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Mots clés : Michael Ignatieff, PLC, Élection, Québec (province), Canada (Pays)
Les militants du PLC retirent de l'ordre du jour leur résolution sur la nation québécoise

Photo: Jacques Nadeau
«Le dossier de la place du Québec au sein du Canada continue d'évoluer étape par étape», a expliqué M. Bélanger hier. «Il est maintenant temps de prendre un petite pause bien méritée afin de savourer pleinement cette belle victoire.»
La question est pourtant loin d'être close. Un prétendant à la direction, Bob Rae, a affirmé qu'il n'accordait pas beaucoup d'importance au vote de lundi. «Je ne veux pas retourner dans ce marécage. Ce n'est pas moi qui nous ai amené là, s'est-il emporté. Cette résolution a été adoptée, c'est fini. Je ne passerai pas le reste de ma vie, le reste de la journée, le reste de la semaine à jauger cette chose, car cela n'en vaut pas la chandelle.»
En outre, les députés ne s'entendent toujours pas sur qui sont les Québécois reconnus dans la motion. Le ministre des Transports et lieutenant pour le Québec, Lawrence Cannon, a rectifié son tir de la veille. Lui qui avait évoqué les navires de Champlain et qui avait soutenu que toutes les personnes vivant au Québec n'étaient pas nécessairement québécoises, il s'est ravisé hier en adoptant une approche territoriale. «Il s'agit d'une définition inclusive qui comprend l'ensemble des Québécois qui demeurent sur le territoire québécois», a-t-il expliqué à la Chambre des communes.
Jeux de coulisses
Le congrès de cette semaine servira donc surtout à l'élection d'un nouveau chef. Michael Ignatieff arrive comme l'homme fort, avec 1377 délégués en poche. Bob Rae suit avec 943, Gerard Kennedy compte sur 820 et Stéphane Dion a l'appui de 753. Les quatre autres candidats totalisent 691 délégués. Ces chiffres ne tiennent toutefois pas compte des délégués d'office (députés, candidats défaits à l'élection, présidents de circonscription et ex-chefs), qui n'ont pas tous annoncé leur allégeance et qui sont libres de voter comme bon leur semble dès le premier tour.
Il sera donc intéressant de comparer, lors du premier tour, vendredi soir, les résultats obtenus avec le nombre de délégués attitrés: un résultat égal ou moindre signifierait que les candidats n'ont pas recruté de délégués d'office ou alors que leurs délégués les ont abandonnés en ne se rendant pas voter.
Tous les candidats qui obtiendront moins de 5 % des voix seront éliminés. Ensuite, le candidat qui obtiendra le plus faible score sera retiré à chaque tour, jusqu'à ce qu'un des candidats obtiennent 50 % plus une voix. C'est pour cette raison que MM. Kennedy et Dion se disputent la troisième place: puisque les Joe Volpe, Ken Dryden, Scott Brison et Martha Hall Findlay seront vraisemblablement éliminés dès le premier tour, arriver quatrième signifiera presque assurément une élimination dès le deuxième tour. On perd ainsi la chance de profiter des jeux d'alliance qui s'effectuent aux tours subséquents et produisent des surprises.
Dans leur calcul, les militants libéraux tiendront aussi compte des préférences... de leurs ennemis. Dans un mémo interne dont Le Devoir avait fait état en septembre, les conservateurs disaient craindre davantage M. Ignatieff. Plus récemment, à voir M. Ignatieff trébucher sur certains sujets chauds, des stratèges ont commencé à changer d'avis, citant désormais Bob Rae. Chose certaine, la ligne d'attaque des conservateurs (parmi lesquels se trouvent un grand nombre d'anciens ministres de l'équipe Mike Harris s'étant battus contre M. Rae sur la scène provinciale ontarienne) est déjà toute prête. Ils en ont donné un avant-goût hier, lors de la période de questions.
