L'avenue Robert-Bourassa est adoptée dans le chaos

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Clairandrée Cauchy
Édition du mercredi 29 novembre 2006

Mots clés : Gérald Tremblay, Avenue Robert-Bourassa, Réseau routier, Montréal

Gérald Tremblay, hier

Photo: Jacques Nadeau

Les manifestations, les pétitions, la campagne médiatique à grand coup de pages de publicité payées par les marchands, le lobby dans tous les conseils d'arrondissement, les menaces de représailles politiques n'ont pas eu raison de la détermination du maire Gérald Tremblay d'honorer la mémoire de Robert Bourassa en donnant son nom à l'avenue du Parc. Le conseil municipal a tranché hier, par 40 voix contre 22, pour rebaptiser l'artère «Avenue Robert-Bourassa».

Le conseil municipal a adopté la motion controversée hier midi, avec une majorité de près des deux tiers, au terme de plusieurs heures de débats. Parmi les nombreuses interventions de conseillers opposés au projet, de l'opposition, mais aussi de conseillers de l'UCIM élus dans Plateau-Mont-Royal et dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, seulement une poignée de conseillers favorables au projet se sont fait entendre.

Sitôt le vote pris, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a dit vouloir «tourner la page» sur cette saga pour «bâtir Montréal». «La consultation a eu lieu de façon très démocratique au conseil municipal. Nous avons été élus pour prendre des décisions», a-t-il déclaré aux médias après le vote.

Le maire a répété que les conseillers avaient eu l'occasion de voter «en leur âme et conscience, dans un vote libre», après avoir consulté leurs citoyens. S'il a gagné son vote, le maire n'entend cependant pas répéter l'exercice de sitôt. «C'est probablement la dernière fois que je vais changer [un nom de rue]», a-t-il laissé tomber, sans pour autant renier la façon dont il s'y est pris.

La mairesse de Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, a quant à elle laissé entendre que le dossier aurait pu être mené autrement. D'abord favorable au changement de nom, elle a fait volte-face le mois dernier devant la vive opposition qui grondait dans son arrondissement. «La première fois que j'ai entendu parler du projet de renommer l'avenue du Parc, c'est dans une manchette de La Presse, quelques semaines avant le comité exécutif», a-t-elle affirmé au cours de son intervention. Affirmant s'être «trompée» en appuyant d'abord le projet, elle a avoué qu'elle aurait «peut-être dû consulter davantage, peut-être en anglais et non seulement en français».

Cette déclaration lui a valu des huées dans le hall, où quelques dizaines d'opposants, sur les quelque 400 qui s'étaient déplacés hier, étaient venus assister à la fin du débat.

Frustrés, découragés, cyniques face à la démocratie municipale, ces citoyens en avaient gros sur le coeur. «Ce n'est pas démocratique. On a une voix à Montréal, mais on n'a pas de pouvoir ici. On a ramassé 40 000 signatures, mais cela ne vaut rien parce que les politiciens n'ont pas écouté la voix du public», a déclaré sur un ton las un des leaders de la campagne «Sauvons l'avenue du Parc», Mario Rizzi.

Sa collègue, Allison Louder, était elle aussi profondément désabusée. «Si tout le monde dans cette salle avait mis de côté sa fierté une seconde pour être objectif, on n'aurait pas ce problème», a-t-elle affirmé à l'issue du vote.

Les militants du groupe ne se résignent pas pour autant. Ils ont maintenant l'intention de faire entendre leurs voix auprès de la Commission de toponymie du Québec, qui doit étudier le dossier à son tour le 16 janvier prochain. «On va essayer de faire affaire avec eux pour qu'ils comprennent qu'ici, à Montréal, on a abusé de nos droits, que la majorité de la population qui a une opinion vocale est contre cette décision», a indiqué Mme Louder.

Les conseillers opposés au projet, dont au premier chef Marvin Rotrand et Warren Allmand, de l'UCIM, n'hésitaient pas à parler hier d'un bris de confiance entre les citoyens et les institutions municipales, qui ont adopté ces dernières années plusieurs politiques consacrant l'importance des consultations publiques, telles la Charte des droits et responsabilités des Montréalais, la Politique du patrimoine et la Politique de consultation publique de Montréal. «Quelle est l'utilité d'adopter de telles politiques, si c'est pour les oublier ensuite?», a lancé le conseiller Warren Allmand. Ironie du sort, les élus ont reçu, au cours de la même séance, un rapport intitulé Défi de la participation des citoyens.

La cheffe de l'opposition de Vision Montréal à l'hôtel de Ville, Noushig Eloyan, a fait écho aux propos du conseiller Allmand: «Le maire Tremblay avait fait de la démocratie son cheval de bataille depuis 2002, il a trahi ses citoyens.[...] C'est de l'entêtement. Il persiste et signe dans la controverse. C'est dommage pour M. Bourassa.»

Le directeur des politiques d'Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, était lui aussi très sévère envers l'administration Tremblay, s'interrogeant même sur sa crédibilité future comme interlocuteur en matière de patrimoine. «Un bris de confiance est en train de s'établir.[...] On a l'impression qu'on a un écran de fumée devant nous. On sent présentement que tout est négociable», a-t-il fait valoir. Le nouveau nom de l'avenue du Parc vient s'ajouter, dans son esprit, à l'agrandissement du stade Percival-Molson.

La motion sera sous peu transmise à la Commission de toponymie du Québec pour approbation. Dans l'étude du dossier, cette dernière doit prendre en compte l'opinion des citoyens du milieu concerné et le degré d'adhésion à la nouvelle dénomination. Si la Commission avalise la décision du conseil municipal lors de sa réunion du 16 janvier prochain, une période de transition d'un an s'amorcera, au cours de laquelle les deux noms seront inscrits sur les panneaux. C'est seulement au terme de cette année que verra officiellement le jour l'avenue Robert-Bourassa.


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