Chialage organisé
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Pauvre réforme! Que de bêtises dites sur son dos, que d'énergie perdue à rectifier des exagérations, mais que d'incompréhension aussi devant les besoins des parents... Et tout cela au détriment constant de ce qui en est pourtant l'essence même: donner des connaissances aux élèves en les rendant aptes à en comprendre le sens. Tout le bonheur d'apprendre, quoi!
Une réaction démesurée? Oui, si on n'y voit qu'un lien avec un article somme toute anecdotique, composé de quelques témoignages de professeurs anonymes. Non, quand on sait que les critiques les plus virulents de la réforme, les instances syndicales, sont toujours prêts à lancer des dénonciations dans les médias mais sont très réticents à s'asseoir avec les instances concernées pour discuter des correctifs à apporter. La CSDM vient de le vivre avec son nouveau bulletin, vertement dénoncé par l'Alliance des professeurs, qui a toutefois refusé de siéger au comité multipartite chargé de sa révision. Et on s'étonnera ensuite que l'exaspération règne?
Dans ce capharnaüm qu'est devenue l'application de la réforme, un lobby actif et bruyant raconte tout et n'importe quoi. Au point où, on le lisait encore hier, des enseignants sont persuadés qu'ils dérogent au programme pédagogique parce qu'ils font de la grammaire et donnent des dictées! Le ministère a beau dire et redire le contraire (en fait, il le répète depuis 2000), le message reste bloqué. Les dénonciations simplistes font de bien meilleures manchettes... Du coup, des tas de gens, qui n'ont souvent pas mis les pieds dans une école depuis des années, sont persuadés qu'on est à fabriquer une génération de cancres et de crétins. Et que les profs risquent leur emploi parce qu'ils font réciter des tables de multiplications!
Évidemment, ce ne sont pas les leaders syndicaux qui corrigeront cette impression, qui (une fois n'est pas coutume!) les fait passer pour des défenseurs de l'enseignement face aux obscurs technocrates du ministère de l'Éducation.
Il y a néanmoins une question qui taraude enseignants et parents, c'est celle de l'évaluation. Pour les premiers, compétences à évaluer obligent, la tâche est lourde. Mais faut-il vraiment «évaluer» des compétences? On pourrait en reparler... Pour les deuxièmes, plusieurs estiment qu'une lettre n'a pas la précision d'un pourcentage. Fort bien: le ministère veut justement leur avis à ce sujet. Mais se réajuster n'a rien à voir avec le fait de céder au chialage organisé.
jboileau@ledevoir.ca

