Génomique - Le futur est parmi nous

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Claude Lafleur
Édition du mercredi 29 novembre 2006

Mots clés : Génome Québec, Génomique, Génétique, Québec (province)

« Nous avons besoin de recruter des chercheurs sur la scène internationale »

Depuis six ans, le Québec contribue activement au développement d'une nouvelle discipline scientifique qui pourrait bien avoir un impact majeur non seulement sur notre santé, mais aussi sur le développement économique de notre société. Il s'agit de la génomique, la science qui s'intéresse aux fonctions qu'exercent les gènes dans tout organisme vivant.

«Il faut qu'on développe la génomique parce que c'est la base des sciences de la vie, explique Paul L'Archevêque, président et directeur général de Génome Québec. Et comme, au Québec, il nous faut poursuivre le développement de notre économie du savoir -- une économie qui nous sert si bien grâce à la présence des grandes pharmaceutiques et de nos facultés de médecine --, nous devons investir dans la génomique. La génomique, voyez-vous, ce sont les biotechnologies de demain!»

Voilà d'ailleurs pourquoi, tant au Canada qu'au Québec, les gouvernements ont mis sur pied en l'an 2000 Génome Canada et Génome Québec, deux organismes sans but lucratif qui ont pour fonction de structurer le secteur.

«Génome Québec investit dans de grands projets de recherche et d'application réalisés tant par le milieu académique que le secteur privé, indique M. L'Archevêque. Nous voulons stimuler la recherche tout en favorisant le développement économique.» Depuis ses débuts, Génome Québec a investi 400 millions de dollars dans une trentaine de projets. «Il s'agit de projets d'envergure puisque chacun reçoit en moyenne de 12 à 15 millions de dollars, indique M. L'Archevêque, des sommes qui ne sont pas négligeables.»

Quel rôle jouerons-nous dans la révolution de demain ?

L'étude des gènes par le biais de la génomique nous amène à comprendre comment fonctionne le vivant. De ce fait, cette discipline est fort importante puisqu'elle nous guide vers des découvertes majeures et des solutions concernant diverses maladies et problèmes de santé. Ainsi, l'un des grands projets financés par Génome Québec tente de déterminer pourquoi une personne en particulier réagit à un traitement médical, mais pas une autre.

Actuellement, comme on ne peut le déterminer à l'avance, on prescrit le même traitement à tous... ce qui ne règle rien chez certains patients, tout en provoquant chez eux des effets secondaires tout à fait inutiles. «Mais le jour où on sera capable de prédire, à partir de votre génotype personnel, à quels médicaments vous réagissez et auxquels vous ne répondez pas, on évitera quantité de problèmes, indique Paul L'Archevêque. C'est ainsi que, un jour, la génomique nous permettra de réaliser des tests prédictifs pour déterminer qui réagit à quoi...»

L'une des raisons à l'origine de la création de Génome Québec et de Génome Canada, poursuit le p.-d.g. de l'organisme, est que nous étions en train de prendre du retard au pays en matière de sciences de la vie. «Je pense qu'on peut dire qu'en cinq ans, en nous basant sur des mesures objectives permettant d'évaluer notre positionnement, on a rattrapé ce retard, estime-t-il. Le Canada figure parmi les cinq ou six chefs de file mondiaux, alors que le Québec contribue pour 25 à 30 % de ce qui se fait ici. On peut donc considérer qu'on joue à présent dans les ligues majeures de la génomique mondiale.»

Par contre, si les premières années ont servi à se mettre au diapason mondial, M. L'Archevêque estime que l'heure des choix approche, c'est-à-dire qu'il faudra bientôt déterminer une ou deux niches pour lesquelles nous viserons le premier rang. «Je pense qu'au cours des prochains 24 mois, il faudra décider non pas de cesser de faire ce que nous faisons si bien actuellement, mais de choisir et développer un ou deux créneaux où l'on pourra exceller. Je pense qu'il est important qu'on arrive à développer ces créneaux porteurs où l'on pourra se dire qu'on est capable d'atteindre le "top" de l'Amérique du Nord.»

Le Québec déjà «sur la "map" » ?

Déjà, note le p.-d.g. de Génome Québec, nos chercheurs en génomique démontrent qu'ils ont les habiletés pour contribuer à d'importants projets internationaux. C'est ainsi qu'une équipe de l'université McGill a pris part au projet HapMap réalisé par une dizaine d'équipes internationales. «C'est un projet qui a marqué la génomique et a constitué une extraordinaire vitrine pour nos scientifiques, rapporte M. L'Archevêque. Cette exposition à l'international nous a mis "sur la map"!» Notre participation à ce projet a été réalisée par l'équipe du Centre d'innovation Génome Québec de l'université McGill.

«Le projet HapMap nous a véritablement mis "sur la map", confirme Alexandre Montpetit, directeur scientifique adjoint du centre de génomique de McGill. Nous avons réalisé 10 % du projet, ce qui nous a permis de montrer que nos analyses se comparent à celles des meilleurs laboratoires de la planète. En fait, nous nous classions toujours comme le meilleur ou à tout le moins parmi les meilleurs centres d'analyse. Nous avons donc démontré, sur la scène internationale, que nous sommes capables de produire des résultats de très haute qualité. Je puis donc affirmer qu'on se compare très bien aux chefs de file mondiaux!»

Recherches ciblées

Le Centre d'innovation Génome Québec à l'université McGill offre des services à la fine pointe de la technologie. «La plupart des projets que nous réalisons ici sont reliés à des maladies telles que le diabète, l'asthme ou les maladies cardiovasculaires, rapporte

M. Montpetit. Entre autres recherches, on essaie, à l'aide de tests statistiques poussés, de trouver s'il y a une association entre certains gènes et une maladie en particulier... À partir d'un seul échantillon génétique, on peut tester 550 000 variations à la fois. On peut aussi étudier plusieurs centaines d'individus à la fois.»

Malheureusement, la génomique n'est pas encore en mesure de livrer ses fruits, comme le font depuis 20 ans les biotechnologies, mais cela ne devrait pas trop tarder. Ainsi, rapporte Alexandre Montpetit, les projets réalisés dans un centre comme le sien se trouvent à mi-chemin entre la recherche fondamentale et les applications. «Nous sommes encore un peu loin des applications en clinique, dit-il, mais nous nous en approchons de plus en plus.»

Toutefois, rapporte Paul L'Archevêque, pour parvenir à se hisser au niveau mondial, le Québec aura besoin de quantité de spécialistes de très haut calibre. «Nos études montrent que nous avons besoin de recruter des chercheurs sur la scène internationale, dit-il. On a absolument besoin de cela, c'est vital, fondamental même, pour notre développement.»

Collaborateur du Devoir


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