Harper promet de ne plus rouvrir le débat sur le mariage gai
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Ottawa -- La Chambre des communes a rejeté hier la motion des conservateurs visant à rouvrir le débat sur le mariage gai. Prenant acte de ce résultat, le premier ministre Stephen Harper a promis de ne plus jamais tenir de vote sur le sujet, même s'il devait un jour former un gouvernement majoritaire.
«Nous avons fait une promesse d'avoir un vote libre, a déclaré M. Harper à sa sortie des Communes. Le résultat est décisif et, évidemment, nous allons accepter la décision démocratique des représentants du peuple.»
Puis, il a ajouté: «Je ne vois pas ce débat à l'avenir, ce n'est pas [dans] nos plans.»
Interrogé sur la possibilité que son gouvernement présente un projet de loi afin de protéger les communautés religieuses qui se sentent menacées par le mariage homosexuel, comme cela a déjà été évoqué, le premier ministre n'a pas complètement fermé la porte. «S'il y a une attaque concernant les droits de la personne à l'avenir, le gouvernement va répondre, mais il n'y a pas, maintenant, un tel plan», a-t-il dit.
Treize députés conservateurs, dont six ministres, se sont prononcés contre la motion. Le même nombre de libéraux a voté pour l'initiative, soit bien moins que les 32 qui s'étaient opposés au projet de loi C-38 ayant légalisé le mariage homosexuel d'un océan à l'autre, à l'été 2005.
«Il est temps de passer à autre chose, a estimé le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, qui a voté contre la motion. Je crois qu'il y a des dossiers plus importants pour le peuple canadien et pour cette Chambre à l'heure actuelle.»
Les adversaires du mariage gai avaient vu venir les choses. «Je ne suis pas déçu, a commenté le ministre des Finances, Jim Flaherty. Il fallait s'y attendre.»
Discorde au Bloc
La surprise est venue des rangs bloquistes: deux députés, Louise Thibault et Serge Cardin, se sont abstenus de voter contre la motion, défiant ainsi la discipline du parti.
Leur collègue Réal Ménard, ouvertement gai, ne s'est pas gêné pour déplorer cette dissension. «Lorsqu'on a les pieds dans un Parlement, la première valeur qui doit nous animer, c'est le droit à l'égalité, parce que le vote [d'hier] doit être interprété comme ça», a affirmé M. Ménard. «En 2006, quand des gens qui viennent du Québec votent contre un droit aussi fondamental, on a le droit de dire qu'on est déçu, et je suis déçu», a ajouté le député d'Hochelaga.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, aurait lui aussi «aimé mieux» que M. Cardin et Mme Thibault serrent les rangs, mais il refuse d'envisager quelque sanction que ce soit à leur encontre.
Par ailleurs, le plus récent député du Bloc, le prêtre Raymond Gravel, était absent de la Chambre hier, n'ayant pas encore été assermenté. Pourtant, le libéral Glen Pearson, lui aussi élu le 27 novembre dernier, était au poste hier et a voté contre la motion conservatrice.
M. Duceppe a expliqué qu'à cause d'un conflit d'horaire, M. Gravel n'a pu être assermenté hier et que, de toute façon, il se serait prononcé contre la motion, même si l'Église catholique décrie le mariage gai.
Le chef néo-démocrate, Jack Layton, avait lui aussi obligé ses députés à voter contre la motion conservatrice, estimant que la question en était une de droits de la personne. M. Layton s'est gardé de critiquer le Bloc, mais il n'a pas manqué de souligner que
«100 %» de son caucus était présent aux Communes hier pour défendre le mariage homosexuel.
La fin?
Le vote d'hier était le quatrième à être pris sur le sujet dans l'histoire du Parlement canadien. Seul le premier, suscité en 1999 par une motion du défunt Parti réformiste, avait refusé aux gais et lesbiennes le droit de se marier.
Malgré l'engagement pris hier par le chef conservateur, les détracteurs du mariage homosexuel n'entendent pas déclarer forfait. «Comme le Bloc et le NPD ont forcé leurs députés à voter [contre la motion], il y a encore de six à sept millions de Canadiens [ayant voté pour ces partis] qui ne sont pas représentés adéquatement», peut-on lire dans un communiqué diffusé hier par la Canadian Family Action Coalition. «Ce n'est pas fini», a quant à lui assuré Charles McVety, membre du même groupe de pression, mercredi.
Quoi qu'il en soit, Laurie Arron, porte-parole de l'organisme Canadiens pour le droit égal au mariage, a décidé de faire confiance au chef conservateur cette fois-ci. «Puisque M. Harper a dit que cette question était réglée et qu'il ne la ramènerait pas même sous un gouvernement majoritaire, je pense que c'est clairement réglé, a-t-il affirmé en point de presse. Nous sommes très heureux de pouvoir désormais mener notre vie en paix et d'être traités comme tous les autres Canadiens.»
Plusieurs députés libéraux qui ne sont pas d'accord avec le mariage entre conjoints de même sexe ont voté contre la motion des conservateurs en soutenant qu'elle ne mènerait à rien. Ils ont cité les innombrables juristes qui ont statué que le rétablissement de la définition traditionnelle du mariage nécessiterait le recours à la disposition de dérogation de la Charte canadienne des droits et libertés, ce à quoi se refusent les conservateurs.
Ottawa n'a jamais utilisé cette disposition, perçue par de nombreux politiciens comme une façon de nier indûment des droits individuels.
Le débat aux Communes sur la motion, qui s'est déroulé mercredi jusqu'à minuit, a dans l'ensemble été sobre, même si certains députés conservateurs ont une fois de plus comparé l'homosexualité à la polygamie pour justifier leur opposition à la redéfinition du mariage.

