Alcan investira deux milliards au Saguenay
Mots clés : nouvelle technologie, aluminium, Alcan, Investissement, Entreprise, Saguenay-Lac-Saint-Jean (région)
À terme, 740 emplois spécialisés seront créés

Photo: Le Devoir
Ces nouvelles installations devraient d'abord produire environ 60 000 tonnes d'aluminium par année et l'usine servira de plate-forme pour les générations futures de la technologie d'électrolyse AP50. Cette nouvelle façon de faire, une première mondiale développée par Alcan, devrait être beaucoup moins dommageable pour l'environnement que le procédé Söderberg.
Selon Dick Evans, président et chef de la direction de la multinationale, cette technologie produira 6 % moins de gaz à effet de serre et consommera 20 % moins d'énergie, en plus d'être deux fois plus performante. M. Evans a d'ailleurs affirmé à plusieurs reprises au cours de son allocution d'hier que son entreprise adopte une stratégie de «développement économique durable». Il faut dire que la production d'aluminium a longtemps été critiquée en raison non seulement de son bilan environnemental lourd mais aussi de ses effets sur la santé des travailleurs de cette industrie.
La deuxième phase sera suivie par l'ajout d'une capacité supplémentaire de production de 390 000 tonnes dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean d'ici 2015, pour un grand total de 450 000 tonnes. Le projet d'investissement prévoit d'ailleurs l'agrandissement et la modernisation de l'usine d'Alma ou de celle d'Arvida, voire des deux. Actuellement, les négociations entre l'entreprise et les travailleurs de l'usine d'Alma en vue de s'entendre sur une convention collective à long terme seraient toutefois ardues.
Par ailleurs, le géant de l'aluminium s'est engagé à maintenir son siège social au Québec. Il entend aussi utiliser le Centre de recherche et de développement Arvida pour développer la technologie AP50. On créera en outre un fonds de dix millions de dollars pour soutenir les équipementiers et appuyer le développement industriel des régions de Beauharnois et de Shawinigan. À Beauharnois, l'entreprise possède une usine fonctionnant selon le procédé Söderberg qui devra être fermée au plus tard en 2015 pour respecter les normes environnementales.
Québec mise gros
Le gouvernement du Québec a pour sa part accordé à Alcan un prêt sans intérêt de 400 millions remboursable dans trois décennies, en plus de plusieurs avantages fiscaux totalisant 112 millions. D'autres mesures fiscales ont trait à la recherche-développement. De plus, le gouvernement fédéral devrait lui aussi y injecter des deniers publics.
Surtout, Québec a dû faire miroiter des centaines de mégawatts pour convaincre la multinationale. En plus de prolonger les contrats d'électricité (342 mégawatts) et d'énergie actuels avec Hydro-Québec de 2023 à 2045, on dégage un bloc d'énergie additionnel à tarif préférentiel de 225 mégawatts à compter de 2010. Enfin, Alcan conserve ses droits sur l'eau de la rivière Péribonka jusqu'en 2058. Ce bail permet à l'entreprise de produire elle-même 900 mégawatts.
«Nous avions dit, lors du lancement de la stratégie énergétique, que nous utiliserions l'énergie comme moteur de notre développement économique. En voici un exemple concret. Nous faisons la preuve que nos tarifs d'électricité sont concurrentiels et favorisent la mise en place d'industries structurantes pour nos régions», a soutenu hier le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil.
Le premier ministre Jean Charest, visiblement en mode électoral, ne cachait d'ailleurs pas sa fierté hier. Selon lui, l'AP50 sera ni plus ni moins la «meilleure technologie au monde» en matière de production d'aluminium. «Et les retombées sont importantes parce que ce sont les équipementiers de la région ici [au Saguenay] qui vont développer la technologie, qui seront les premiers au monde», a-t-il fait valoir.
«Et la même technologie sera ensuite exportée ailleurs dans le monde. Et là où on construira des usines d'aluminium sur la planète, non seulement nous allons trouver la technologie AP50, on va également trouver derrière cette technologie un homme et une femme du Saguenay-Lac-Saint-Jean», a ajouté le premier ministre.
Raymond Bachand, ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, avait lui aussi fait le déplacement. Il a réaffirmé les «avantages indéniables» dont jouit le Québec dans le domaine de la production d'aluminium. Il a aussi salué le «leadership syndical responsable» qui a selon lui permis cette relance.
«L'annonce d'aujourd'hui résulte d'un travail acharné et du soutien du gouvernement du Québec et du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile», a lui aussi indiqué Michel Jacques, président et chef de la direction chez Alcan Métal primaire. «La signature d'un contrat à long terme en juin par les TCA a créé les conditions gagnantes qui ont accéléré la concrétisation de ce projet à Jonquière.»
Jean Simon, président de la division nord-américaine de l'entreprise, a du même souffle assuré que cette annonce garantit la «pérennité des activités industrielles d'Alcan au Saguenay-Lac-Saint-Jean». Alcan compte 65 000 employés dans quelque 60 pays et a enregistré un chiffre d'affaires de 23 milliards de dollars en 2005.
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Le vendredi 15 décembre 2006 06:00
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