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Le mythe de l'université salvatrice

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Jean-G. Lengellé
Envoyé Le lundi 11 décembre 2006 10:00



Malheureusement ce rapport ne fait que perpétuer un certain nombre d'idées reçues et hélas trois fois hélas fausses, dont la plus fréquente est un mythe, le mythe de l'université salvatrice. Il faut reconnaître que les autres mythes sociétaux déclinant, que ce soit le bonheur ou le salut par la religion, l'indépendance ou que sais-je encore, il fallait en trouver un autre, celui de l'université.
Parti du constat que la formation intellectuelle était "élitiste" et qu'il fallait la démocratiser à tout prix, le souci tout à fait honorable et sain de permettre à tous de s'instruire a conduit au cul de sac dans lequel il s'enlise, c'est à dire de croire que tout devait aboutir à l'université.
De ce fait on a par exemple formé non pas un nombre suffisant des spécialistes de renom en science politique ou en sociologie mais des milliers d'étudiants en "sciences du vague" qui vont s'auto-perpétuer dans une quête éperdue de la prétendue "matière sociale si riche".
Pire encore l'escalade non pas au savoir ou à la compétence mais au statut a fait déferler une vague de surenchère à la formation dite universitaire comme par exemple pour le nursing (pour éviter de dire "sciences" infirmières) l'éducation, le travail social, la comptabilité, les arts plastiques, la danse et j'en passe.
Et c'est bien là que commencent les effets pervers.
Alors que les anciennes Écoles normales avec leurs classes de pratique formaient au contact d'enseignants chevronnés des maîtres et des maîtresses solides, on a choisi de peupler les facultés des Sciences de l'éducation avec des psychologues plus ou moins évolués qui ont pour principale caractéristique de n'avoir presque jamais pénétré dans une salle de classe du primaire ou du secondaire.
Il en va de même pour les infirmières qui étaient certainement bien mieux formées dans les CEGEPS où le soin au patient primait sur la dernière théorie à la mode.
Les effets pervers se manifestent entre autre sur les coûts: puisqu'on est à l'université, il faut bien sûr respecter le fait que les professeurs n'enseignent qu'une moyenne de 3 cours d'une quarantaine d'heures par année! Certes il y a la sacro-sainte préparation, mais pour ce genre de formation plus ou moins mécanique et assez élémentaire merci, au bout de quelques années on tombe dans la routine. Voilà qui engendre alors des coûts exorbitants et hélas non pas pour former des maitres ou des infirmières de grande qualité, mais bien pour former des "maîtres ou des infirmières universitaires".
Autre effet pervers, devant cet afflux d'étudiants il faut fournir plus de professeurs "universitaires" puisqu'on est à l'université et on fera alors appel à des armées de chargés de cours pour qui la motivation principale sera la survie et qui n'hésiteront pas à être généreux avec leurs notes pour à leur tour être bien évalués et par conséquent pour faire renouveller leurs contrats pour la fois suivante.
Le résultat net, c'est que l'on peut très facilement obtenir un grade de premier cycle sans avoir eu un seul cours donné par un "vrai" professeur d'université qui en plus de ses cours s'adonne à la recherche bien comprise et exigeante et qui justifie alors pleinement le fait de ne donner qu'une moyenne de trois cours année, mais cours nourris par la recherche en question.
Bouclons la boucle, si l'on fait peu de R & D, c'est bien parce que le système est vicié à la base, et que les CEGEPS sont sous-utilisés. Ce n'est ni par manque d'argent (souligné du reste par Bernard Landry il y a quelques années...) ni par manque de talent mais bien par les errements d'un ministère de l'Éducation peu enclin à faire autre chose que de suivre des modes inefficaces qu'à se pencher sur les solutions visant à pourvoir la société d'une main d'oeuvre efficace.

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