CHUM: nouvelle explosion des coûts
Mots clés : Hôpital, CHUM, Agence des partenariats public-privé, Hôpital, Montréal, Québec (province)
La facture pourrait bondir à 1,7 milliard, voire atteindre les deux milliards
La première pelletée de terre pour la construction du CHUM n'est pas encore donnée mais la facture, elle, prend de plus en plus l'allure d'un vaste trou. L'Agence des partenariats public-privé vient de déposer son analyse du dossier et estime que le coût de l'hôpital universitaire pourrait bondir au mieux à 1,7 milliard, voire à deux milliards. L'Agence des partenariats public-privé (PPP) a présenté ces chiffres lors d'une séance extraordinaire du conseil d'administration du CHUM tenue à huis clos mardi soir, a appris Le Devoir. Pendant plus de deux heures, l'Agence a informé les administrateurs sur les tenants et aboutissants du dossier, tableaux à l'appui.Mais la valse des dollars serait beaucoup plus importante si le mode traditionnel de construction était appliqué, prévient-on. À la somme de 1,721 milliard, il faudrait ajouter 323 millions pour un total de 2,044 milliards.
En fait, l'Agence a soutenu que la formule des PPP représente une économie de 323 millions sans toutefois faire quelque démonstration que ce soit. Aucun détail n'a été mis sur la table. La situation a été critiquée par plusieurs membres du conseil d'administration. On leur a toutefois rappelé qu'il s'agissait d'une séance d'information et que le conseil d'administration n'a pas à se prononcer officiellement sur la question.
«On aurait été plus à l'aise si on nous avait donné des éléments de comparaison, mais l'Agence nous a précisé que le but de l'exercice était de chiffrer uniquement le PPP», a expliqué au Devoir sous le couvert de l'anonymat un des administrateurs.
D'ailleurs, l'Agence en vient à recommander au gouvernement du Québec d'ériger le centre de recherches du CHUM en mode PPP ainsi que tous les nouveaux pavillons qui s'ajouteront à l'actuel hôpital Saint-Luc. On explique également que cette voie ferait du gouvernement du Québec le locataire des installations pendant trente ans. Coût du loyer: 100 millions par année pour une note finale de trois milliards.
La présentation de l'Agence a été menée par son p.-d.g. Pierre Lefebvre ainsi que par Pierre Lortie. Ce dernier, un consultant auprès du cabinet d'avocats Fraser Milner Casgrain, porte deux chapeaux. En plus de ses fonctions au sein de l'Agence, il vend son expertise comme membre du comité consultatif devant conseiller le directeur exécutif responsable de la réalisation des trois CHU (CHUM, CUSM et CHU Sainte-Justine), Clermont Gignac.
Le rapport produit par l'Agence doit permettre au gouvernement Charest de faire un choix entre les PPP et le mode traditionnel de construction. Mais déjà en avril dernier, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, avait vanté la formule des PPP, y voyant «une vision d'avenir» pour le Québec. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, semblait alors avoir ravalé ses réticences et parlait même d'un «PPP à la québécoise», qu'il qualifiait de léger parce qu'il pourrait exclure les services auxiliaires et professionnels. Officiellement, le conseil des ministres doit trancher la question avec le rapport de l'Agence en main.
Ce document, qui n'a pas été transmis au conseil d'administration du CHUM, présente les avantages et les inconvénients des PPP. Ainsi, selon l'Agence, le transfert du risque au secteur privé et un loyer annuel fixe font partie de la liste des bienfaits des PPP.
Mardi soir, MM. Lefebvre et Lortie ont également fait connaître les obstacles que pourrait connaître la formule des PPP. Le changement de gouvernement est le premier à avoir été cité, car cela pourrait entraîner une annulation du contrat et donc des frais importants pour le gouvernement.
On mentionne aussi le manque d'intérêt de la part des entreprises privées au Québec pour un tel projet. Il est vrai, a-t-on souligné, qu'il n'y a pas de firme assez grosse pour prétendre pouvoir assumer un tel contrat, même pas SNC-Lavalin. Tout au plus, la construction du centre de recherches pourrait être envisageable pour une entreprise québécoise. Du coup, il semble clair que des firmes internationales participeront nécessairement au projet, ont laissé entendre les représentants de l'Agence.
La réticence syndicale est jugée comme un autre inconvénient. Elle pourrait prendre de l'ampleur et mener à des actions devant les tribunaux, croit-on. S'ajoute à cela la possibilité évoquée que le partenaire privé puisse en cours de route déclarer forfait devant une multiplication d'imprévus financiers. Le gouvernement se retrouverait alors avec le problème entier sur les bras.
MM. Lefebvre et Lortie ont pointé d'autres risques liés plus globalement au dossier du CHUM. Ils évaluent les contingences de construction à 147,4 millions. Quant aux risques généraux qui tiennent compte de la complexité du dossier, de la structure de gouvernance -- que le vérificateur général du Québec a d'ailleurs critiquée -- et du fait que les travaux s'étaleront sur plusieurs années, l'Agence indique qu'ils totalisent 311,3 millions.
Cet enchevêtrement de chiffres laisse voir une facture en pleine explosion. Le printemps dernier, le gouvernement avait ajusté les sommes nécessaires à la modernisation des trois hôpitaux universitaires. De 2,5 milliards, les projets étaient passés à 3,6 milliards. Et on soulignait alors que ce n'étaient pas les coûts définitifs.
La semaine dernière, le mandataire du gouvernement, Clermont Gignac, précisait au Devoir que le coût final ne sera connu qu'à la fin de 2007 ou au début de 2008. D'ici là, chaque hôpital doit produire son plan clinique ainsi que son plan fonctionnel et technique, c'est-à-dire l'offre de services transformée en mètres carrés. Par la suite, l'établissement devra faire accepter son budget de fonctionnement. À compter du printemps, les professionnels embauchés récemment commenceront à travailler sur le concept et les plans préliminaires.
Vos réactions
Il ne faut pas être naïf! - par André Gingras
Le vendredi 22 décembre 2006 16:00
Le pire scandale financier que le Québec aura jamais connu, c'est le CHUM à St-Luc - par J.Roland Comtois (hdjrc@hotmail.com)
Le vendredi 22 décembre 2006 13:00
Gaspillage et improvisation avec nos deniers - par claude stordeur (claudest@gmail.com)
Le jeudi 21 décembre 2006 21:00
Et nous payons trop d'impôts... - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le jeudi 21 décembre 2006 16:00
Un seul méga-projet - par Henri-B. Boivin
Le jeudi 21 décembre 2006 14:00
Ça va être un cauchemar, c'est écrit dans le ciel - par Michel HAins
Le jeudi 21 décembre 2006 12:00
Nouvelle explosion des coûts - par Émile Ducharme (emileducharme@videotron.ca)
Le jeudi 21 décembre 2006 10:00
Pourquoi ne pas choisir un projet par étapes? - par Denis Grenier (aubergelasaintepaix@bellnet.ca)
Le jeudi 21 décembre 2006 09:00
Je suis contre ce projet - par marcel vinet (marcel.vinet@sympatico.ca)
Le jeudi 21 décembre 2006 08:00

