Chávez triomphe: «Viva Bolivar !»

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Guy Taillefer
Édition du lundi 04 décembre 2006

Mots clés : Élection, hugo Chávez, président, Venezuela (pays)

Le président vénézuelien est facilement réélu pour un mandat de six ans

Le président vénézuélien, Hugo Chávez, a pris le volant de la Volkswagen familiale après être allé voter dans une école de Caracas, hier.

Photo: Agence Reuters

Caracas -- Les États-Unis auront encore à composer pour six autres années avec la «révolution bolivarienne» de leur bête noire, Hugo Chávez, facilement réélu hier président du Venezuela à l'issue d'une intense guerre électorale avec l'opposition vénézuélienne emmenée par le centriste Manuel Rosales.

L'appui est sans équivoque: un peu plus de 61 % des voix pour M. Chávez, selon les résultats publiés par le Conseil national électoral (CNE) après dépouillement de 78 % des votes, contre 38 % pour M. Rosales, qui avait le soutien des milieux d'affaires et d'une partie de la classe moyenne. M. Chávez, qui a 52 ans, fait mieux qu'aux scrutins de 1998 et 2000.

Sous une pluie battante et les feux d'artifice, ce champion autoproclamé des pauvres et des déshérités, ennemi juré de «l'impérialisme nord-américain», a entonné l'hymne national du balcon du palais présidentiel de Miraflores, à Caracas, et clamé «la victoire de la paix, de l'amour, du Venezuela bolivarien, du règne du socialisme», devant une foule immense, vêtue de rouge, rassemblée à ses pieds.

Chose certaine, la voie lui est ainsi ouverte à une réforme de la constitution qu'il ne cache pas vouloir modifier pour pouvoir briguer un troisième mandat en 2012. «Une nouvelle époque commence aujourd'hui, a-t-il hurlé, triomphant: l'approfondissement et l'expansion de la révolution bolivarienne, de la nouvelle économie socialiste.»

À donner froid dans le dos aux militants d'une opposition que M. Rosales, à défaut d'avoir gagné, aura réussi à rassembler et à redynamiser. Les 38 % d'électeurs qui n'ont pas voté pour M. Chávez en demeureront abasourdis. Ils voient en lui un mégalomane et un dictateur en puissance qui profitera de ce nouveau mandat pour resserrer son étau sur le pouvoir et militariser la société vénézuélienne. Le fossé qui sépare ces deux Venezuela est énorme.

De son quartier général, M. Rosales a reconnu sa défaite hier soir, tout en estimant que le score obtenu par l'opposition lui interdisant de baisser les bras devant «un État qui a mis tous ses moyens à la disposition de Chávez pour le réélire».

Sous la surveillance des Forces armées nationales (FAN), les Vénézuéliens, conscients des enjeux, se sont déplacés en grand nombre, hier, pour voter. Dix millions d'électeurs sur les 16 millions d'inscrits se sont rendus aux urnes.

«C'est un grand jour pour la démocratie», avait déclaré le président sortant après avoir voté hier matin, alors que les responsables du CNE, en majorité «chavistas», affirmaient avec soulagement en fin d'après-midi que la journée s'était déroulée dans le calme et le respect des normes électorales.

N'empêche que l'opposition a dénoncé des irrégularités, affirmant que plusieurs bureaux avaient été fermés prématurément, en violation de la loi électorale, avant que tous les électeurs présents aient pu exercer leur droit de vote.

Toute la journée, les électeurs, armés d'un calme et d'une patience exemplaires, ont fait la queue pendant des heures aux portes des 11 100 centres de votation installés dans le pays. Beaucoup avaient décidé de se rendre aux urnes le plus tôt possible, hier matin, pour ne pas y passer la journée. Ils n'auront pas nécessairement pu l'éviter.

À l'est de Caracas, dans le quartier pauvre et déglingué de Petare, un «barrio» pro-Chávez, Erbert Rangel, attendait depuis 4 heures du matin à la porte du centre de votation installé dans l'édifice de l'Universidad nacional experimental Simon Rodriguez.

Il a voté à 10 heures, quatre heures après l'ouverture des bureaux. C'est à pas de tortue qu'on votait aussi au Colegio Mariscal Sucre dans le quartier de Chacaíto, plus à l'ouest. Et c'était «le bordel» hier matin dans certains bureaux du quartier aisé d'Altamira, nous a indiqué Monica Frassoni, chef de la mission d'observation de l'Union européenne.

Une démocratie à empreintes digitales

L'efficacité du processus électoral a souffert des particularités du système de votation électronique dont le CNE a doté le Venezuela. L'électeur était tenu de s'identifier trois fois plutôt qu'une pour pouvoir voter: d'abord en présentant, à l'entrée, sa carte d'identité à des fins de vérification électronique; ensuite, en faisant enregistrer ses empreintes digitales (c'est ce délicat système de captation biométrique qui a provoqué les principaux bouchons dans les bureaux); enfin, en faisant confirmer son inscription sur les listes électorales avant de passer derrière l'isoloir.

Délai supplémentaire: les responsables de bureaux de vote devaient très souvent guider le votant dans l'utilisation de la machine électronique de votation. «Bien des gens, ici, sont loin d'être très familiers avec les ordinateurs, constatait l'un de ces responsables, Rainer Serafini. Les machines leur font un peu peur.»

De dire une représentante pro-Rosales croisée dans un bureau de vote: «Tout ça, c'est une façon décourager les gens de voter et de nuire aux chances de Manuel de l'emporter.»

L'opposition ne s'était pas gênée pour cultiver au cours des dernières semaines la méfiance à l'égard du système de votation, faisant essaimer l'idée que Chávez pourrait le manipuler à des fins de fraude électorale et que la captation des empreintes digitales pourrait violer le secret du vote. Une méfiance confortée par le fait que la direction du CNE reste dominée par des chavistas.

Que la votation se soit déroulée dans les normes démocratiques n'empêchera pas les tensions de persister. Entre Chávez et l'opposition, l'affrontement est profondément idéologique; il n'existe entre eux aucun champ de dialogue. L'opposition a toujours jugé qu'il avait volé la présidentielle de 2000, alors qu'il avait officiellement obtenu 60 % du vote. Comme elle considère comme une fraude sa victoire obtenue au référendum révocatoire dont elle avait de haute lutte obtenu la convocation en 2004. L'opposition continuera de penser que la démocratie promue par Chavez -- fondée à coups de milliards de pétro-dollars sur une série de programmes de santé, d'éducation et d'aide alimentaire destinés aux démunis des bidonvilles -- est moins participative que clientéliste.

Dans cette Caracas toujours bondée, ce dimanche se combinant à la présidentielle, les habitants ont eu le bonheur de vivre une rare journée sans congestion automobile. Le peu de commerces qui avaient ouvert leurs portes ont fermé à l'heure du midi. Comme c'est souvent le cas en Amérique latine à l'occasion d'élections, la vente d'alcool avait été interdite pour 48 heures à partir de samedi. La nuit dernière, les chavistas sont descendus dans la rue pour fêter.


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