Oui à la nation... autochtone
Mots clés : Gordon Campbell, Paul Martin, PLC, Canada (Pays)
Le PLC adopte une résolution d'urgence réclamant un changement constitutionnel et reconnaissant la légitimité des gouvernements autochtones

Photo: Jacques Nadeau
Son parrain, Bob Goulais, reconnaît qu'il s'agit d'une réponse au débat sur la nation québécoise, dont les autochtones se sentent exclus. «Quand l'aile québécoise du PLC a présenté sa résolution, cela a provoqué un déclic, a-t-il expliqué au Devoir. Il est temps qu'on aille de l'avant avec l'autodétermination et avec des changements constitutionnels reconnaissant les peuples autochtones comme des nations.»
Selon M. Goulais, un débat constitutionnel est nécessaire car une simple motion à la Chambre des communes comme celle que le premier ministre Stephen Harper a présentée dans le cas des Québécois constitue à son avis une «approche expéditive».
M. Goulais se réjouit que l'ex-premier ministre Paul Martin soit allé s'asseoir à ses côtés après l'adoption de sa résolution. Depuis sa défaite, M. Martin a fait des autochtones sa nouvelle priorité. M. Goulais appuie Ken Dryden au premier tour mais ne sait toujours pas derrière qui il se rangera aux tours suivants.
M. Goulais s'ajoute à la liste de personnes ayant réclamé au cours des derniers jours que la reconnaissance accordée aux Québécois le soit également aux autochtones. Le dernier en date est le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, qui a rappelé qu'il existe une «troisième solitude qui mérite qu'on lui accorde le même honneur».
Le candidat au leadership Gerard Kennedy a accordé peu d'importance à la résolution libérale adoptée hier. Pour lui, le débat sur les nations à l'intérieur de la nation canadienne devrait se faire dans un autre forum et de façon globale. «Les questions d'identité et leurs implications concrètes sont des questions trop sérieuses pour une discussion courte et sans engagement du parti. Moi, je regrette qu'on utilise le mot "nation" à diverses fins», a-t-il dit au Devoir. «Il faut un débat plus large. Avec cette autre motion, qu'a-t-on accompli? Sans définition, on va encore créer des attentes chez les gens. Cela crée bien des risques de désaccords.»
Loin des micros, certains députés ont tenu le même discours. «Le nouveau chef pourra puiser à même trois sources pour bâtir la plate-forme électorale: le travail du caucus, le congrès et ses idées à lui. Alors, cette résolution... », a lâché l'un d'eux.
En effet, cette résolution, parce qu'elle a été déposée après l'échéance réglementaire, ne sera pas débattue en séance plénière aujourd'hui mais expédiée directement à l'exécutif du PLC. Ainsi, il sera plus facile de ne pas en tenir compte...
Et la nation québécoise?
Comme prévu, la résolution reconnaissant la nation québécoise a été retirée du programme. Le parti a procédé de manière détournée afin de s'épargner tout déchirement sur cet avortement politique. Au cours d'une séance portant sur les règles de procédure du congrès, une modification a été apportée afin de permettre aux parrains d'une résolution de la retirer simplement en rédigeant une lettre. Ce que les auteurs, Marc Bélanger et William Hogg, ont fait. Personne n'a prononcé un seul mot de désaccord à aucun moment.
En entrevue avec la Presse canadienne hier, Paul Martin n'a pas voulu rouvrir cette question. «On a voté pour, j'ai voté pour [à la Chambre des communes], et maintenant, on passe à autre chose.» Que signifie cette reconnaissance? «Je pense que les travaux de la Chambre des communes ont toujours une influence, mais maintenant, on doit passer à autre chose», s'est-il contenté de répéter.
Un sondage Léger Marketing mené cette semaine révèle que 77 % des Canadiens hors Québec s'opposent à la reconnaissance du Québec comme une nation alors que 71 % des francophones du Québec l'approuvent. Le sondage, réalisé du 16 au 26 novembre, a une marge d'erreur de 2,6 %, 19 fois sur 20.
Déséquilibre fiscal
Les militants, encore peu nombreux hier au Palais des congrès de Montréal, ont en général très peu participé aux ateliers. Ceux-ci se sont déroulés principalement en anglais. Les résolutions étaient adoptées souvent sans débat. Tout l'atelier sur les affaires étrangères, par exemple, a été expédié en 25 minutes. Aucune des 17 résolutions n'a été débattue, y compris celle recommandant un réexamen de la présence canadienne en Afghanistan. Celle-ci n'a même pas été retenue pour la plénière d'aujourd'hui, à la grande déception du candidat Bob Rae.
L'atelier sur les politiques économiques du parti n'a guère réuni davantage de délégués. Même l'aile québécoise du PLC, qui voulait faire adopter une résolution reconnaissant le déséquilibre fiscal, n'a pas cru bon remplir la salle pour s'assurer d'une victoire. À peine une trentaine de personnes (dans une salle pouvant en accueillir près de 500) se sont présentées. En 30 minutes, tout avait été expédié, laissant deux heures de temps libre aux délégués qui voulaient participer aux jeux de coulisses en vue de l'élection du chef.
La résolution sur le déséquilibre fiscal a tout de même passé la rampe, approuvée par treize voix contre quatre. Elle sera également débattue ce matin en grande assemblée plénière puisque 25 personnes ont voté pour qu'elle obtienne priorité sur les autres.
Pourquoi les délégués du Québec, qui ont la chance de recevoir le congrès chez eux, ne se sont-ils pas davantage déplacés? «Je ne peux pas contrôler les gens. Je n'ai pas de raison pour ça», s'est contenté de dire l'ancien astronaute Marc Garneau, qui était présent. «Mais je suis très content que la résolution soit maintenant prioritaire», a-t-il dit. Une douzaine de délégués de Stéphane Dion étaient présents dans la salle et n'ont pas appuyé la reconnaissance du déséquilibre fiscal.
Vers la fin de l'atelier portant sur les politiques économiques, un des poids lourds du PLC au Québec, le député Pablo Rodriguez, a jugé bon de remettre le français à l'honneur. Tout l'atelier s'était déroulé en anglais. «Nous avons un parti qui fait la promotion du bilinguisme et le congrès doit refléter nos valeurs», a-t-il dit. Le sénateur Serge Joyal a pris sur lui d'aider la présidente de l'atelier, une unilingue anglophone, à terminer l'exercice.
Au nombre des résolutions ayant été adoptées et ayant reçu statut prioritaire figurent celle demandant l'interdiction des armes semi-automatiques et automatiques à des fins personnelles ainsi que celle réclamant le respect des objectifs du protocole de Kyoto.
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Avec Alec Castonguay et la Presse canadienne