Interrogé par un libéral sur son objectif consistant à réduire la dette nette du Canada, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a répondu qu'il n'était pas surpris que la question lui vienne d'un partisan de Bob Rae, «qui a augmenté la dette de l'Ontario de 113 % lorsqu'il était premier ministre, à un point tel que les citoyens payaient un million de dollars l'heure en intérêts lorsqu'il a quitté ses fonctions».
Les néo-démocrates craignent M. Rae, qui pourrait venir gruger leurs appuis, en particulier en Ontario mais aussi dans les Prairies.
Le plus récent sondage, publié par le Globe and Mail hier, estime que Stéphane Dion a le plus grand potentiel de croissance, étant le plus souvent nommé comme le second choix des militants (à 23 %). Reste à savoir si les gens le choisissant en deuxième sont des accros d'Ignatieff (ce qui signifie que ce deuxième choix ne se matérialisera probablement jamais) ou de candidats plus susceptibles d'être éliminés rapidement.
Un autre sondage de la maison Strategic Council, publié en octobre celui-là, comparait Stephen Harper à tour de rôle aux quatre meneurs de la course et demandait aux répondants de dire qui ferait le meilleur premier ministre. Dans tous les cas, M. Harper arrivait premier à l'échelle canadienne, mais Bob Rae lui offrait la plus forte résistance. M. Ignatieff arrivait second, M. Dion troisième et M. Kennedy quatrième. Il n'y a qu'au Québec où les répondants étaient plus susceptibles de préférer le chef libéral au conservateur. Et dans ce cas, M. Ignatieff a obtenu une meilleure note que M. Rae.
Pour une dernière fois
Pour les mordus de politique, le congrès libéral est LE happening à ne pas manquer. Car c'est peut-être la dernière fois dans l'histoire politique canadienne qu'un événement semblable se tient. Toutes les autres formations politiques fédérales (et au Québec aussi, d'ailleurs) ont opté pour un système de désignation directe du chef par les militants. On procède par vote téléphonique ou bulletin postal. Les libéraux fédéraux sont les seuls à encore avoir un système complexe de sélection de délégués qui se rendent au congrès pour une longue valse de tractations de corridors et de grenouillages de toutes sortes.
Steven McKinnon l'a reconnu il y a quelques semaines. «Cela pourrait être le dernier événement de ce genre. Ce sera presque certainement le dernier événement de ce genre, puisque tous les autres principaux partis politiques au Canada ont choisi une autre méthode pour choisir leur chef, une méthode que nous considérerons nous-mêmes à ce congrès. Il y a une certaine nostalgie, car rien ne vaut l'excitation, l'imprévisibilité de ce genre de course. [...] Mais ce n'est pas un secret que c'est aussi un processus très dispendieux, très exigeant et difficile à gérer, et cela doit être pris en considération. Vous ne perdez rien au change, d'un point de vue démocratique, à opter pour un processus d'un membre, un vote.»
Le PLC estime avoir dépensé trois millions de dollars pour la tenue de ce congrès, auquel participeront 5000 délégués, 1000 observateurs et 900 employés des médias. La formule des délégués soulève aussi le problème de l'iniquité régionale. Chaque circonscription élit 14 délégués, quel que soit le nombre de militants dans la circonscription. Ainsi, le National Post a rapporté que seulement deux personnes ont voté dans la circonscription québécoise d'Abitibi-Baie James-Nunavik, ce qui a quand même conduit à la sélection de... 14 délégués pour le congrès. La situation a été similaire dans Verchères-Les Patriotes (18 votants), Beauce (22), Beauharnois-Salaberry (42), Compton-Stanstead (45) et Trois-Rivières (57).
Il existe aussi un problème de «chevaux de Troie» (stooge, en anglais). Une personne qui décide de se porter candidat pour devenir délégué d'un des aspirants à la direction ne peut être refusée. Ainsi, le camp Ignatieff soutient qu'au moins un pro-Kennedy s'est fait élire comme délégué Ignatieff dans la région de Toronto, volant la place à un «vrai» Ignatieff. Ce délégué ne votera pas au premier tour et se rangera à Kennedy dès le second.

