Tembec reçoit une bouffée d'air frais mais sa situation reste précaire

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Claude Turcotte
Édition du jeudi 23 novembre 2006

Mots clés : Domtar, Tembec, Forêt, Entreprise, Québec (province)

Malgré les 242 millions $US reçus grâce à l'entente sur le bois d'oeuvre, la forestière a enregistré une perte nette de 304,2 millions

Le quatrième trimestre de Tembec donne un signe encourageant en ce qui concerne la perte nette, qui n'a été que de 54,5 millions en comparaison de 134,9 millions au trimestre correspondant de l'exercice précédent. Selon les dirigeants de l'entreprise, les résultats témoignent «des soins intensifs» auxquels les usines de Domtar ont été soumises au cours des derniers mois.

Photo: Jacques Nadeau

Dans le cadre de l'accord canado-américain sur le bois d'oeuvre du 12 octobre dernier, Tembec a reçu 242 millions $US, soit 82 % du montant total qu'il avait été obligé de verser depuis 2002. Ce retour d'argent améliore les liquidités de la compagnie, mais il reste encore énormément de travail à faire pour que celle-ci retrouve une situation financière saine. Un rapide coup d'oeil sur le bilan de l'exercice terminé le 30 septembre permet de voir que la partie est loin d'être gagnée. «Ces résultats ne sont pas à la hauteur de nos objectifs et des attentes de nos actionnaires», a confessé James Lopez, président et chef de la direction, même si le dernier trimestre fut le meilleur depuis deux ans.

À la fin de l'exercice, les liquidités de Tembec étaient de 31,3 millions en comparaison de 35,1 millions un an plus tôt. La réception des 242 millions $US au 30 octobre représente de toute évidence un renflouement inespéré des liquidités, ce qui est néanmoins nettement insuffisant étant donné les obligations à court terme, qui sont de l'ordre de 734 millions. «La compagnie poursuit ses démarches pour générer des liquidités supplémentaires», lit-on dans le communiqué publié hier à l'occasion de la présentation des résultats du quatrième trimestre et de l'ensemble de l'exercice financier.

Le quatrième trimestre donne au moins un signe encourageant en ce qui concerne la perte nette, qui n'a été que de 54,5 millions en comparaison de 134,9 millions au trimestre correspondant de l'exercice précédent. La perte par action a été ramenée à 64 ¢ alors qu'elle était de 1,58 $ l'an passé. Il n'en reste pas moins que, pour l'ensemble de l'année, Tembec a enregistré une perte nette de 304,2 millions en comparaison d'une perte de 304,3 millions en 2005, ce qui donne une perte nette par action identique pour les deux années, soit 3,55 $. Si l'on ajoutait les éléments habituels, la perte nette cette année aurait été de 306,1 millions, ou de 3,57 $ par action. Pour ce qui est du chiffre d'affaires, Tembec a terminé l'année avec des revenus de 3,3 milliards, en comparaison de 3,5 milliards en 2005.

Dans une conférence téléphonique avec les analystes financiers, les dirigeants de l'entreprise se sont montrés encouragés par les résultats du quatrième trimestre, lesquels témoignent, selon eux, «des soins intensifs» auxquels les usines de Domtar ont été soumises au cours des derniers mois et qui expliquent une amélioration du bénéfice avant impôts et intérêts. Ces soins ont entraîné l'élimination de 2000 emplois et deux usines sur cinq sont présentement inactives.

Un analyste a demandé quand et comment la dette serait restructurée. «On ne saurait vous le dire. Ce sont des enjeux à long terme et, quand on aura décidé de faire quelque chose, on l'annoncera», a-t-on répondu. En plus de la dette à court terme, il y a une dette à long terme de 1,4 milliard. Les participants à cette séance d'informations pour les investisseurs étaient, outre M. Lopez, Michel Dumas, vice-président exécutif et chef des finances de Tembec, le vice-président des divisions pâtes, papiers et carton, Terrence Kavanagh, ainsi que Dennis Rounsville, vice-président du groupe des produits forestiers.

L'amélioration des liquidités apparaît comme la priorité pour l'instant, suivie tout de suite après par l'amélioration du bénéfice avant impôts et intérêt et amortissement (BAIIA). Les dirigeants se disent confiants de pouvoir augmenter les liquidités de 100 à 150 millions, par l'application de diverses mesures dans les usines, notamment en économisant sur les coûts de l'énergie, ce qui pourrait être obtenu en évitant le plus possible de s'alimenter en période de pointe, particulièrement en Ontario. Toutefois, de 50 à 100 millions de dollars des liquidités proviendront de la vente d'environ 10 000 acres de terrain, qui sont déjà mis en vente. Tembec possède 175 000 acres de terrain et entend en conserver la majeure partie, celle en fait qui contient les ressources forestières les plus importantes.

Les dirigeants de Tembec ont montré un bel optimisme à partir des résultats du quatrième trimestre, qui ne paraissent quand même pas très convaincants. Le secteur des produits forestiers a inscrit un BAIIA négatif de 1,5 million sur un chiffre d'affaires de 253,5 millions, en comparaison d'un BAIIA de 0,1 million et d'un chiffre d'affaires de 271 millions au trimestre précédent. Le secteur des pâtes a donné un BAIIA de 21,8 millions sur des ventes de 394 millions, en comparaison de 14,1 millions et 388 millions au trimestre précédent. Enfin, le secteur des papiers a enregistré un BAIIA de 7,8 millions sur un chiffre d'affaires de 235 millions, en comparaison de 5,1 millions et 220,5 millions au trimestre précédent.

Le communiqué publié pour annoncer les résultats résume les perspectives pour les mois à venir de la façon suivante: «L'amélioration des résultats d'exploitation a été stimulée par une remontée des prix sur les marchés des pâtes et des papiers. Le marché des pâtes est vigoureux et nous nous attendons à ce qu'il poursuive sur sa lancée. La situation est moins favorable sur le marché du papier journal, où l'offre demeure élevée alors que la demande continue de régresser et de susciter des inquiétudes. Le marché du bois d'oeuvre a également amorcé un ralentissement provoqué par un recul des mises en chantier aux États-Unis qui s'est traduit par un affaiblissement des prix. Dans un avenir prévisible, nous ne prévoyons pas de réel répit du côté des devises, puisque le dollar canadien continue de se maintenir dans les 87 à 90 ¢US.» Pour ce qui est des taxes et quotas sur les exportations de bois d'oeuvre aux États-Unis, les dirigeants de Tembec se sont abstenus hier de faire des prédictions sur l'impact de ces mesures, sans doute moins lourdes que les précédentes mais néanmoins présentes.


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