et les droits de diffusion dans Internet. Sur ce premier point, les négociations ont beaucoup progressé, note le directeur régional de l'ACTRA, Raymond Guardia. «On voulait éviter les coupures radicales aux salaires des comédiens. On nous proposait entre 10 et 25 %, ce qui est inacceptable. Il y a aussi eu toutes sortes de propositions radicales qui, aujourd'hui, ne sont plus sur la table.»

Mais le second point en litige risque d'être autrement plus complexe à régler, estime M. Guardia. «Les producteurs proposent que l'exploitation dans Internet soit gratuite alors que chacun sait qu'Internet, c'est l'avenir. C'est un enjeu tellement grave, tellement sérieux, qu'on joue l'avenir de ce syndicat, mais aussi de cette profession avec cet enjeu.»

De son côté, l'Association des producteurs de films du Québec (APFTQ) assure qu'elle réclame plutôt le partage des droits concernant Internet et non leur gratuité. Avec The Canadian Film and Television Production Association (CFTPA), l'APFTQ jetait le blâme sur l'ACTRA à la fin décembre. «Ils demandent trois fois plus que ce qu'ont obtenu les autres syndicats», indiquaient les associations par communiqué.

À l'ACTRA, on espère encore trouver une formule qui permette à chacun de trouver son compte dans Internet. «Le grand défi des deux prochains jours sera de trouver un moyen qui permettra aux producteurs de promouvoir leurs produits sans que cela ne se traduise pas une renonciation totale aux droits des comédiens», estime

M. Guardia.

Si aucune entente n'est conclue cette semaine, l'ACTRA déclenchera une grève qui touchera tous les producteurs canadiens à l'exception de ceux de la Colombie-Britannique. Les producteurs qui ont signé des lettres d'entente au préalable avec le syndicat seront aussi épargnés. Les modalités de cette grève restent à définir. Ce pourrait être «une grève contre tous les producteurs en même temps ou en rotation; il s'agit là de tactiques qui seront discutées seulement si on ne parvient pas à une entente», a conclu M. Guardia.


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