PLC - Ignatieff, l'intellectuel

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Alec Castonguay
Édition du mercredi 29 novembre 2006

Mots clés : PLC, Michael Ignatieff, Congrès, Canada (Pays)

Michael Ignatieff

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Le 30 mars dernier, le député libéral Michael Ignatieff s'est avancé sur une tribune de l'Université d'Ottawa. Devant lui, une salle bondée de curieux et de journalistes venus l'écouter présenter sa vision du pays. Des dizaines d'étudiants et de professeurs avaient dû être refoulés à la porte, faute de place.

Dehors, des manifestants brandissaient des pancartes pour protester contre sa présence sur le campus, lui qui a appuyé naguère la guerre américaine en Irak. La scène ne laissait aucun doute: Ignatieff n'était pas encore dans la course à la succession de Paul Martin qu'il était déjà le favori. Et il ne faisait pas l'unanimité.

Exactement huit mois plus tard, appuyé par une puissante machine politique, l'intellectuel Michael Ignatieff est toujours en position dominante. Aujourd'hui, il arrive au congrès du PLC à Montréal avec le premier tour de scrutin en poche. En plus des 1300 délégués qui lui sont acquis, son équipe affirme avoir réuni 240 autres délégués d'office (députés, candidats défaits, présidents d'association, etc.). Les deuxième, troisième et quatrième tours qui seront probablement nécessaires pour l'élection du nouveau chef sont toutefois loin de lui être acquis. La course a été longue et parsemée d'embûches pour le meneur.

Michael Ignatieff a lancé sa campagne avec trois boulets au pied: son appui à la guerre en Irak alors qu'il enseignait les droits de la personne à l'université Harvard, son absence du pays depuis près de 25 ans et son inexpérience politique. S'il a bien su réagir aux deux premiers éléments, le troisième handicap l'aura suivi jusqu'à la fin.

Ses adversaires et les observateurs de la scène politique ont vu, dans les nombreuses controverses déclenchées par Ignatieff, la marque de l'inexpérience, voire de la naïveté. Sa volte-face sur la question du Liban l'aura stigmatisé comme un gaffeur et un vire-capot. Il avait d'abord dit que le massacre de Cana, au Liban, ne l'empêchait pas de dormir. Quelques semaines plus tard, il a condamné cet événement, affirmant qu'il s'agissait d'un «crime de guerre». Une déclaration qui avait entraîné la démission de la vice-présidente de sa campagne à Toronto, Susan Kadis.

Le débat sur la nation québécoise, qui a déchiré le Parti libéral, lui est aussi largement dû. Il est le seul à promouvoir ouvertement, et depuis longtemps, ce concept de nation pour le Québec. Brasseur d'idées, audacieux, intelligent, bon orateur et parfaitement bilingue, Michael Ignatieff n'aura pas été un candidat unidimensionnel et tranquille. Il a exposé ses positions dans plusieurs domaines, même si ces dernières sont à contre-courant de celles des autres aspirants au poste de chef, notamment sur la guerre en Afghanistan.

***

En un coup d'oeil

Nom: Michael Ignatieff.

Naissance: 12 mai 1947 à Toronto (59 ans).

Nombre de délégués: 1377 (29,3 %).

Carrière: député d'Etobicoke-Lakeshore, en Ontario. Écrivain, professeur d'université et journaliste. Reconnu pour son expertise en matière de droits de la personne, de démocratie et d'affaires internationales. Il a étudié à l'Université de Toronto, à l'Université d'Oxford et à Harvard. En 2000, il a pris la tête du Carr Center for Human Rights Policy, à l'université Harvard.

Position sur Kyoto: «Le leadership veut dire respecter nos objectifs de Kyoto et non pas les abandonner. Ça veut dire affronter le défi des changements climatiques.» Il propose d'attribuer des objectifs de réductions réglementaires aux grands émetteurs finaux, mais aussi à tous les secteurs industriels. C'est un marché des crédits d'émissions qui gérerait la décroissance des gaz à effet de serre (GES). Il propose un objectif de réduction des émissions de GES, pour 2050, de 50 %, soit 10 % de moins que ses deux concurrents à la direction.

Afghanistan: «Je suis de ceux qui ont voté pour une prolongation de deux ans de cette mission. Les libéraux doivent se rappeler que c'est une mission libérale. Les troupes canadiennes se sont d'abord jointes à la coalition internationale contre le terrorisme en octobre 2001. Nous ne sommes pas là en tant qu'armée d'occupation. Nous sommes là à la demande du gouvernement afghan et avec l'autorisation de l'ONU.»

Déséquilibre fiscal et fiscalité: «Il faut parler du déséquilibre fiscal», dit Ignatieff. [...] «Je suis contre un transfert de points de revenus permanents, mais pour des arrangements. Je ne veux pas d'entente province par province, mais régler cela dans le cadre de la fédération.» Il s'oppose à une baisse de la TPS. «Nous devons prendre cet argent et l'utiliser pour soutenir les Canadiens à revenu modeste», dit-il.


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