Les changements climatiques affecteront gravement les Africains

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 07 novembre 2006

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Le ministre kényan de l'Environnement, Kivutha Kibwana, succède à Rona Ambrose en présidant la conférence de Nairobi sur les changements climatiques qui a commencé hier dans la capitale du Kenya.

Photo: Agence Reuters

L'Afrique est beaucoup plus menacée par les changements climatiques qu'on ne l'a cru jusqu'à présent et, du point de vue des populations en cause, ce continent s'achemine vers des drames humains et sociaux sans précédent, même si c'est dans les régions nordiques que doivent survenir les écarts de température les plus importants.

D'ici 2025, selon une étude inédite rendue publique hier par le Secrétariat sur les changements climatiques à Nairobi, au Kenya, pour souligner l'ouverture d'une nouvelle conférence internationale sur les changements climatiques, 480 millions de personnes sur les 812 millions que compte ce continent vont devoir faire face à des pénuries ou à des raretés croissantes d'eau. Les conséquences risquent d'être d'autant plus désastreuses que 95 % de l'agriculture d'Afrique dépend des précipitations.

Déjà, note le rapport, le continent africain a émis autour de 136 gigatonnes de carbone à l'atmosphère, soit l'équivalent de la moitié de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays occidentaux depuis 150 ans. Le tiers de ces émissions a été causé par la déforestation, l'appauvrissement des sols et l'érosion qui, en plus de miner l'agriculture traditionnelle, ont libéré dans l'atmosphère des milliards de tonnes de carbone.

Quelque 70 % de la population africaine vit de l'agriculture, même si la moitié du territoire africain cultivé est considéré comme aride ou semi-aride. À moyen terme, ce sont 600 000 km2 de terres agricoles classées comme modérément handicapées par le manque d'eau qui vont passer au niveau de gravement hypothéquées par les pénuries en vue, ce qui devrait poser des problèmes non seulement de production céréalière -- on prévoit une baisse de la productivité de 5 % d'ici à 2080 --, mais aussi d'approvisionnement en eau potable.

Cette étude inédite prépare l'ajout d'un chapitre important, soit celui de l'adaptation au réchauffement de la planète, aux pourparlers des 189 parties à la Convention de Rio sur les changements climatiques et des 166 pays signataires du protocole de Kyoto, qui en sont pour leur part à leur deuxième rencontre depuis l'entrée en vigueur du traité international l'an dernier.

La conférence de Nairobi sera d'ailleurs axée non seulement sur les négociations de la deuxième phase de Kyoto, ce que l'on prévoit depuis la conférence de Montréal l'an dernier, mais aussi et en grande partie sur le problème de «l'adaptation» des pays pauvres aux bouleversements climatiques en vue.

C'est d'ailleurs un appel en ce sens qu'a lancé, au tout début de la conférence, son nouveau président, le ministre kenyan de l'Environnement, Kivutha Kibwana, qui succède à la ministre canadienne de l'Environnement, Rona Ambrose. Cette dernière, on s'en souviendra, a pris la succession de son prédécesseur libéral, Stéphane Dion, qui a présidé la conférence de Montréal en novembre l'an dernier.

Dans son discours d'inauguration, le ministre Kibwana a réclamé des différents pays de la planète un partage du fardeau financier des mesures d'adaptation en fonction de la responsabilité historique de chacun dans le réchauffement de la planète. Historiquement, cette responsabilité est essentiellement celle de l'Europe et des États-Unis. Notre voisin du sud, qui s'est soustrait à ses engagements en vertu du protocole de Kyoto, a émis à lui seul le tiers de tous les gaz à effet de serre d'origine humaine depuis le début de l'ère industrielle.

Mais, devait ajouter le ministre Kibwana, les pays occidentaux dans leur ensemble ne doivent pas éluder leur responsabilité et ils doivent amorcer à Nairobi la négociation d'une deuxième série d'objectifs de réductions de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour après l'an 2012. À Kyoto en 1997, les signataires ont convenu de réduire globalement de 5 % les émissions de GES d'origine humaine par rapport au niveau de 1990 dans la période 2008-2012.

Levant partiellement le voile sur la synthèse scientifique en préparation, le nouveau secrétaire exécutif de la convention sur les changements climatiques, Yvo de Boer, devait préciser hier de son côté que c'est une réduction de 80 % que la communauté internationale devra planifier au cours du présent siècle si elle veut stabiliser le climat au profit des générations futures.

Mais à court terme, c'est une planification urgente du Fonds sur l'adaptation aux changements climatiques qui s'impose, a-t-il dit, car non seulement l'Afrique a besoin d'une aide urgente pour faire face à ce qui s'annonce comme une catastrophe environnementale, mais il faut aussi d'urgence doter ce continent d'un réseau de stations météo capables de permettre aux gouvernements de voir venir les problèmes et de fournir aux scientifiques des données fiables pour alimenter les modèles prévisionnels.

Selon Michel Jarraud, le secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale, le système de suivi de la météo et du climat en Afrique est de loin le système d'observation le plus mal en point de la planète. L'OMM évalue, dit-il, que le quart du système de collecte des données dans l'est et dans le sud de l'Afrique ne fonctionne tout simplement pas. Et le reste est dans un état qui laisse à désirer. Il faudrait, a dit M. Jarraud, installer rapidement 200 stations météo automatiques afin que ce continent puisse bénéficier d'un historique fiable et fonctionnel de son climat, la plupart des données disponibles étant pour l'instant sur papier!

Le défi de l'adaptation

On mesure le caractère critique du défi de «l'adaptation» quand on se rend compte, par exemple, que la fonte accélérée des glaciers des monts Kenya et Kilimanjaro va couper l'eau aux habitats naturels et aux populations humaines qui en dépendent dans quelques années.

Mais le défi de l'adaptation est beaucoup plus grand. À terme, indique le rapport onusien, ce sont 30 % des infrastructures côtières humaines d'Afrique, surtout celles du golfe de Guinée, du Sénégal, de la Gambie et de l'Égypte, qui sont menacées par le relèvement des mers. Des villes comme Le Cap en Afrique du Sud, Maputo au Congo ou Dar Es-Saalam au Sénégal, vont être menacées aussi. Un relèvement des mers de 50 cm, soit la moitié des prévisions pessimistes des modèles climatiques, pourrait noyer 2000 km2 de terres en Tanzanie.

En Afrique, présentement, seulement la moitié des 812 millions d'habitants ont accès à des réserves d'eau potable fiables. Le tiers de ces personnes dépendent des nappes souterraines. Jusqu'ici, les précipitations naturelles ont été réduites de 25 % dans la région du Sahel depuis 30 ans, et une baisse de 2,5 % a même été enregistrée dans les régions tropicales de type pluviales depuis le début des années 70. Les sécheresses touchent surtout, depuis 45 ans, le Sahel, la Corne africaine et le sud du continent. C'est ce type de sécheresse qui pourrait gagner 600 000 km2 de terres africaines. Par contre, dans la partie ouest de l'Afrique, on s'attend à des hausses des précipitations sensibles de septembre à janvier, des mois généralement plus secs, sur environ 80 000 km2.


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