Hippodromes: le sénateur Massicotte embauche des cadres de la SONACC

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Kathleen Lévesque
Édition du vendredi 15 décembre 2006

Mots clés : Attractions hippiques, Société nationale du cheval de course, Hippodromes, Jeu de hasard, Québec (province)

Les premiers travaux destinés à remettre sur les rails une industrie qui périclite ont débuté cet automne, notamment à Québec et à Trois-Rivières.

Photo: Jacques Nadeau

Des cadres supérieurs de la Société nationale du cheval de course (SONACC), dont le vérificateur général du Québec a présenté les dérives dans un rapport accablant déposé mardi, feront profiter de leur expertise l'entreprise privée Attractions hippiques, le nouveau gestionnaire des hippodromes.

Les nombreuses irrégularités relevées par le vérificateur, notamment des augmentations salariales injustifiées pouvant aller jusqu'à 30 %, des allocations automobiles variant entre 17 000 $ et 22 000 $ jamais signalées au fisc, des bonis pouvant s'élever à 30 000 $ et des repas gratuits totalisant la somme de 1,1 million, n'ont vraisemblablement pas ébranlé le sénateur libéral Paul J. Massicotte, propriétaire d'Attractions hippiques. Ainsi, celle qui signait les chèques à la SONACC et son collègue responsable de l'éthique au sein de l'organisme gouvernemental ont été embauchés afin d'aider M. Massicotte à atteindre son objectif de relancer l'industrie des courses.

Christiane Labelle, vice-présidente aux finances de la SONACC depuis quatre ans, occupe des fonctions similaires chez Attractions hippiques. Jean Bourdeau, qui était depuis juin dernier vice-président exécutif de cet organisme gouvernemental et qui, au cours des cinq années précédentes, avait été responsable de la sécurité et de l'éthique au sein de la SONACC, devient vice-président aux services (relations de travail, services alimentaires, sécurité et immeubles, entre autres).

La société Attractions hippiques a également retenu les services de Gérard Landry à titre de vice-président aux courses. M. Landry était directeur général des hippodromes de Québec et de Trois-Rivières depuis deux ans. Auparavant, il avait été directeur des communications à l'Hippodrome de Montréal. De plus, on retrouve au sein de l'équipe d'Attractions hippiques l'ancien directeur des activités inter-sites de la SONACC, Yvon Giguère, devenu chargé de projet du développement du programme de fidélisation des joueurs PariPlus.

Le conseiller spécial du sénateur Massicotte est Jean-Pierre Toupin, ancien vice-président au développement du Groupe Everest, une des neuf firmes au coeur du scandale des commandites. Il a été impossible de joindre le sénateur Massicotte hier.

De son côté, le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a souligné au Devoir que les anciens employés de la SONACC vont travailler dans un nouveau cadre de politiques et de procédures. «Mme Labelle signait les chèques mais elle se faisait parfois dire de signer les chèques. Mme Labelle avait des patrons», a affirmé M. Lachance.

Celui-ci a toutefois rappelé qu'il y avait au sein de l'organisme gouvernemental «un problème de culture. Quand on gère des fonds publics, on doit montrer patte blanche, ne pas avoir ce genre de pratiques».

Par ailleurs, le rapport de M. Lachance pointe des éléments de la privatisation des hippodromes faite en faveur d'Attractions hippiques qui soulèvent des questions. Avant même que le gouvernement ne décide de se départir de la gestion des quatre hippodromes, on savait que le nouveau gestionnaire empocherait une aide financière équivalente à 22 % des revenus des appareils de loterie vidéo (ALV), dont le nombre passera de 460 à 1900.

Or le vérificateur a découvert qu'une option de renouvellement de dix ans est liée à l'entente de 15 ans. Il s'agit d'une garantie de revenus de 36,1 millions par année pour Attractions hippiques. Mais il y a plus: Attractions hippiques n'assumera pas les frais d'exploitation liés aux ALV alors que la SONACC payait cette facture. C'est Loto-Québec qui en hérite parce que les ALV seront concentrés dans les salons de jeu lui appartenant.

Une autre concession à Attractions hippiques concerne la taxe sur le pari mutuel. «L'appel de propositions était muet à cet égard», souligne le rapport. Mais Québec versera en entier le produit de la taxe perçue à l'entreprise privée. Après deux ans, la contribution annuelle passera de treize millions à quatre millions. Au total, le vérificateur estime qu'Attractions hippiques bénéficiera de 38,4 millions.

«C'est encore des subventions gouvernementales. [...] Il est clair que le gouvernement donne un niveau d'aide similaire à ce qu'il était sous la SONACC avec le même objectif de soutenir l'industrie. La seule différence, c'est que plutôt que le gouvernement le fasse à travers la SONACC, cette fois-ci, il le fait à partir d'une entité privée», a précisé Renaud Lachance.

Comme si cela ne suffisait pas, il faut souligner que le prix d'achat des hippodromes a été diminué de façon considérable, passant de 6,7 millions à un million.

Les premiers travaux destinés à tenter de remettre sur ses rails une industrie qui périclite ont débuté cet automne, notamment à Québec et à Trois-Rivières. Pour ce qui est de la relocalisation de l'hippodrome Blue Bonnets de Montréal dans la couronne nord, les négociations se prolongent. Laval apparaît comme étant la piste d'atterrissage privilégiée, mais certains obstacles continuent de s'accumuler, dont le fait qu'il s'agit de terres agricoles.

Et c'est sans compter les critiques qui apparaissent devant le nouveau concept des hippodromes qui seront combinés aux salons de jeu de Loto-Québec. Cinq directions de la santé publique préparent d'ailleurs un avis public sur cette question. Dans l'épineux dossier du déménagement avorté du Casino de Montréal, la DSP de Montréal avait démontré que l'implantation d'offre de jeu dans des quartiers défavorisés est nuisible.

À cet égard, il est intéressant de noter que l'Hippodrome de Québec et le salon de jeu sont situés en plein coeur d'un des quartiers les plus pauvres de la capitale.


Vos réactions


C'est nous les chevaux qu'on fait courir - par oneil bouchard
Le vendredi 15 décembre 2006 17:00

Doutes. - par André Morin (morin_andre@videotron.ca)
Le vendredi 15 décembre 2006 09:00

Plus ça change, plus c'est pareil - par Henri-B. Boivin
Le vendredi 15 décembre 2006 09:00

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